Selon la Sonara, cette mission avait pour ambition de jeter les bases d’un partenariat structurant, aussi bien sur les plans technique que commercial. L’objectif affiché est clair : sécuriser les approvisionnements du Cameroun en produits pétroliers, garantir une consommation locale satisfaisante et contribuer à l’indépendance énergétique nationale, tout en s’inscrivant dans une logique de coopération durable avec des partenaires de référence sur le continent.
Approvisionnement et prêt : la piste Dangote au cœur de la relance
Dans l’immédiat, la Sonara souhaite explorer deux leviers majeurs avec le groupe contrôlé par le milliardaire nigérian Aliko Dangote. D’une part, la négociation d’un accord d’approvisionnement du marché camerounais à partir de la méga-raffinerie de Lekki ; d’autre part, l’obtention d’un prêt financier destiné à soutenir le vaste chantier de réhabilitation de l’outil industriel de Limbé.
Cette démarche s’inscrit dans le Plan d’accélération des mesures de restructuration et de réhabilitation pour la reprise du raffinage sous 24 mois (Parras 24), dont le coût global est évalué par l’entreprise à 291,9 milliards de FCFA. La première phase, prévue sur la période 2026–2027, vise la remise en état des installations endommagées, préalable indispensable à toute relance effective des activités de raffinage.
Toutefois, l’entrée éventuelle de Dangote dans ce schéma reste étroitement liée à l’avancement du processus de restructuration financière de la Sonara. L’entreprise traîne une dette estimée à 479 milliards de FCFA, contractée auprès de banques et de traders internationaux, un passif qui continue de peser lourdement sur sa crédibilité financière.
Dette, mécanisme d’État et équilibre budgétaire
Depuis 2022, le service de cette dette est assuré par un mécanisme adossé à l’État, consistant à prélever 47,8 FCFA sur chaque litre de carburant vendu à la pompe. Ce dispositif vise à stabiliser les remboursements et à restaurer progressivement la confiance des créanciers. Il demeure en vigueur en attendant le déploiement complet du plan de relance et les phases ultérieures de modernisation de la raffinerie.
Concurrence des financeurs et option BEAC : une équation encore ouverte
La relance de la Sonara suscite un intérêt croissant dans les milieux financiers. Plusieurs institutions ont déjà manifesté leur disponibilité à accompagner le projet, parmi lesquelles l’Union de banques arabes et françaises (UBAF), la banque néerlandaise ING, la Mauritius Commercial Bank (MCB), ainsi que la Société nationale des hydrocarbures (SNH) et le consortium Ariana/RCG.
À ces acteurs s’ajoute la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), qui se dit prête à activer son guichet B, réservé au refinancement des crédits à moyen terme destinés à l’investissement productif. L’institut d’émission de la Cemac ambitionne de couvrir jusqu’à 60 % des besoins de financement, une option qui pourrait significativement alléger la pression sur les finances publiques camerounaises.
Dangote, acteur clé d’un approvisionnement problématique
À court terme, le rôle de Dangote pourrait surtout s’imposer sur le terrain de l’approvisionnement. Faute de raffinerie opérationnelle, le Cameroun dépend entièrement des importations pour satisfaire sa demande intérieure. Selon la dernière note de conjoncture économique du ministère des Finances (Minfi), le pays a importé pour 333,7 milliards de FCFA de carburants et lubrifiants, représentant 899 millions de tonnes, au premier semestre 2025.
Dans ce contexte de forte dépendance extérieure et de pression sur les finances publiques, la piste Dangote apparaît comme un levier stratégique, à la croisée des enjeux industriels, financiers et énergétiques. La relance de la Sonara, elle, demeure plus que jamais un test de souveraineté économique pour le Cameroun.
Sonara revival: Dangote targeted to finance and secure Cameroon’s energy supply
Cameroon’s National Refining Company (Sonara) is stepping up efforts to emerge from crisis. From January 20 to 23, 2026, a high-level delegation led by CEO El Hadj Bako Harouna visited Lagos, Nigeria, to hold talks with the management team of the Dangote Refinery. The mission aimed to identify financing and technical support opportunities to accelerate the revival of the Limbe refinery, shut down since the devastating fire of May 2019.
According to Sonara, the talks sought to lay the groundwork for a long-term technical and commercial partnership to secure Cameroon’s fuel supplies, ensure adequate domestic consumption and contribute to national energy independence.
In the short term, Sonara is exploring fuel supply agreements with Dangote and a potential financial loan to support its €291.9 billion FCFA (Parras 24) rehabilitation plan. However, any deeper involvement by Dangote remains conditional on progress in restructuring Sonara’s FCFA 479 billion debt.
As Cameroon continues to import all its petroleum products, Dangote could become a key supplier. In the first half of 2025 alone, fuel and lubricant imports reached FCFA 333.7 billion, underlining the strategic importance of Sonara’s revival for the country’s energy security.
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Moussa Nassourou