CDC : 24,8 milliards FCFA de salaires pour 24,9 milliards de chiffre d’affaires, la crise financière s’aggrave
La Cameroon Development Corporation (CDC) traverse une nouvelle année financière particulièrement difficile. Malgré une progression de 8 % de son chiffre d’affaires en 2025, l’entreprise publique agro-industrielle reste lourdement déficitaire. Ses charges de personnel ont atteint 24,81 milliards de FCFA, quasiment au même niveau que ses ventes, tandis que la perte nette s’est établie à 20,04 milliards de FCFA.
Les chiffres donnent la mesure de la pression qui pèse sur l’un des principaux acteurs publics de l’agriculture camerounaise. Selon le rapport annuel 2025 de la Cameroon Development Corporation, le chiffre d’affaires est passé de 23,10 milliards de FCFA en 2024 à 24,93 milliards en 2025, soit une progression de 8 %.
Cette amélioration des ventes n’a toutefois pas permis de redresser l’exploitation. Au contraire, plusieurs indicateurs fondamentaux se sont fortement dégradés.
Les salaires absorbent presque tout le chiffre d’affaires
Le principal point d’alerte concerne les charges de personnel. Elles ont atteint 24,81 milliards de FCFA en 2025, contre un niveau inférieur l’année précédente, soit une hausse de 20 %.
Rapportées au chiffre d’affaires, ces charges représentent désormais 99,5 % des ventes de la CDC, contre 89,5 % en 2024.
Autrement dit, sur 100 FCFA de chiffre d’affaires généré par l’entreprise, près de 100 FCFA sont absorbés par les charges de personnel, avant même de tenir compte des autres dépenses nécessaires à la production, à la maintenance, à l’approvisionnement ou au fonctionnement des plantations.
La situation est encore plus préoccupante au regard de la valeur ajoutée. Celle-ci a reculé de 23,4 %, pour s’établir à 10,38 milliards de FCFA. Les charges de personnel dépassent ainsi cette valeur ajoutée de 14,43 milliards de FCFA.
Cette évolution intervient alors même que les effectifs présents au 31 décembre ont diminué. La CDC comptait 11 437 travailleurs fin 2025, contre 11 761 un an plus tôt, soit une baisse de 324 personnes ou 2,8 %.
Cette donnée ne permet cependant pas de conclure directement à une hausse du coût moyen annuel par salarié : les chiffres disponibles correspondent aux effectifs présents à la clôture des exercices et non à l’effectif moyen rémunéré pendant l’année.
Une perte d’exploitation qui bondit de 54,8 %
La dégradation de l’exploitation est nette.
Le solde brut d’exploitation est passé de -7,12 milliards de FCFA en 2024 à -14,43 milliards en 2025. La perte d’exploitation atteint, elle, 19,48 milliards de FCFA, contre 12,58 milliards un an auparavant.
L’aggravation atteint ainsi 54,8 % en un an.
La CDC termine donc l’exercice 2025 avec une perte nette de 20,04 milliards de FCFA, alors qu’elle affichait un bénéfice de 45,42 milliards en 2024.
La comparaison brute entre les deux exercices doit toutefois être nuancée. Le bénéfice enregistré en 2024 avait été fortement soutenu par 59,90 milliards de FCFA de produits hors activités ordinaires, qui ne se retrouvent pas en 2025.
En neutralisant ces éléments, les activités ordinaires de la CDC étaient déjà déficitaires de 12,87 milliards de FCFA en 2024. Leur perte s’est creusée à 19,81 milliards en 2025.
Le problème dépasse donc largement la disparition d'un produit exceptionnel : le cœur de l'activité reste structurellement sous pression.
La trésorerie se contracte malgré de nouveaux apports
Les tensions apparaissent également dans les flux de trésorerie.
Les activités opérationnelles ont consommé 16,03 milliards de FCFA de trésorerie en 2025, alors qu’elles avaient généré 16,73 milliards l’année précédente.
Le tableau des flux financiers fait parallèlement apparaître 14,02 milliards de FCFA d’augmentations de capital par nouveaux apports.
Malgré ces ressources supplémentaires, la trésorerie nette de clôture a fortement diminué, passant de 10,49 milliards de FCFA en 2024 à seulement 3,06 milliards en 2025.
La CDC reconnaît d’ailleurs l’existence d’un « huge working capital gap », autrement dit un important déficit de fonds de roulement. Cette situation contribue notamment à l’accumulation d’arriérés de salaires.
L’entreprise indique que des négociations sont en cours afin d’obtenir des facilités de découvert. Elle cite également les paiements irréguliers des salaires parmi les facteurs qui pèsent sur son activité.
44,04 milliards de FCFA de dettes fiscales et sociales
Autre indicateur préoccupant : les dettes fiscales et sociales restent très élevées.
Au 31 décembre 2025, elles atteignaient 44,04 milliards de FCFA, contre 47,24 milliards un an auparavant. Le stock a donc diminué de 6,8 %, mais demeure considérable.
Ces dettes représentent 58,8 % des 74,88 milliards de FCFA de passifs à court terme.
Il convient toutefois de préciser que ces 44,04 milliards correspondent à un stock inscrit au bilan, et non à une charge constituée uniquement pendant l'exercice 2025. Les données disponibles ne permettent donc pas d'attribuer l'ensemble de ce montant à la seule année écoulée.
Dans le même temps, les dettes fournisseurs ont augmenté, passant de 15,65 milliards à 18,36 milliards de FCFA.
La situation traduit une forte tension sur le besoin en fonds de roulement et sur la capacité de l’entreprise à honorer ses engagements à court terme.
Une recapitalisation qui ne suffit pas à redresser les fonds propres
La CDC a pourtant bénéficié d’un renforcement de son capital social.
Celui-ci est passé de 53,50 milliards à 67,52 milliards de FCFA, soit une augmentation de 14,02 milliards.
Mais cette opération n’a pas empêché la diminution des capitaux propres et ressources assimilées, qui sont revenus de 9,67 milliards à 3,20 milliards de FCFA.
Le report à nouveau demeure par ailleurs lourdement déficitaire, à -55,70 milliards de FCFA.
Ces chiffres montrent que les apports en capital apportent un soutien financier indispensable, mais ne suffisent pas, à eux seuls, à résoudre les déséquilibres opérationnels de la société.
Vieillissement des plantations, équipements et crise anglophone
La situation financière de la CDC ne peut être dissociée des difficultés opérationnelles auxquelles elle fait face sur le terrain.
Dans son rapport annuel, l’entreprise met notamment en avant le vieillissement et le retard de replantation de certaines plantations, ainsi que l’insuffisance des engrais.
À cela s’ajoutent l’obsolescence du matériel roulant, les restrictions d’accès à certaines exploitations et les difficultés de recrutement liées au déplacement des travailleurs.
La CDC évoque également des interruptions de production et des perturbations de la chaîne d’approvisionnement liées à la crise sociopolitique qui affecte les régions anglophones du Cameroun.
Ces contraintes ont un impact direct sur la capacité de l’entreprise à produire, transporter et commercialiser ses produits dans des conditions normales.
Un géant agricole public toujours sous forte pression
La CDC reste un acteur stratégique de l’agriculture camerounaise, notamment à travers ses activités dans les filières de la banane, du caoutchouc, de l'huile de palme et d'autres productions agro-industrielles.
Mais les comptes de 2025 mettent en évidence un problème qui dépasse la seule question du niveau des ventes.
Le chiffre d’affaires progresse, mais la valeur ajoutée recule. Les effectifs diminuent, mais les charges de personnel augmentent. Le capital est renforcé, mais les capitaux propres continuent de se contracter. Et malgré les apports financiers, la trésorerie s’amenuise.
Le défi pour la CDC est donc désormais double : restaurer sa capacité productive tout en rétablissant un équilibre financier durable.
L’enjeu est particulièrement important pour l’agriculture camerounaise. La performance de la CDC ne se limite pas à ses résultats comptables : elle touche également l’emploi, les chaînes d’approvisionnement agricoles, les exportations et l’activité économique dans plusieurs bassins de production.
Les chiffres de 2025 montrent en tout cas que la recapitalisation et l’augmentation des ventes ne suffisent pas encore à sortir l’entreprise publique de la zone de turbulences.
CDC: FCFA 24.8 billion in staff costs against FCFA 24.9 billion in revenue as financial crisis deepens
Cameroon Development Corporation (CDC) ended 2025 under severe financial pressure despite an 8% increase in revenue. The state-owned agribusiness company generated FCFA 24.93 billion in revenue but recorded FCFA 20.04 billion in net losses, while staff costs reached FCFA 24.81 billion, according to its 2025 annual report.
The figures highlight the extent of the financial strain facing one of Cameroon’s major public agricultural companies.
CDC’s revenue increased from FCFA 23.10 billion in 2024 to FCFA 24.93 billion in 2025, representing an 8% increase. However, the rise in sales failed to translate into an improvement in operating performance.
Instead, value added fell by 23.4% to FCFA 10.38 billion, while staff costs increased by 20% to FCFA 24.81 billion.
Staff costs absorb almost all revenue
Staff costs now account for 99.5% of CDC’s revenue, compared with 89.5% in 2024.
In practical terms, almost every FCFA generated in sales is absorbed by personnel expenses before taking into account other operating costs.
The gap is even more striking when compared with value added. Staff costs exceeded the company’s value added by FCFA 14.43 billion.
This increase occurred despite a decline in the number of workers recorded at year-end. CDC had 11,437 workers on December 31, 2025, compared with 11,761 a year earlier, a decrease of 324 employees, or 2.8%.
However, these figures represent headcount at the end of each financial year rather than the average number of employees paid throughout the year. They therefore cannot be used on their own to calculate the change in average annual labour cost per employee.
Operating loss worsens sharply
CDC’s operating indicators deteriorated significantly in 2025.
Gross operating surplus fell from negative FCFA 7.12 billion in 2024 to negative FCFA 14.43 billion in 2025.
Operating loss reached FCFA 19.48 billion, compared with FCFA 12.58 billion in 2024, representing a 54.8% deterioration.
Net income consequently swung from a FCFA 45.42 billion profit in 2024 to a FCFA 20.04 billion loss in 2025.
However, the comparison needs to be qualified. CDC’s 2024 profit was significantly supported by FCFA 59.90 billion in non-ordinary income, which was not repeated in 2025.
Excluding such exceptional items, ordinary activities were already loss-making by FCFA 12.87 billion in 2024. That loss widened to FCFA 19.81 billion in 2025.
The deterioration therefore reflects more than the disappearance of exceptional income: the company’s core operations remain under severe pressure.
Cash flow comes under strain
CDC’s financial difficulties are also visible in its cash flows.
Operating activities consumed FCFA 16.03 billion in cash in 2025, compared with a positive cash flow of FCFA 16.73 billion in 2024.
The cash flow statement also records FCFA 14.02 billion in capital increases through new contributions.
Despite these additional resources, net closing cash fell from FCFA 10.49 billion to FCFA 3.06 billion.
CDC acknowledges a “huge working capital gap”, which has contributed to the accumulation of salary arrears.
The company says negotiations are underway to secure overdraft facilities. It also identifies irregular salary payments as one of the factors weighing on its operations.
FCFA 44.04 billion in tax and social liabilities
Tax and social liabilities remain another major pressure point.
As of December 31, 2025, CDC reported FCFA 44.04 billion in tax and social liabilities, down from FCFA 47.24 billion a year earlier, a 6.8% decline.
The amount nevertheless represents 58.8% of the company’s FCFA 74.88 billion in current liabilities.
The figure should be interpreted carefully: FCFA 44.04 billion represents a balance-sheet stock and does not mean that the entire amount was generated during 2025 alone.
Supplier liabilities also increased, rising from FCFA 15.65 billion to FCFA 18.36 billion.
Capital injection fails to restore equity
CDC’s share capital increased from FCFA 53.50 billion to FCFA 67.52 billion.
However, equity and related resources still fell from FCFA 9.67 billion to FCFA 3.20 billion.
Retained earnings remained deeply negative at FCFA -55.70 billion.
The figures suggest that additional capital provides critical financial support but has not yet been sufficient to resolve the company’s structural operating imbalance.
Ageing plantations and Anglophone crisis weigh on operations
CDC attributes part of its difficulties to operational constraints affecting its agricultural assets.
The company points to ageing plantations and delays in replanting, as well as insufficient fertilizer supplies.
It also cites obsolete rolling stock, restricted access to some farms and recruitment difficulties linked to worker displacement.
Production interruptions and supply-chain disruptions associated with the sociopolitical crisis in Cameroon’s English-speaking regions are also identified as factors affecting operations.
These constraints directly affect the company’s ability to produce, transport and market its agricultural output efficiently.
A strategic public agricultural company under pressure
CDC remains a strategic player in Cameroon’s agricultural economy, with activities including banana, rubber, palm oil and other agro-industrial production.
But its 2025 accounts reveal a challenge that goes beyond sales.
Revenue is rising while value added is falling. Headcount is declining while staff costs are increasing. Capital is being injected while equity continues to weaken. And despite additional funding, cash reserves are shrinking.
The challenge for CDC is therefore to restore both productive capacity and long-term financial sustainability.
The stakes extend beyond the company’s balance sheet. CDC’s performance affects employment, agricultural supply chains, exports and economic activity across several production areas in Cameroon.
The 2025 figures nevertheless show that higher sales and capital injections have yet to pull the state-owned agribusiness company out of its financial difficulties.
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Christ Ndiffong (Stagiaire)