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Paris sportifs au Cameroun : combien l’État gagne-t-il réellement ? Le grand flou sur les recettes fiscales

Le marché des paris sportifs génère des flux financiers importants, mais sa contribution effective au budget de l’État camerounais reste difficile à mesurer. Dans son baromètre publié en octobre 2026, AfriBallon relève l’absence de données publiques consolidées sur les recettes fiscales du secteur et sur le nombre exact d’opérateurs autorisés. Pourtant, les prélèvements applicables sont clairement définis par la réglementation.

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Un marché fiscalement encadré, mais dont les recettes restent difficiles à mesurer


Les paris sportifs ont pris une place visible dans l’univers du divertissement au Cameroun. Des plateformes en ligne aux points de prise de paris, cette activité mobilise des joueurs, des opérateurs et des circuits de paiement. Mais une question demeure : combien les paris sportifs rapportent-ils réellement aux finances publiques camerounaises ?


À partir des documents publics qu’il a consultés, AfriBallon n’a pas pu établir le montant consolidé du chiffre d’affaires du secteur, les recettes fiscales effectivement encaissées auprès des opérateurs ou encore le nombre exact d’entreprises disposant d’une autorisation d’exploitation valide.


Ces constats figurent dans son Baromètre des paris sportifs en Afrique francophone, publié en octobre 2026. L’étude compare les cadres réglementaires et les informations économiques disponibles au Cameroun, en Côte d’Ivoire et au Sénégal, sur la base de sources consultées le 9 octobre 2026.


Cette absence de données accessibles ne signifie pas que l’administration camerounaise ne dispose d’aucun chiffre. Elle révèle plutôt une difficulté à mesurer, à partir des informations publiques recensées, le poids économique réel de cette activité et sa contribution au budget de l’État.


Une redevance annuelle de 2 % sur le chiffre d’affaires hors taxes


Sur le plan fiscal, le Cameroun dispose pourtant d’un mécanisme de prélèvement spécifique. Les entreprises exploitant des jeux de divertissement, d’argent et de hasard sous le régime de la concession ou de l’autorisation sont assujetties à une redevance annuelle de 2 % de leur chiffre d’affaires hors taxes.


Depuis la réforme de la fiscalité locale de décembre 2024, le recouvrement de cette redevance relève de la Direction générale des impôts (DGI).


La loi de finances 2026 a précisé cette compétence en confiant exclusivement aux services fiscaux de l’État le recouvrement de la redevance. L’article C 132 du Code général des impôts prévoit désormais une déclaration et un paiement trimestriels, dans les quinze jours suivant la fin de chaque trimestre, sur la base du chiffre d’affaires réalisé.


Une partie du produit de cette redevance est destinée aux Régions, par l’intermédiaire du Fonds spécial d’équipement et d’intervention intercommunale (FEICOM).


Le dispositif prévoit donc un prélèvement identifiable et des modalités de déclaration définies. Le problème se situe ailleurs : les documents recensés par AfriBallon ne permettent pas de connaître le montant effectivement recouvré au titre des paris sportifs.


Autre difficulté, la redevance de 2 % couvre plusieurs catégories de jeux. Même si le montant total encaissé par l’administration était rendu public, il faudrait disposer d’une ventilation par activité pour isoler la contribution des paris sportifs.


Des droits d’autorisation pouvant atteindre 300 millions de FCFA


La fiscalité du secteur ne se limite pas à la redevance sur le chiffre d’affaires. Elle comprend également des droits d’entrée et de renouvellement des titres d’exploitation.


Selon les dispositions de la loi de finances 2025 rapportées dans le baromètre, les droits d’autorisation pour les jeux en ligne sont fixés à 300 millions de FCFA. Les tarifs applicables aux paris relevant des concessions de types A et B sont respectivement de 10 millions et de 5 millions de FCFA.


Ces montants représentent des droits réglementaires, et non des recettes dont le recouvrement effectif serait établi par les données publiques recensées. Pour connaître la contribution réelle de cette source de revenus, il faudrait notamment disposer du nombre de titres délivrés ou renouvelés et des montants effectivement encaissés.


En l’absence d’un bilan public consolidé, il reste donc impossible de déterminer combien les autorisations d’exploitation rapportent chaque année aux finances publiques.


Mobile Money : une taxe de 1 % et un droit supplémentaire de 4 FCFA


Les transactions financières associées aux jeux constituent une autre source potentielle de prélèvements.


Depuis 2025, les transferts et les retraits d’argent effectués via les plateformes électroniques de jeux de hasard et de divertissement sont soumis à une taxe de 1 %, contre 0,2 % pour les opérations relevant du taux de droit commun. Un droit spécifique de 4 FCFA par transaction s’ajoute au prélèvement proportionnel.


Le dispositif concerne les flux financiers associés aux plateformes visées par la réglementation. Son champ d’application dépasse toutefois les seuls paris sportifs : il ne faut donc pas assimiler automatiquement l’ensemble de ces prélèvements aux recettes générées par les paris sur les compétitions sportives.


Pour mesurer leur rendement, il faudrait connaître le volume des transactions concernées, les montants collectés et la part imputable aux paris sportifs. Ces données ne sont pas établies dans les documents publics examinés par AfriBallon.


Cameroun : aucun registre public complet des opérateurs retrouvé


Au-delà des recettes fiscales, la transparence sur les entreprises autorisées à exercer constitue un autre point sensible.


Au Cameroun, les autorisations d’exploitation sont délivrées par le ministère de l’Administration territoriale (MINAT). Toutefois, AfriBallon indique n’avoir retrouvé aucun registre public équivalent sur le site de cette administration.


Les chiffres relayés dans la presse sur le nombre de bookmakers présents sur le marché ne suffisent pas à déterminer combien disposent effectivement d’une autorisation en cours de validité. La présence commerciale d’une plateforme ne constitue pas, à elle seule, une preuve de la validité de son agrément.


Cette référence constitue une déclaration publiée par l’opérateur. Elle ne vaut pas confirmation administrative indépendante et ne permet pas, à elle seule, de reconstituer la liste exhaustive des plateformes légalement autorisées.


Côte d’Ivoire et Sénégal : des listes publiques plus accessibles


La comparaison régionale met en évidence une différence dans l’accès aux informations sur les opérateurs.


En Côte d’Ivoire, l’Autorité de régulation des jeux de hasard (ARJH) recensait 17 opérateurs privés agréés dans une liste consultée par AfriBallon le 9 octobre 2026.


Au Sénégal, la Loterie nationale sénégalaise (LONASE) avait rendu publique, le 30 juin 2026, une liste de 17 plateformes de jeux en ligne autorisées.


Ces chiffres doivent toutefois être interprétés avec prudence : la liste ivoirienne porte sur des opérateurs privés, tandis que celle du Sénégal recense des plateformes. Les deux décomptes ne couvrent donc pas exactement le même périmètre.


Pour le Cameroun, la publication d’un registre officiel régulièrement actualisé permettrait de mieux identifier les opérateurs autorisés, de distinguer les entreprises disposant d’un titre valide de celles dont la situation reste incertaine et de renforcer la lisibilité du marché.


Deux données clés pour connaître les véritables recettes de l’État


Pour mesurer précisément la contribution des paris sportifs aux finances publiques camerounaises, deux informations sont particulièrement importantes.


La première concerne le nombre d’autorisations d’exploitation en cours de validité, une donnée relevant du MINAT. La seconde porte sur la ventilation des prélèvements effectivement recouvrés, qui relève des administrations fiscales et financières compétentes.


Ces informations permettraient de distinguer les recettes théoriquement prévues par la réglementation des sommes réellement encaissées. Elles aideraient également à mesurer la contribution propre aux paris sportifs, sans la confondre avec celle des autres jeux d’argent et de hasard.


L’enjeu est autant fiscal qu’économique. Des données consolidées offriraient une meilleure visibilité sur un secteur soumis à plusieurs prélèvements, tout en facilitant l’évaluation de son poids dans les finances publiques.


En définitive, le Cameroun dispose d’un cadre fiscal pour encadrer les paris sportifs, mais les informations publiques recensées ne permettent pas encore d’en chiffrer précisément le rendement. Tant que les données sur les opérateurs autorisés et les recettes effectivement recouvrées ne seront pas accessibles sous une forme suffisamment détaillée, le montant que cette activité rapporte réellement à l’État restera difficile à établir.













Sports Betting in Cameroon: How Much Does the State Actually Earn? Tax Revenue Remains Unclear


Cameroon has a tax framework governing sports betting, but publicly available information does not establish how much revenue the activity actually generates for the government. In its October 2026 report, AfriBallon highlights the lack of consolidated public data on tax receipts from betting operators and the exact number of companies holding valid operating licences. Yet the applicable levies are clearly defined in the regulatory framework.


A regulated market, but its tax revenue remains difficult to measure


Sports betting has become a visible part of Cameroon's entertainment industry. From online platforms to physical betting outlets, the sector involves players, operators and payment networks. However, one key question remains unanswered: how much revenue does sports betting actually generate for Cameroon's public finances?


Based on the publicly available documents it reviewed, AfriBallon was unable to establish the sector's consolidated turnover, the amount of tax revenue actually collected from operators, or the exact number of companies holding valid operating licences.


These findings appear in its Barometer of Sports Betting in Francophone Africa, published in October 2026. The report compares regulatory frameworks and available economic data in Cameroon, Côte d'Ivoire and Senegal, based on sources reviewed on 9 October 2026.


The absence of accessible data does not necessarily mean that Cameroon's tax authorities lack the relevant figures. Rather, it highlights the difficulty of assessing the sector's economic weight and actual contribution to public revenue using the public information identified in the report.


An annual levy of 2% on turnover excluding tax


Cameroon has a specific tax mechanism for gaming activities. Companies operating entertainment, gambling and games of chance under concession or authorisation arrangements are subject to an annual levy of 2% of turnover excluding tax.


Following the local taxation reform of December 2024, responsibility for collecting this levy was transferred to the Directorate General of Taxation (DGI).


The 2026 Finance Law clarified this responsibility by assigning collection exclusively to the State's tax authorities. Article C 132 of the General Tax Code provides for quarterly declarations and payments within 15 days after the end of each quarter, based on turnover generated.


Part of the proceeds is allocated to the Regions through the Special Fund for Equipment and Intermunicipal Intervention (FEICOM).


The framework therefore establishes an identifiable levy and defined reporting requirements. The difficulty lies elsewhere: the documents reviewed by AfriBallon do not reveal how much revenue has actually been collected specifically from sports betting.


Another complication is that the 2% levy covers several categories of gaming activities. Even if the authorities published total collections, a breakdown by activity would be needed to isolate the contribution of sports betting.


Online gaming authorisation fees can reach CFA francs 300 million


Taxation in the sector is not limited to the turnover levy. It also includes fees for obtaining and renewing operating licences.


According to the provisions of the 2025 Finance Law cited in the report, authorisation fees for online gaming are set at CFA francs 300 million. Different rates apply to betting activities under Type A and Type B concessions, with fees of CFA francs 10 million and CFA francs 5 million, respectively.


These amounts represent regulatory fees, not confirmed collections. To establish how much they actually contribute to public finances, authorities would need to disclose the number of licences issued or renewed and the amounts effectively collected.


Without a consolidated public report, the annual revenue generated by these authorisation fees cannot be established.


Mobile Money transactions: a 1% tax plus CFA francs 4 per transaction


Financial transactions associated with gaming platforms provide another potential source of public revenue.


Since 2025, transfers and cash withdrawals carried out through electronic gaming and gambling platforms have been subject to a 1% tax, compared with 0.2% for transactions subject to the standard rate. An additional charge of CFA francs 4 per transaction also applies.


However, the measure covers financial flows associated with the platforms concerned and extends beyond sports betting alone. It would therefore be incorrect to attribute all revenue generated by these charges exclusively to sports betting.


Assessing their actual yield would require data on transaction volumes, amounts collected and the share attributable specifically to sports betting. These figures were not established in the public documents reviewed by AfriBallon.


Cameroon: no comprehensive public register of authorised operators identified


Tax revenue is not the only transparency issue. Information about the companies legally authorised to operate is also difficult to establish.


In Cameroon, operating authorisations are issued by the Ministry of Territorial Administration (MINAT). However, AfriBallon reports that it could not find an equivalent public register on the ministry's website.


Figures reported in the media about the number of bookmakers active in the country do not establish how many hold valid operating licences. A platform's commercial presence alone does not prove that its authorisation is valid.


This reference is a declaration published by the operator. It does not constitute independent confirmation by the authorities, nor does it establish a complete list of licensed platforms.


Côte d'Ivoire and Senegal: public lists are more accessible


The regional comparison highlights differences in the availability of information about authorised operators.


In Côte d'Ivoire, the Gambling Regulatory Authority (ARJH) listed 17 licensed private operators in a register consulted by AfriBallon on 9 October 2026.


In Senegal, the Senegalese National Lottery (LONASE) published a list of 17 authorised online gaming platforms on 30 June 2026.


These figures should be interpreted carefully. The Ivorian list covers private operators, while the Senegalese list covers platforms. The two counts therefore do not measure exactly the same category.


In Cameroon, a regularly updated official register would make it easier to identify authorised operators, distinguish valid licences from uncertain cases and improve transparency across the market.


Two key sets of data are needed to measure the State's actual revenue


Two types of information are particularly important for accurately assessing sports betting's contribution to Cameroon's public finances.


The first is the number of valid operating licences, information held by MINAT. The second is a breakdown of taxes and levies actually collected, which falls under the responsibility of the relevant tax and financial authorities.


These figures would make it possible to distinguish between revenue provided for under the law and money actually received by the State. They would also help isolate sports betting revenue from collections generated by other gambling and gaming activities.


The issue is both fiscal and economic. Consolidated data would provide greater visibility into a sector subject to several levies and help assess its contribution to public finances.


Ultimately, Cameroon has a tax framework governing sports betting, but the public information identified by AfriBallon does not yet make it possible to quantify its actual fiscal yield precisely. Until detailed data on licensed operators and collected revenue become accessible, the amount this activity genuinely contributes to the State's finances will remain difficult to establish.






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Lucien Abembe


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