Dans une longue contribution qualifiée de « confraternelle », Haman Mana, directeur de publication du quotidien Le Jour et enseignant de journalisme aux États-Unis, décortique méthodiquement le texte incriminé. Sa grille de lecture est implacable : le papier ne relèverait d’aucun genre journalistique clairement identifié. Ni reportage, faute de faits vécus. Ni enquête, en l’absence de démonstration étayée et de sources multiples. Pas davantage un portrait, tant l’auteur prétend sonder les intentions et les pensées de ses personnages, au point de basculer, selon Mana, dans la fiction politique.
Le cœur de la critique est professionnel, presque académique. Haman Mana reproche au texte de mêler allègrement indicatif et conditionnel, certitudes affichées et suppositions non sourcées, ragots de salons et projections personnelles. Une écriture où « il pourrait », « il devrait » et « sauf revirement » servent de colonne vertébrale à un récit présenté pourtant comme informatif. Une fois dépouillé, affirme-t-il, le papier ne livrerait qu’un seul fait tangible : la rencontre entre Paul Biya et son secrétaire général à la présidence. Le reste ne serait qu’un inventaire de noms, d’ambitions prêtées et de chutes annoncées.
Mais la réponse de Georges Dougueli change brutalement de registre. Exit le débat sur les genres journalistiques. Place à l’attaque personnelle, au sarcasme et à la dérision. Dans un texte au vitriol, il raille la carrière académique de Haman Mana, ironise sur son enseignement aux États-Unis, évoque les difficultés financières supposées du journal Le Jour et pousse l’outrance jusqu’à des images humiliantes sur l’exil et la précarité. Une riposte qui, par son ton, dit autant sur les fractures internes du champ médiatique camerounais que sur la nervosité ambiante autour du pouvoir.
Au-delà des egos, cet affrontement pose une question centrale : où s’arrête l’information et où commence la spéculation, lorsque le journalisme politique s’exerce dans l’opacité du pouvoir camerounais ? Entre la tentation de « lire dans la tête » des décideurs et l’exigence de rigueur professionnelle, la frontière est mince. Et lorsque cette frontière est franchie, le débat glisse rapidement du terrain des idées à celui des invectives.
Cette querelle de plumes, aussi spectaculaire que révélatrice, agit comme un miroir grossissant du journalisme camerounais contemporain : passionné, politisé, souvent brillant, mais parfois rattrapé par ses propres démons.
War of Words in Cameroon’s Media: Haman Mana Takes Aim at Georges Dougueli’s “Political Prophecy”
A political article on Cameroon’s long-awaited cabinet reshuffle has ignited an unusually fierce public clash between two prominent Cameroonian journalists: Haman Mana and Georges Dougueli.
The controversy stems from an article by Dougueli, published in Jeune Afrique, asserting that President Paul Biya has renewed his confidence in Ferdinand Ngoh Ngoh, secretary-general of the presidency, and outlining an alleged power reshuffle at the heart of the state. The piece, widely relayed by local newspapers, quickly drew criticism.
Haman Mana, publisher of Le Jour and journalism lecturer in the United States, responded with a detailed and cutting critique. From a professional standpoint, he argues that the article fits no recognized journalistic genre: not a report, not an investigation, not a proper profile. Instead, he accuses it of blending unverified assertions, political gossip and speculative scenarios, often relying on conditional phrasing while presenting itself as factual reporting.
According to Mana, once stripped of conjecture, the article contains only one verifiable fact: a meeting between Paul Biya and Ferdinand Ngoh Ngoh. Everything else, he suggests, belongs more to political fiction than to journalism.
Dougueli’s reply, however, abandons methodological debate in favor of personal attack. His sarcastic and aggressive response mocks Mana’s academic career, questions his credibility and launches into openly insulting remarks. The exchange exposes deep tensions within Cameroon’s media landscape.
Beyond the personalities involved, this media duel raises a broader issue: how to practice political journalism in a system defined by secrecy, rumors and power struggles, without crossing the line between informed analysis and pure speculation.
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Ange NGO