Liquidités BEAC : Les banques camerounaises et de la CEMAC disent « assez ! » face aux 600 milliards FCFA

Liquidités BEAC : Les banques camerounaises et de la CEMAC disent « assez ! » face aux 600 milliards FCFA

Alors que la banque centrale inonde le marché pour soutenir le crédit, les établissements financiers marquent une pause, entre dynamisme économique et prudence accrue. Dans un autre registre, le milliardaire Antoine Ndzengue sécurise un financement colossal de 65 milliards pour son usine de pneus.

 Pour la deuxième fois consécutive, la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) a frappé un grand coup. Lundi, l’institution monétaire a une nouvelle fois mis sur la table une enveloppe record de 600 milliards de FCFA à l’intention des banques commerciales de la zone CEMAC. Une manne destinée à irriguer l’économie de la sous-région et à répondre à une soif de liquidités sans précédent.



Pourtant, contre toute attente, les établissements de crédit sont venus à la table les yeux plus gros que le ventre. Sur les 600 milliards proposés, seulement 458 milliards ont été effectivement mobilisés, selon les chiffres officiels. Une performance qui fait même pâle figure comparée à l’opération précédente du 26 août, où 474 milliards avaient été captés. Un signal fort qui en dit long sur l’état d’esprit des banquiers en cette rentrée scolaire.


La fin de l’ivresse ?


Comment expliquer ce reflux alors que le robinet central est grand ouvert ? Tout part de la décision de la BEAC, en mars 2025, d’abaisser son taux d’intérêt des appels d’offres (TIAO). Un tournant historique qui a mis fin à plus de deux années de resserrement monétaire. Immédiatement, la demande de refinancement a explosé, pulvérisant tous les records et frôlant parfois les 500 milliards par semaine.



Face à cette frénésie, la BEAC n’a pas eu d’autre choix que de revoir sa copie et d’augmenter progressivement le plafond de ses injections, le faisant passer de 200 milliards à un niveau inédit de 600 milliards FCFA. Mais les deux dernières opérations à ce montant record semblent indiquer que la demande atteint un plateau, se stabilisant autour de 450 milliards.


Le crédit coule à flots, mais la prudence reste de mise


« Le marché du crédit est bien plus dynamique qu’en début d’année, c’est un fait », confie sous couvert d’anonymat un directeur de banque à Douala. « La rentrée scolaire génère toujours un afflux de demandes de prêts pour les frais de scolarité, les uniformes et les fournitures. Nous devons suivre le mouvement et soutenir la consommation des ménages. »



Mais cet enthousiasme affiché est tempéré par une réalité plus nuancée. « Derrière cette euphorie, il y a une exigence de vigilance accrue. Injecter des liquidités, c’est une chose. S’assurer que les prêts seront remboursés en est une autre. Nous devons gérer le ratio entre soutien à l’économie et risques de défaut sur le portefeuille de prêts. La prudence est mère de sûreté », analyse-t-il.


Ndzengue, le grand bénéficiaire des fonds régionaux


Si les banques commerciales semblent modérer leurs ardeurs, les grands projets structurants, eux, continuent de drainer des financements colossaux. Preuve en est : le milliardaire camerounais Antoine Ndzengue vient d’obtenir de la Banque de Développement des États de l’Afrique Centrale (BDEAC) un prêt vertigineux de 65 milliards FCFA.



Cette enveloppe s’inscrit dans le financement global d’un projet d’usine de fabrication de pneus à Dibombari, dont le coût total est estimé à 500 milliards FCFA. Un investissement majeur pour l’industrialisation du Cameroun et de la sous-région, qui contraste avec la frilosité observée sur le marché interbancaire.



Le message est donc clair : la liquidité est là, abondante et accessible. Mais dans un contexte économique encore fragile, les acteurs financiers apprennent à la boire… non plus à la gorge, mais à petites gorgées mesurées.




BEAC Liquidity: Cameroonian and CEMAC Banks Say 'Enough!' to 600 Billion FCFA


As the central bank floods the market to support credit, financial institutions are hitting pause, balancing economic dynamism with increased caution. In a separate development, billionaire Antoine Ndzengue secures a colossal 65 billion financing for his tire factory.



For the second time in a row, the Bank of Central African States (BEAC) has made a major move. On Monday, the monetary institution once again offered a record envelope of 600 billion CFA francs to commercial banks in the CEMAC zone. This windfall was intended to irrigate the sub-region's economy and meet an unprecedented thirst for liquidity.



Unexpectedly, however, the credit institutions bit off more than they could chew. Of the 600 billion offered, only 458 billion were actually mobilized, according to official figures. This performance pales in comparison to the previous operation on August 26, which saw 474 billion snapped up. A strong signal that speaks volumes about the mindset of bankers during this back-to-school season.


The End of the Frenzy?


How to explain this ebb while the central tap is wide open? It all started with the BEAC's decision in March 2025 to lower its tender interest rate (TIAO). A historic turning point that ended more than two years of monetary tightening. Immediately, the demand for refinancing exploded, shattering all records and sometimes nearing 500 billion per week.



Faced with this frenzy, the BEAC had no choice but to revise its strategy and gradually increase the ceiling of its injections, raising it from 200 billion to an unprecedented level of 600 billion CFA francs. But the last two operations at this record amount seem to indicate that demand is plateauing, stabilizing around 450 billion.


Credit is Flowing, But Caution Prevails


"The credit market is much more dynamic than at the start of the year, that's a fact," confides a bank director in Douala anonymously. "The back-to-school season always generates an influx of loan requests for school fees, uniforms, and supplies. We have to follow the trend and support household consumption."



But this displayed enthusiasm is tempered by a more nuanced reality. "Behind this euphoria, there is a requirement for increased vigilance. Injecting liquidity is one thing. Ensuring that loans will be repaid is another. We must manage the ratio between supporting the economy and the risk of default on the loan portfolio. Caution is the mother of safety," he analyzes.


Ndzengue, The Major Beneficiary of Regional Funds


While commercial banks seem to be moderating their ardour, major structural projects continue to attract colossal financing. Case in point: Cameroonian billionaire Antoine Ndzengue has just obtained a dizzying loan of 65 billion CFA francs from the Development Bank of Central African States (BDEAC).



This envelope is part of the overall financing for a tire manufacturing plant project in Dibombari, with a total cost estimated at 500 billion CFA francs. A major investment for the industrialization of Cameroon and the sub-region, which contrasts with the timidity observed on the interbank market.



The message is clear: liquidity is there, abundant and accessible. But in a still fragile economic context, financial players are learning to drink it... not in one gulp, but in small, measured sips.

 


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Mouahna Divine

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