Le 13 mai 1986, la vierge. Marie serait apparue à Nsimalen, à quelques kilomètres de Yaoundé. L'histoire raconte que ce jour-là, un muet a parlé. Il aurait répété «Maria» trois fois. Le miracle de cette journée est allé de bouche à oreille et, depuis, le site de l'apparition de la vierge n'a plus désempli. La preuve ce jeudi 12 septembre 2013. Comme tous les 12 du mois, des fidèles de différentes obédiences religieuses se réunissent là où la mère de Jésus serait apparue. Depuis le temps, un sanctuaire y a été construit C'est là que les fidèles commémorent l'apparition de la vierge, en espérant l'y revoir. Après l'événement de 1986, il n'y a pas eu d'autres apparitions officielles. Pour¬tant, certains disent l'avoir vu pas plus tard que le mois dernier.
Après avoir veillé et prié, Bernadette Tecla dit avoir vu une source de lumière juste au-dessus d'un des trois étangs, plus connus ici sous l'appellation de «piscine de la délivrance». «C'était comme un arc-en-ciel. Cette lumière était très brillante et très belle. J'étais émerveillée parce que c'était ma deuxième veillée ici à Nsimalen. Donc, je ne m'y attendais pas. De¬puis, ma relation avec mes filles s'est améliorée. C'est un vrai miracle», se réjouit Bernadette Tecla. Beaucoup d'autres habitués du sanctuaire marial de Nsimalen n'ont pas cette version de la commémoration du mois dernier. «Marie peut ne pas se montrer à tout le monde. Sur une population de dix mille fidèles, il est possible qu'un seul voie la vierge», tranche l'Abbé Jean Bertrand Mengue Awondo, le recteur du sanctuaire marial de Nsimalen.
Un enfant ressuscité
Il n'est que 11h ce jeudi 12 septembre, mais, toutes les chaises disposées sous les six tentes sont occupées ou déjà réservées pour la veillée du soir. Pas facile de se trouver une place, à moins d'être arrivé à 6h ou d'étaler une natte, un bout de tissu ou n'importe quoi d'autre sur le gazon quelque peu desséché. C'est ce que font les retardataires. La plupart de ceux qui viennent ici se préparent en conséquence. Ils y passent la nuit alors, dans leurs valises, ils mettent le nécessaire: nattes, couvertures, oreillers, nourriture, les récipients. C'est d’ailleurs là-dedans que les personnes qui viennent ici recueillent l'eau des étangs. Pour ces fidèles venus de partout cette eau est sacrée car, l'histoire raconte qu'elle aurait ressuscité un enfant. Ces étangs auraient été indiqués à des messagères par la vierge Marie.
La première messe de ce mercredi 12 septembre a commencé à 9h. Tandis qu'elle se déroule sous l'attention assidue de certains, d'autres se dirigent vers les étangs. A côté de ceux qui se lavent les pieds, le visage et d'autres parties de leur corps, il y a ceux qui font le grand plongeon. Ce sont en majorité des femmes. Ça va durer toute la journée.
La nuit tombée, les pèlerins n'arrêtent pas d'arriver, par centaines. Entassés dans des cars miteux, sur des motos -parfois à quatre-, ou dans des voitures rutilantes. Le sanctuaire ressemble à un vaste dortoir. Partout des nattes et des draps sont étalés à même le sol par les arrivants.
Ils sont près de 3.000. Loin des grandes affluences, affirment les habitués. La forte pluie, la rentrée scolaire et le fait que le rendez-vous tombe un jeudi en aurait dissuadé beaucoup.
L'eau soignerait aussi le cancer
Une fois installés, la ferveur monte chez les pèlerins. Beaucoup anticipent sur le programme et parcourent, à genoux, en signe de contrition, les 300 mètres du chemin de croix. Peu avant 19h, le sanctuaire s'illumine de milliers de bougies. L'aumônier vient d'annoncer le début du chemin de croix, la grande attraction du début de soirée. Lentement, la procession de près de 2.000 pèlerins refait les 14 stations du calvaire de Jésus. «Chacun va confier les intentions qui lui sont le plus chères à Jésus par l'intermédiaire de Marie», recommande le prêtre. Chaque arrêt est ponctué de prière et de sermons. L'actualité est longuement commentée. Les marabouts et charlatans impies sont fustigés. Le vrombissement des avions qui décollent et atterrissent à l'aéroport international de Nsimalen, non loin du sanctuaire, ne perturbe pas la ferveur de ces croyants. Cela dure près de deux heures. Des femmes au sommet de la pente s'étalent de tout leur long dans la poussière devant le «Lieu du crâne», but ultime du chemin de croix. D'autres se sont déchaussées et se recueillent avec dévotion devant le monument des «Quatre cœurs».
Ce n'était que l'ouverture d'une soirée qui s'annonce longue. La suite du programme de la veillée prévoit «l'Enseignement». Mais un tiers de pèlerins se disperse. Ils se dirigent en face du sanctuaire où il y a un petit marché. Des marchandes y proposent toute sorte de victuailles. Certains boivent des bières ou des sachets de whisky.
Cependant, la grande majorité se dirige vers «la piscine de la délivrance». Trois grandes mares d'une eau terreuse, qui se revend à plus de 2.000 F. CFA le litre en ville. Dans le plus simple appareil ou le corps drapé dans de légers pagnes, hommes, femmes et enfants barbotent, Certains récoltent un peu de cette boue des bassins qui a la réputation de guérir le cancer. Toute la nuit, il va y avoir des baigneurs. Dans des bidons de contenance allant jusqu'à 20 I, ils puisent une eau réputée efficace contre les maladies chroniques. Jean de Dieu Amougou, le gardien du sanctuaire, affirme que le Centre pasteur vient régulièrement prélever cette eau pour l'analyser. «Elle est toujours pure de tout microbe», jure-t-il. Pourtant, l'aumônier a fustigé le comportement de «pèlerins qui défèquent au bord de la piscine ou ceux qui plongent dans la source sacrée. Heureusement, «Marie veille sur nous».
Vols, charlatan, faux prête...
Ici, la Sainte Vierge est déclarée patronne du Cameroun. A en croire les prêtres, elle protège des catastrophes et des guerres. Mais, elle a une exigence. Pour accéder à ses grâces, il faut se confesser. Des prêtres improvisent des confessionnaux. Deux fauteuils en plastique un peu à l'écart, où les pèlerins livrent leur âme. Un peu à l'écart de tout ce monde, une femme intrigue. Elle semble délirer et dit qu'elle est Jésus. Se méprenant sur notre curiosité, Paulin Meuvoum, un de ses acolytes approche. «C'est comme cela partout où elle passe. Cette femme est une sainte. Elle peut vous raconter toute votre vie. Elle s'appelle Jocelyne Meka. On la connaît dans tout Yaoundé», confie-t-il. Son discours a sans doute de l'effet, puisque peu après, une vingtaine de personnes encerclent la prophétesse qui n'arrête pas de scander, «ouvrez vos yeux spirituels, c'est moi, ils ont trahi ma mère», dit-elle. Elle se prend pour Jésus pas moins et on la croit. Sauf les prêtres. L'un d'eux vient lui crier dessus «charlatans, envoyée du démon, cesse immédiatement ces incantations de Satan», ordonne-t-il à cette femme qui n'en a cure.
Si nous n'avons pas vu des miracles, nous avons assisté à un curieux office. Aux environs de 3h du matin, l'aumônier dénonce la présence d'un faux prêtre. «Il a prêché avec nous. Puis, au moment de se présenter, il a dit appartenir à une congrégation qui n'existe pas», crie-t-il au micro. La foule veut lyncher l'imposteur que l'aumônier protège en le chassant du sanctuaire. Plus tard, le vol d'une voiture est annoncé. Elle appartenait à un autre prêtre venu officier. Il faut y voir des épreuves du démon, entend-on.
Mais, ce n'est qu'une mise en bouche. La grande attraction à Nsimalen reste, le moment du Saint sacrement. Pendant cet instant, des femmes hurlent, aboient comme des chiens ou miaulent comme des chats. On en voit qui, déchaînées, courent comme des folles vers le «Lieu du crâne» pour y allumer une bougie et dire des prières saccadées, le corps totalement convulsé. Un homme crie que Jésus l'habite. C'est bientôt le jour du 13. Un jour de grâce. Car c'est le 13 mai 1986 que la vierge Marie serait apparue à Nsimalen. Le sanctuaire n'a jamais été reconnu comme un lieu de miracle ou de phénomène par le Vatican, ou par des prêtres Camerounais de la vieille école. Mais, le chef de l'Etat selon eux, a offert les trois hectares du Sanctuaire. Et depuis 27 ans par tous les temps, le 12 de chaque mois, on vient par milliers rechercher le miracle.
Cameroun - Sanctuaire marial de Nsimalen: A la quête des miracles
Le 12 de chaque mois, des milliers de fidèles viennent confier leurs problèmes à la Vierge Marie qui aurait fait une apparition en ces lieux il y a 27 ans.