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88 milliards FCFA annoncés à Batouri : le sucre chinois débarque, mais rien n'est encore signé

Batouri : un géant chinois promet 88 milliards FCFA pour du sucre et du riz. Usine de 60 000 tonnes, 6 667 hectares… Mais où sont les financements ? Enquête.

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88 milliards FCFA annoncés à Batouri : le sucre chinois débarque, mais rien n'est encore signé


Un groupe public chinois promet une sucrerie de 60 000 tonnes par an et des plantations de riz dans l'Est du Cameroun. Sur le papier, le projet est immense. Dans les faits, tout reste à faire — et l'histoire de Batouri invite à la prudence.


Le pitch : 88 milliards, 6 667 hectares et une usine


Le Nanning Agricultural Development Group, contrôlé par les autorités publiques de la ville de Nanning, en Chine, envisage d'investir environ 88 milliards de FCFA dans la production de sucre et de riz à Batouri, dans la région de l'Est du Cameroun. L'information ressort d'un avis d'appel d'offres publié le 27 octobre 2026.


Dans le détail, le groupe chinois prévoit de louer environ 6 667 hectares pour la canne à sucre et 200 hectares supplémentaires pour le riz. Le programme comprend aussi la construction d'une sucrerie capable de produire 60 000 tonnes de sucre par an, des installations de transformation du riz et des bâtiments pour le personnel.


Oui, mais… le projet n'en est qu'au stade des études


Attention, ne vendons pas la peau du sucre avant de l'avoir récolté. Aucun financement mobilisé, aucun contrat de construction, aucun bail foncier signé n'a encore été confirmé. Les 88 milliards annoncés correspondent au coût envisagé du projet, pas à de l'argent déjà sur la table.


Pour savoir si l'affaire est réalisable, Nanning Agricultural Development Group cherche une entreprise spécialisée chargée de réaliser une étude de faisabilité. Celle-ci devra examiner les besoins financiers et techniques, les conditions d'exploitation des terres et les démarches administratives.


Le groupe est prêt à consacrer jusqu'à 880 000 yuans, soit environ 78 millions de FCFA, à cette étude. Les entreprises intéressées ont jusqu'au 5 novembre 2026 pour déposer leurs offres. La firme retenue disposera de 60 jours pour livrer le travail, avec des investigations sur place au Cameroun.


Batouri, terre promise du sucre… et cimetière de projets ?


Ce nouvel intérêt chinois intervient plus de dix ans après une première initiative dans la production de sucre dans cette partie du Cameroun. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que l'histoire sent le déjà-vu.


En avril 2012, l'État camerounais avait signé un accord avec Justin Sugar Mills, une entreprise indo-camerounaise, pour développer un complexe sucrier à Batouri. Investissement prévu : 60 milliards de FCFA, pour une usine devant produire… 60 000 tonnes de sucre par an. Tiens donc.


Le projet avait ensuite capoté. Après la rupture avec Justin Sugar Mills, le gouvernement avait retenu, en février 2015, le groupe marocain Cosumar. En décembre de la même année, l'État avait finalement décidé de se retirer et de laisser son promoteur initial poursuivre. Puis, le 4 octobre 2017, Investir au Cameroun révélait qu'Orient's Sugar and Industry SA (OSI SA) — capitaux camerounais, brésiliens et italiens — préparait aussi son projet sucrier, après avoir cultivé du maïs et du soja sur environ 100 hectares à Dimako et Nguélébok.


Résultat des courses : plusieurs investisseurs ont rêvé de sucre dans l'Est, mais aucun complexe n'a sorti sa première tonne. Les documents disponibles ne permettent pas d'établir que le projet chinois soit une reprise de Justin Sugar Mills ou d'OSI SA. Mais la capacité annoncée — 60 000 tonnes par an — est identique à celle de l'ancien complexe Justin Sugar Mills. Coïncidence ? Le dossier, lui, reste ouvert.


Qui est vraiment Nanning Agricultural Development Group ?


Le nouvel investisseur appartient à un ensemble d'entreprises contrôlé par les autorités publiques de Nanning, en Chine. Une publication chinoise de septembre 2026 fait état d'un projet de création d'une filiale au Cameroun, mais son existence juridique n'a pas encore été confirmée. Autrement dit : le géant annoncé doit encore prouver qu'il a des pieds et une adresse au Cameroun.


Pendant ce temps, le cacao et le café décrochent un prêt historique


Sur un tout autre front — mais tout aussi stratégique pour l'agriculture camerounaise —, le Fonds vert pour le climat (FVC) a approuvé, le 27 octobre 2026, un prêt souverain direct de 87,68 millions de dollars, soit environ 51,4 milliards de FCFA, destiné aux filières cacao et café. Selon l'institution, c'est le premier prêt souverain direct de son histoire.


Validée lors de la 46? réunion du conseil d'administration à Songdo, en Corée du Sud, l'opération s'inscrit dans un programme de 241,52 millions de dollars (environ 141,6 milliards de FCFA), baptisé RACINE.


Le programme sera porté directement auprès du FVC par le ministère de l'Économie, de la Planification et de l'Aménagement du territoire (Minepat), avec le Fonds de développement des filières cacao et café (Fodecc) comme entité exécutante. Le Fonds vert présente RACINE comme son premier investissement national en accès direct en Afrique centrale.


Le Fodecc met plus que le Fonds vert


Le prêt approuvé représente l'essentiel de la contribution du FVC. Il est complété par un don de 9,74 millions de dollars, portant son financement total à 97,42 millions de dollars (environ 57,1 milliards de FCFA).


Le montage prévoit également 99,10 millions de dollars de ressources nationales (environ 58 milliards de FCFA), provenant de la redevance sur les exportations de cacao et de café affectée au Fodecc. Cette contribution représente 41 % du coût total et dépasse légèrement celle du Fonds vert. Nuance de taille : il s'agit de recettes déjà affectées aux filières — leur inscription dans RACINE ne permet donc pas de les considérer comme des ressources nouvelles, ni de garantir leur disponibilité immédiate.


La troisième composante, évaluée à 45 millions de dollars (environ 26,5 milliards de FCFA), doit venir de l'Initiative pour les forêts d'Afrique centrale (CAFI). Son versement reste conditionnel. Dans une décision du 18 décembre 2025, le conseil d'administration de CAFI avait envisagé des paiements pouvant atteindre ce montant, après vérification indépendante des résultats — en précisant expressément que le document ne constituait pas une décision d'attribution. CAFI subordonnait aussi l'approbation à une évaluation indépendante du système de subventions du Fodecc, jugé « solide » ou « excellent ». Au 29 octobre 2026, les documents consultés ne permettent d'établir ni la satisfaction définitive de cette condition, ni l'attribution des 45 millions.


Traçabilité européenne et subventions agricoles


Prévu sur six ans, RACINE doit soutenir la transition des exploitations vers des pratiques limitant la déforestation. Le programme prévoit un système de traçabilité pour satisfaire aux exigences du règlement européen contre la déforestation, la formation de 2 000 conseillers agricoles, l'extension du système de subventions du Fodecc via des bons électroniques, et un mécanisme de financement pour les communes (reboisement, restauration des bassins versants).


Selon le Minepat, RACINE devrait porter la production nationale de cacao d'environ 306 000 tonnes à 600 000 tonnes à maturité, avec des rendements cacao passant de 350 à 750 kg/ha et café de 220 à 600 kg/ha, et des pertes après récolte ramenées de 18 % à 4 %. Le FVC estime que le programme pourrait renforcer la résilience climatique de 2,8 millions de personnes et éviter 15,7 millions de tonnes équivalent CO?.


Mais attention : ces chiffres sont des objectifs, pas des résultats acquis.


Un prêt approuvé, mais aucun décaissement établi


Le financement finalement approuvé est inférieur à l'enveloppe initiale : 247 millions de dollars prévus contre 241,52 millions retenus, soit une réduction d'environ 5,48 millions. La contribution du Fonds vert est passée de 100 à 97,42 millions de dollars.


L'approbation du 27 octobre ne marque pas le démarrage de RACINE. Au 29 octobre, la fiche officielle classe le programme parmi les projets approuvés, mais précise que sa mise en œuvre n'a pas commencé. Elle ne confirme ni l'entrée en vigueur du prêt, ni un premier décaissement. Sur les 97,42 millions approuvés, 87,68 millions sont remboursables — et la fiche publique ne précise ni le taux d'intérêt, ni la durée, ni le différé d'amortissement. Des paramètres pourtant indispensables pour établir le coût réel du crédit que devra supporter le Cameroun.


Ce qu'il faut retenir



  • Batouri : un groupe public chinois annonce 88 milliards FCFA pour sucre et riz — mais rien n'est signé, tout est au stade des études.

  • 60 000 tonnes/an : la même capacité que l'ancien projet Justin Sugar Mills, resté dans les cartons.

  • Cacao/café : le Fonds vert approuve un prêt historique de 51,4 milliards FCFA pour le programme RACINE — mais aucun décaissement confirmé à ce jour.

  • Prudence : annonces ambitieuses, financements conditionnels, paramètres de crédit inconnus. Le Cameroun agricole avance, mais à petits pas vérifiables.




 


88 Billion FCFA in Batouri: Chinese Sugar Arrives, But Nothing Is Signed Yet


A Chinese state-owned group promises a 60,000-tonne-per-year sugar plant and rice plantations in eastern Cameroon. On paper, the project is massive. In reality, everything remains to be done — and Batouri's history calls for caution.


The pitch: 88 billion, 6,667 hectares and a factory


Nanning Agricultural Development Group, controlled by the public authorities of Nanning, China, plans to invest around 88 billion FCFA in sugar and rice production in Batouri, in Cameroon's East region, according to a tender notice published on 27 October 2026.


In detail, the Chinese group intends to lease about 6,667 hectares for sugarcane and 200 additional hectares for rice. The programme also includes a sugar factory capable of producing 60,000 tonnes per year, rice-processing facilities and staff buildings.


Yes, but… the project is still at the study stage


Let's not count the sugar before it's harvested. No funding has been mobilized, no construction contract signed, no land lease confirmed. The announced 88 billion FCFA is the envisaged cost of the project — not money already on the table.


To assess feasibility, Nanning Agricultural Development Group is looking for a specialist firm to carry out a feasibility study covering financial and technical needs, land-use conditions and administrative procedures.


The group is ready to spend up to 880,000 yuan (about 78 million FCFA) on this study. Interested companies have until 5 November 2026 to submit bids. The selected firm will have 60 days to deliver the work, including on-site investigations in Cameroon.


Batouri: promised land of sugar… and graveyard of projects?


This renewed Chinese interest comes more than a decade after a first sugar initiative in this part of Cameroon. And the story feels familiar.


In April 2012, the Cameroonian government signed a deal with Justin Sugar Mills, an Indo-Cameroonian company, to develop a sugar complex in Batouri. Planned investment: 60 billion FCFA, for a plant meant to produce… 60,000 tonnes of sugar per year. Sound familiar?


The project later collapsed. After the agreement with Justin Sugar Mills fell through, the government selected Moroccan group Cosumar in February 2015. In December of the same year, the State decided to withdraw and let the original promoter continue. Then, on 4 October 2017, Investir au Cameroun revealed that Orient's Sugar and Industry SA (OSI SA) — backed by Cameroonian, Brazilian and Italian capital — was also preparing a sugar project, after growing maize and soy on about 100 hectares in Dimako and Nguélébok.


Bottom line: several investors have dreamed of sugar in the East, but no complex has produced its first tonne. Available documents do not establish that the Chinese project is a revival of Justin Sugar Mills or OSI SA. But the announced capacity — 60,000 tonnes per year — is identical to the former Justin Sugar Mills complex. Coincidence? The file remains open.


Who is Nanning Agricultural Development Group, really?


The new investor belongs to a group of companies controlled by the public authorities of Nanning, China. A September 2026 Chinese publication mentions a plan to create a subsidiary in Cameroon, but its legal existence has not yet been confirmed. In other words: the announced giant still has to prove it has feet — and an address — in Cameroon.


Meanwhile, cocoa and coffee secure a historic loan


On another front — equally strategic for Cameroonian agriculture — the Green Climate Fund (GCF) approved, on 27 October 2026, a direct sovereign loan of USD 87.68 million (about 51.4 billion FCFA) for the cocoa and coffee sectors. According to the institution, this is the first direct sovereign loan in its history.


Approved at the 46th meeting of its board in Songdo, South Korea, the operation is part of a USD 241.52 million (about 141.6 billion FCFA) programme named RACINE.


The programme will be submitted directly to the GCF by the Ministry of Economy, Planning and Regional Development (Minepat), with the Cocoa and Coffee Sectors Development Fund (Fodecc) as executing entity. The GCF presents RACINE as its first direct-access national investment in Central Africa.


Fodecc puts in more than the GCF


The approved loan makes up most of the GCF contribution. It is topped up by a USD 9.74 million grant, bringing its total financing to USD 97.42 million (about 57.1 billion FCFA).


The package also includes USD 99.10 million in domestic resources (about 58 billion FCFA), drawn from the cocoa and coffee export levy allocated to Fodecc. This contribution accounts for 41% of the total cost and slightly exceeds the GCF's. Key nuance: these are already earmarked revenues — including them in RACINE does not make them new resources, nor guarantee their immediate availability.


The third component, estimated at USD 45 million (about 26.5 billion FCFA), is expected from the Central African Forest Initiative (CAFI). Its disbursement remains conditional. In a 18 December 2025 decision, CAFI's board envisaged payments of up to that amount, subject to independent verification of results — while stating expressly that the document did not constitute a funding award decision. CAFI also conditioned approval on an independent assessment of Fodecc's subsidy system, rated "strong" or "excellent". As of 29 October 2026, documents reviewed do not establish either definitive satisfaction of that condition or the award of the USD 45 million.


European traceability and agricultural subsidies


Planned over six years, RACINE is to support the transition of cocoa and coffee farms toward deforestation-limiting practices. It includes a traceability system to help producers and companies meet the EU deforestation regulation, training for 2,000 agricultural advisers, expansion of Fodecc's subsidy system through e-vouchers, and a financing mechanism for municipalities (reforestation, watershed restoration).


According to Minepat, RACINE should lift national cocoa output from a baseline of about 306,000 tonnes to 600,000 tonnes at maturity, with cocoa yields rising from 350 to 750 kg/ha and coffee from 220 to 600 kg/ha, while post-harvest losses fall from 18% to 4%. The GCF estimates the programme could strengthen the climate resilience of 2.8 million people and avoid 15.7 million tonnes of CO? equivalent.


But beware: these are targets, not achieved results.


A loan approved, but no disbursement established


The final financing is below the initial envelope: USD 247 million planned versus USD 241.52 million retained — a reduction of about USD 5.48 million. The GCF contribution was cut from USD 100 million to USD 97.42 million.


The 27 October approval does not mark the start of RACINE. As of 29 October, the official GCF page lists the programme among approved projects, but states that implementation has not begun. It confirms neither the loan's entry into force nor a first disbursement. Of the USD 97.42 million approved, USD 87.68 million is repayable — and the public fact sheet specifies neither the interest rate, nor the maturity, nor any grace period. Yet these parameters are essential to establish the real cost of the credit Cameroon will bear.


Key takeaways



  • Batouri: a Chinese state-owned group announces 88 billion FCFA for sugar and rice — but nothing is signed; everything is at the study stage.

  • 60,000 tonnes/year: the same capacity as the old Justin Sugar Mills project, which never left the drawing board.

  • Cocoa/coffee: the Green Climate Fund approves a historic 51.4 billion FCFA loan for the RACINE programme — but no disbursement confirmed to date.

  • Caution: ambitious announcements, conditional financing, unknown credit terms. Agricultural Cameroon is moving forward — but in small, verifiable steps.


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Mouahna Divine

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