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Gecam tire la sonnette d’alarme : routes cassées, courant cher et arriérés de l’État freinent les entreprises face à la Zlecaf

À Douala, le président du Gecam, Célestin Tawamba, exige des mesures concrètes contre les routes dégradées, les coupures d’électricité et les retards de paiement de l’État. Objectif : rendre les entreprises camerounaises compétitives sur le marché africain. Décryptage.

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Douala, 22 octobre 2026. Six ans après la dernière plénière, le Cameroon Business Forum a rouvert ses portes sous la présidence du Premier ministre Joseph Dion Ngute. Le message du Groupement des entreprises du Cameroun (Gecam) a été clair et sans détour : sans routes praticables, sans électricité fiable et sans trésorerie saine, les entreprises camerounaises ne pourront pas tirer profit de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf).


Célestin Tawamba, président du Gecam, a dressé un diagnostic sans concession. Les axes Douala-Yaoundé, Douala-Bafoussam, Édéa-Kribi et Ngaoundéré-Kousseri sont dans un état critique. Il faut désormais six à huit heures pour relier Douala à Yaoundé et huit à dix heures pour atteindre Bafoussam. Ces retards allongent les délais de livraison et font grimper les coûts logistiques.


L’électricité constitue un autre fardeau. Selon le Gecam, qui s’appuie sur les enquêtes de la Banque mondiale, 65 % des entreprises camerounaises utilisent des groupes électrogènes. Le coût de cette autoproduction se situe entre 200 et 350 FCFA le kilowattheure, contre 50 à 99 FCFA sur le réseau public, soit un prix deux à sept fois plus élevé. L’enquête Enterprise Surveys 2024 de la Banque mondiale confirme l’ampleur du problème : 93,3 % des 615 entreprises interrogées ont subi des coupures, à raison de 10,4 interruptions par mois en moyenne.


L’accès au financement reste également un obstacle majeur. 40,6 % des entreprises le citent comme leur principal frein. Tawamba reproche à l’État de mobiliser une part importante des ressources bancaires tout en accumulant des retards de paiement auprès de ses fournisseurs. Sur le plan fiscal, il s’inquiète de la hausse de 12,5 % de l’objectif de recettes fiscales en 2026, alors que la croissance réelle est projetée à seulement 3,5 %.


« Si nous ne sommes pas prêts à exporter, d’autres seront prêts à nous vendre, chez nous », a averti le président du Gecam. Le Cameroun a déjà réalisé des opérations sous le régime préférentiel de la Zlecaf depuis octobre 2022 (produits agricoles transformés vers le Ghana, thé, lingots d’aluminium d’Alucam vers l’Algérie, importations de résine tunisienne). Mais ces exemples restent limités.


Le Gecam demande que le Forum retienne une dizaine de recommandations prioritaires, chacune assortie d’un responsable, d’une échéance et d’un indicateur de suivi, avec un premier bilan public dans six mois. Le patronat souhaite aussi que la loi de finances 2027 privilégie la progression des dépenses d’investissement par rapport aux dépenses de fonctionnement. Il réclame un calendrier clair d’apurement des arriérés de l’État et le respect des délais légaux pour le remboursement des crédits de TVA. En 2025, seulement 49 milliards de FCFA ont été remboursés sur une enveloppe de 84 milliards (58 %). Au premier trimestre 2026, les remboursements ont chuté de 45,7 % par rapport à la même période de 2025.


Dans sa circulaire du 12 octobre 2026 relative au budget 2027, le président Paul Biya a pourtant demandé que les crédits de TVA soient remboursés « dans les meilleurs délais ». Le Gecam attend désormais des actes concrets.


Fiscalité locale : Biya exige le reversement effectif aux communes et régions


Dans la même circulaire, le chef de l’État prescrit au gouvernement de garantir, en 2027, la mise à disposition effective des recettes fiscales collectées au profit des collectivités territoriales décentralisées. Pour 2026, ces recettes sont estimées à 603,6 milliards de FCFA (485,8 milliards pour les communes et 117,8 milliards pour les régions).


Le ministère des Finances avait déjà reconnu, en novembre 2025, le problème du « versement irrégulier des recettes fiscales aux CTD ». Une avancée technique existe depuis avril 2026 : l’interconnexion entre la Direction générale des Impôts et le Trésor permet un transfert quasi automatique de la part communale de l’Impôt général synthétique. Au premier semestre 2026, près de 15 milliards de FCFA ont ainsi été reversés aux communes au titre de l’IGS 2025.


Ciment : Cimpor revendique 8,7 % du marché en 2025


Sur un autre front économique, le cimentier Cimpor (filiale du taïwanais TCC Group Holdings) estime avoir détenu 8,7 % du marché camerounais du ciment en 2025, selon le rapport annuel de son actionnaire publié le 24 mars 2026. L’usine de Kribi aurait également enregistré un EBITDA récurrent positif. Ces chiffres restent toutefois difficiles à vérifier : ni volumes vendus ni consommation nationale n’ont été précisés. L’estimation de 8,7 % constitue une révision à la hausse par rapport aux 5 % annoncés pour la première année d’exploitation.


Le marché reste concurrentiel. Dangote Cement a vu ses volumes baisser de 14,1 % en 2025 (environ 1,2 million de tonnes). Une nouvelle usine, Sinafcam à Édéa, a démarré en juin 2025 avec une capacité d’un million de tonnes. Des divergences persistent aussi sur les capacités de production de Kribi (800 000 à 850 000 tonnes dans le rapport 2025, contre 1,2 million annoncés en 2024) et sur la date réelle de début des opérations commerciales.


Les entreprises camerounaises avancent donc dans un environnement encore très contraint. Routes, énergie, financement et trésorerie restent les verrous à faire sauter si le pays veut réellement profiter de l’ouverture des marchés africains. Le Cameroon Business Forum 2026 a posé le diagnostic. Reste à voir si les recommandations se traduiront par des actes mesurables dans les prochains mois.




Douala, 22 October 2026. Six years after the last plenary session, the Cameroon Business Forum reopened under the chairmanship of Prime Minister Joseph Dion Ngute. The message from the Groupement des entreprises du Cameroun (Gecam) was clear and direct: without usable roads, reliable electricity and healthy cash flow, Cameroonian companies will be unable to benefit from the African Continental Free Trade Area (AfCFTA).


Gecam president Célestin Tawamba delivered an uncompromising assessment. The Douala-Yaoundé, Douala-Bafoussam, Edéa-Kribi and Ngaoundéré-Kousseri axes are in critical condition. It now takes six to eight hours to travel from Douala to Yaoundé and eight to ten hours to reach Bafoussam. These delays lengthen delivery times and drive up logistics costs.


Electricity is another heavy burden. According to Gecam, which draws on World Bank surveys, 65% of Cameroonian companies rely on generators. The cost of this self-generation ranges from 200 to 350 FCFA per kilowatt-hour, compared with 50 to 99 FCFA on the public grid — two to seven times higher. The World Bank’s 2024 Enterprise Surveys confirms the scale of the problem: 93.3% of the 615 formal private-sector firms surveyed experienced power outages, averaging 10.4 interruptions per month.


Access to finance remains a major obstacle. 40.6% of companies cite it as their main constraint. Tawamba criticised the State for absorbing a significant share of bank resources while accumulating payment delays to its suppliers. On the fiscal front, he expressed concern about the 12.5% increase in the tax revenue target for 2026, while real economic growth is projected at only 3.5%.


“If we are not ready to export, others will be ready to sell to us, here at home,” Tawamba warned. Cameroon has already carried out operations under the AfCFTA preferential regime since October 2022 (processed agricultural products to Ghana, tea, Alucam aluminium ingots to Algeria, imports of Tunisian resin). These examples, however, remain limited.


Gecam is calling for the Forum to adopt around ten priority recommendations, each with a designated official, a deadline and a monitoring indicator, and for a first public progress report within six months. The employers’ organisation also wants the 2027 Finance Law to prioritise investment spending over operating expenditure. It is demanding a clear schedule for clearing State arrears and compliance with legal deadlines for VAT credit reimbursements. In 2025, only 49 billion FCFA was reimbursed out of an envelope of 84 billion (58%). In the first quarter of 2026, reimbursements fell by 45.7% compared with the same period in 2025.


In his circular of 12 October 2026 on the 2027 budget, President Paul Biya nevertheless called for VAT credits to be reimbursed “as soon as possible”. Gecam is now waiting for concrete action.


Local taxation: Biya demands effective transfers to municipalities and regions


In the same circular, the Head of State instructed the government to ensure, in 2027, the effective availability of tax revenues collected for the benefit of decentralised territorial authorities. For 2026, these revenues are estimated at 603.6 billion FCFA (485.8 billion for municipalities and 117.8 billion for regions).


The Ministry of Finance had already acknowledged in November 2025 the problem of “irregular payment of tax revenues to CTDs”. A technical improvement has been in place since April 2026: interconnection between the Directorate General of Taxation and the Treasury allows quasi-automatic transfer of the municipal share of the General Synthetic Tax. In the first half of 2026, nearly 15 billion FCFA was transferred to municipalities under the 2025 IGS.


Cement: Cimpor claims 8.7% market share in 2025


On another economic front, cement producer Cimpor (a subsidiary of Taiwan’s TCC Group Holdings) estimates it held 8.7% of the Cameroonian cement market in 2025, according to its shareholder’s annual report published on 24 March 2026. The Kribi plant is also said to have recorded a positive recurring EBITDA. These figures remain difficult to verify: neither sales volumes nor national consumption figures were provided. The 8.7% estimate is an upward revision of the 5% announced for the first year of commercial operations.


The market remains competitive. Dangote Cement saw its volumes fall by 14.1% in 2025 (approximately 1.2 million tonnes). A new plant, Sinafcam in Edéa, started operations in June 2025 with a capacity of one million tonnes. Discrepancies also persist regarding Kribi’s production capacity (800,000 to 850,000 tonnes in the 2025 report versus 1.2 million announced in 2024) and the actual start date of commercial operations.


Cameroonian companies are therefore advancing in a still highly constrained environment. Roads, energy, financing and cash flow remain the locks that must be unlocked if the country is to truly benefit from the opening of African markets. The 2026 Cameroon Business Forum has delivered the diagnosis. It remains to be seen whether the recommendations will translate into measurable action in the coming months.


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Mouahna Divine

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