Nachtigal : une facture de 196 milliards de FCFA attendue en 2027, le Cameroun face à un casse-tête financier
La facturation de Nachtigal Hydro Power Company (NHPC) au titre du mécanisme de « take or pay » pourrait atteindre 196,16 milliards de FCFA en 2027. Alors que les contraintes du réseau limitent encore l'évacuation de l'électricité produite par la centrale, les autorités budgétaires demandent des clarifications sur les engagements financiers de l'État. La mise en service complète de la ligne Nachtigal-Douala est notamment attendue pour réduire la pression sur les finances publiques.
196,16 milliards de FCFA : le chiffre qui interpelle les autorités budgétaires
Le projet hydroélectrique de Nachtigal se retrouve au cœur des préoccupations budgétaires du Cameroun. Selon le rapport général des Conférences élargies de programmation budgétaire et de la performance associée (CEPB-PA), organisées du 1er au 14 septembre 2026 dans le cadre de la préparation du budget de l'État pour la période 2027-2029, la facturation de Nachtigal Hydro Power Company (NHPC) au titre du mécanisme de « take or pay » est projetée à 196,16 milliards de FCFA en 2027.
Ce montant soulève des interrogations sur le coût réel des engagements liés à la centrale hydroélectrique et sur leurs conséquences pour les finances publiques. Les examinateurs du document budgétaire ont ainsi demandé au ministère de l'Eau et de l'Énergie (MINEE) de préciser les obligations financières découlant du contrat d'achat d'électricité conclu avec NHPC.
Le ministère a déjà transmis un état détaillé de la situation des factures. Mais cette documentation n'a pas entièrement satisfait les examinateurs, qui réclament davantage de transparence sur les engagements contractuels et leur prise en compte dans la programmation budgétaire.
Ils demandent notamment la communication des clauses conventionnelles encadrant le « take or pay », des montants annuels à acquitter, de leur inscription dans le Cadre de dépenses à moyen terme (CDMT), ainsi que du circuit institutionnel de transmission et de validation des factures.
L'enjeu est de déterminer avec précision qui doit payer quoi, selon quelles modalités et sur quelle ligne budgétaire.
Le mécanisme « take or pay », une obligation financière à clarifier
Dans le secteur de l'électricité, le mécanisme de « take or pay » désigne généralement une obligation contractuelle de paiement portant sur une quantité d'énergie ou une capacité convenue, même lorsque l'acheteur ne consomme pas effectivement la totalité de l'électricité concernée, selon les conditions prévues au contrat.
Ce dispositif permet au producteur de sécuriser une partie de ses revenus et de financer ses investissements sur la durée. En revanche, il peut exposer l'acheteur à des charges importantes lorsque le réseau ne permet pas d'acheminer ou d'absorber toute l'électricité disponible.
C'est précisément cette difficulté qui alimente les interrogations autour de Nachtigal.
Attention toutefois à une distinction essentielle : les 196,16 milliards de FCFA projetés ne représentent pas nécessairement une dépense que le Trésor public devra intégralement décaisser en 2027. Le rapport budgétaire ne permet pas de distinguer clairement le montant total de la facturation adressée au distributeur d'électricité des charges susceptibles de revenir directement à l'État, notamment au titre de ses engagements contractuels ou des garanties accordées au projet.
Cette nuance est déterminante. Assimiler automatiquement la totalité de cette projection à une dépense budgétaire effective conduirait à surestimer ce que le document permet réellement d'affirmer.
Une moyenne de 16,35 milliards par mois : faut-il s'attendre à une hausse des coûts ?
Rapportée à douze mois, la projection de 196,16 milliards de FCFA correspond à une moyenne théorique d'environ 16,35 milliards de FCFA par mois.
À titre de comparaison, le média Investir au Cameroun rapportait en mars 2025 une facture mensuelle de 10 milliards de FCFA liée à la disponibilité de la totalité des 420 MW de la centrale de Nachtigal.
L'écart entre les deux montants attire l'attention. Il ne suffit cependant pas à démontrer une augmentation du coût contractuel de l'électricité.
Les deux chiffres doivent être rapprochés avec prudence, car les informations disponibles ne précisent pas si leurs périmètres sont identiques, si les mêmes composantes tarifaires sont prises en compte ou si les montants correspondent aux mêmes catégories de charges.
Des éclaircissements du MINEE sur la structure de la facturation, les clauses tarifaires et les obligations respectives des parties permettraient donc de mieux apprécier la portée de la projection pour 2027.
La ligne Nachtigal-Douala attendue en novembre 2026
Face à ces contraintes, le gouvernement mise notamment sur l'achèvement de la ligne de transport d'électricité Nachtigal-Douala, annoncé pour novembre 2026.
Selon le rapport des conférences budgétaires, l'amélioration de la capacité d'évacuation et d'absorption de l'électricité produite devrait contribuer à réduire, à partir de 2027, les charges supportées par l'État au titre du mécanisme de « take or pay ».
L'objectif est clair : permettre au réseau d'utiliser davantage la capacité de production disponible, plutôt que de maintenir des engagements de paiement alors que des contraintes de transport limitent l'exploitation optimale de la centrale.
Mais deux questions demeurent. Le rapport ne chiffre pas les économies attendues et ne précise pas si celles-ci ont déjà été intégrées dans la projection de 196,16 milliards de FCFA.
En outre, l'échéance de novembre 2026 reste à confirmer. Lors d'une inspection effectuée le 7 octobre 2026, le ministre de l'Eau et de l'Énergie, Gaston Eloundou Essomba, a de nouveau demandé l'achèvement des ouvrages du deuxième corridor de transport au cours de ce mois, après plusieurs reports.
Ces retards ne sont pas sans conséquences pour l'économie. Ils limitent notamment la capacité du réseau à satisfaire une demande industrielle supplémentaire estimée à 150 MW dans la région du Littoral, où Douala concentre une part importante de l'activité productive du pays.
La résolution du problème dépasse ainsi la seule question des factures : elle touche également à la disponibilité de l'énergie pour les entreprises, à la compétitivité industrielle et à la valorisation des investissements réalisés dans la production électrique.
Le FMI alerte sur les risques pour les finances publiques
Les préoccupations soulevées lors des conférences budgétaires rejoignent celles du Fonds monétaire international (FMI).
Dans son rapport de consultation au titre de l'article IV, publié en avril 2026, l'institution a averti que les clauses de « take or pay » du contrat d'achat d'électricité de Nachtigal risquaient d'accentuer les pressions budgétaires tant que les contraintes de transport empêcheraient la pleine utilisation des capacités de production disponibles.
Cette alerte met en évidence un enjeu classique des grands projets énergétiques : les capacités de production doivent être accompagnées d'infrastructures de transport suffisamment performantes pour acheminer l'électricité vers les consommateurs.
Sans cette complémentarité, le pays risque de supporter des coûts contractuels sans tirer pleinement profit du potentiel énergétique installé.
Pour le Cameroun, l'équation est donc double. Il faut sécuriser les paiements dus au producteur conformément aux engagements applicables, tout en accélérant les infrastructures nécessaires à une meilleure utilisation de l'électricité produite.
Une garantie financière de 56 milliards de FCFA à reconstituer
Les tensions liées aux paiements de NHPC ont également conduit le gouvernement à rechercher des financements destinés à sécuriser les engagements financiers du projet.
Le 26 juin 2026, Investir au Cameroun rapportait que 35 milliards de FCFA avaient déjà été mobilisés sur les 56 milliards nécessaires à la reconstitution d'une garantie financière liée à Nachtigal.
Cette opération doit être distinguée de la projection annuelle de 196,16 milliards de FCFA. La garantie vise à sécuriser les paiements selon le dispositif financier concerné ; elle ne constitue pas, à elle seule, le montant des factures annuelles de NHPC ni une preuve que le Trésor doit régler la totalité de ces factures.
La mobilisation de ces ressources illustre néanmoins l'importance accordée à la sécurisation des engagements financiers du projet.
Le ministère des Finances avait déjà exprimé des réserves
Les interrogations sur le montage financier de Nachtigal ne datent pas des dernières conférences budgétaires.
Lors du Colloque financier international organisé à Yaoundé le 23 avril 2026, un responsable du ministère des Finances avait exprimé des réserves sur la structuration financière du projet.
« Nous estimons actuellement que la structuration financière de ce projet n'a pas permis à l'État d'être totalement à l'aise », avait-il déclaré, selon des propos rapportés par Investir au Cameroun.
Cette déclaration souligne que les préoccupations portent également sur la répartition des risques, les garanties et les conséquences des engagements contractuels pour les finances publiques.
Nachtigal, entre sécurité énergétique et soutenabilité budgétaire
La projection de 196,16 milliards de FCFA pour 2027 place la gestion financière de Nachtigal sous un examen accru. Mais elle ne permet pas, à elle seule, de conclure que l'État supportera une charge équivalente sur son budget.
Les précisions attendues du MINEE devront notamment permettre d'établir le montant effectivement exigible, la répartition des obligations entre les différents acteurs, le traitement budgétaire des engagements et les économies susceptibles de découler de la mise en service de la ligne Nachtigal-Douala.
La concrétisation de cette infrastructure pourrait contribuer à réduire les tensions liées au « take or pay ». Encore faudra-t-il confirmer son calendrier, mesurer les économies effectivement réalisées et vérifier leur prise en compte dans la programmation budgétaire.
Pour le Cameroun, le défi consiste désormais à transformer les capacités hydroélectriques installées en électricité effectivement acheminée et consommée, tout en maîtrisant les risques financiers associés. C'est à cette condition que Nachtigal pourra contribuer pleinement à la sécurité énergétique sans accentuer inutilement la pression sur les finances publiques.
Nachtigal: Cameroon Faces a Potential CFAF 196 Billion Electricity Bill in 2027
Billing by Nachtigal Hydro Power Company (NHPC) under the “take-or-pay” mechanism is projected to reach CFAF 196.16 billion in 2027. As transmission constraints continue to limit the evacuation of electricity generated by the hydropower plant, budget authorities are seeking clarification on the government's financial commitments. The completion of the Nachtigal-Douala transmission line is expected to help ease the pressure on public finances.
CFAF 196.16 billion: a figure raising budgetary concerns
Cameroon's Nachtigal hydropower project is facing increased scrutiny over its financial implications. According to the general report of the Extended Budget Programming and Performance Conferences (CEPB-PA), held from September 1 to 14, 2026, as part of preparations for the 2027-2029 state budget, NHPC's billing under the “take-or-pay” mechanism is projected to reach CFAF 196.16 billion in 2027.
The projection raises questions about the actual cost of the contractual commitments associated with the plant and their potential impact on public finances. Budget reviewers have asked the Ministry of Water Resources and Energy (MINEE) to clarify the financial obligations arising from the electricity purchase agreement signed with NHPC.
The ministry has already submitted a detailed statement of NHPC invoices. However, reviewers consider the information insufficient and are requesting further details on the contractual commitments and how they are reflected in budget planning.
Their requests include the contractual provisions governing the “take-or-pay” mechanism, the amounts payable each year, their inclusion in the Medium-Term Expenditure Framework (CDMT), and the institutional process for submitting and approving invoices.
The key issue is to establish precisely who is required to pay, under what conditions, and through which budgetary arrangements.
The “take-or-pay” mechanism: financial obligations still requiring clarification
In the electricity sector, a “take-or-pay” clause generally requires a buyer to pay for an agreed quantity of energy or contracted capacity, even if the electricity concerned is not fully consumed, subject to the terms of the contract.
Such arrangements help power producers secure revenue and finance long-term investments. However, they can expose buyers to substantial costs when transmission infrastructure cannot transport or absorb all the available electricity.
This is one of the central concerns surrounding Nachtigal.
An important distinction must be made: the projected CFAF 196.16 billion does not necessarily represent an amount that the Treasury will have to pay in full in 2027. The budget report does not clearly distinguish between the total invoices issued to the electricity distributor and the costs that could ultimately fall directly on the state under its contractual commitments or guarantees associated with the project.
Treating the entire projection as an actual government expenditure would therefore go beyond what the available information establishes.
An average of CFAF 16.35 billion a month: are electricity costs increasing?
Spread over 12 months, the CFAF 196.16 billion projection represents a theoretical average of approximately CFAF 16.35 billion per month.
For comparison, Investir au Cameroun reported in March 2025 that a monthly bill of CFAF 10 billion was associated with the availability of the plant's full 420 MW capacity.
The difference between the two figures is significant, but it does not, by itself, demonstrate an increase in the contractual cost of electricity.
The figures must be compared cautiously because the available information does not establish whether they cover the same billing components, tariff provisions or categories of financial obligations.
Clarification from MINEE on the billing structure, applicable tariff clauses and the respective obligations of the parties would help explain the projected amount for 2027.
The Nachtigal-Douala transmission line expected in November 2026
The government is counting on the completion of the Nachtigal-Douala electricity transmission line, scheduled for November 2026, to improve the evacuation and absorption of electricity generated by the plant.
According to the budget conference report, improved transmission capacity should help reduce, from 2027 onwards, the costs borne by the state under the “take-or-pay” mechanism.
The objective is to enable the grid to use more of the available generating capacity instead of maintaining payment obligations while transmission constraints limit the plant's effective output.
However, two questions remain unanswered. The report does not quantify the expected savings or specify whether they have already been incorporated into the CFAF 196.16 billion projection.
The November deadline also remains to be confirmed. During an inspection on October 7, 2026, Minister of Water Resources and Energy Gaston Eloundou Essomba again called for the completion of the second transmission corridor during the month, following several delays.
These delays have economic consequences. They limit the grid's ability to meet an additional industrial electricity demand estimated at 150 MW in the Littoral region.
The issue therefore extends beyond electricity bills. It also concerns energy availability for businesses, industrial competitiveness and the economic returns on investments in power generation.
IMF warns of risks to public finances
The concerns raised during the budget conferences echo those expressed by the International Monetary Fund (IMF).
In its Article IV consultation report published in April 2026, the IMF warned that the “take-or-pay” clauses in Nachtigal's power purchase agreement could increase budgetary pressures as long as transmission constraints prevent the full use of available generation capacity.
The warning highlights a familiar challenge facing major energy projects: power generation must be supported by sufficiently robust transmission infrastructure to deliver electricity to consumers.
Without that coordination, a country may incur contractual costs without fully benefiting from its installed generating capacity.
Cameroon therefore faces a twofold challenge: securing payments due to the producer under the applicable contractual arrangements while accelerating the infrastructure needed to make better use of the electricity generated.
CFAF 56 billion guarantee: CFAF 35 billion already mobilised
Payment-related pressures have also prompted the government to seek financing to secure the project's financial commitments.
On June 26, 2026, Investir au Cameroun reported that CFAF 35 billion had already been mobilised out of the CFAF 56 billion required to replenish a financial guarantee linked to Nachtigal.
This operation must be distinguished from the annual projection of CFAF 196.16 billion. The guarantee is intended to secure payments under the relevant financial arrangements. It is neither the annual invoice amount nor proof that the Treasury must pay NHPC's entire projected bill.
Nevertheless, the mobilisation of these funds illustrates the importance attached to securing the project's financial commitments.
Finance Ministry had already voiced reservations
Questions about Nachtigal's financial structure predate the latest budget conferences.
During the International Financial Symposium held in Yaoundé on April 23, 2026, a Finance Ministry official expressed reservations about the project's financial structure.
“We currently believe that the financial structuring of this project has not made the state entirely comfortable,” the official said, according to remarks reported by Investir au Cameroun.
The statement highlights concerns about risk allocation, financial guarantees and the consequences of contractual commitments for public finances.
Nachtigal: balancing energy security and fiscal sustainability
The CFAF 196.16 billion projection for 2027 has placed Nachtigal's financial arrangements under closer scrutiny. However, it does not, on its own, establish that the state will bear an equivalent charge on its budget.
The clarifications requested from MINEE should help establish the amounts actually payable, the allocation of obligations among the parties, the budgetary treatment of these commitments and the savings that could result from the commissioning of the Nachtigal-Douala transmission line.
Completing the transmission infrastructure could help ease the pressure associated with the “take-or-pay” mechanism. However, the schedule must be confirmed, actual savings measured and their inclusion in budget projections verified.
For Cameroon, the challenge is to turn installed hydropower capacity into electricity that can be effectively transmitted and consumed while managing the associated financial risks. This is essential if Nachtigal is to strengthen energy security without placing unnecessary additional pressure on public finances.
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Silognhia Edwige