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Créances douteuses en CEMAC : le taux bascule à 15,4 %… mais le stock reste un fardeau de plus de 2 000 milliards

Bonne nouvelle pour les banques de la CEMAC : le taux de créances en souffrance tombe à 15,4 % fin juin 2026. Derrière la baisse, le stock reste colossal et les matières premières flambent. Décryptage exclusif.

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Créances douteuses en CEMAC : le taux bascule à 15,4 %… mais le stock reste un fardeau de plus de 2 000 milliards


Yaoundé, 2 octobre 2026 – Les banques de la zone CEMAC respirent un peu mieux. Le taux de créances en souffrance est redescendu à 15,4 % des crédits bruts à fin juin 2026, contre 17,4 % un an plus tôt. Une baisse de deux points de pourcentage saluée par la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) dans son rapport de politique monétaire publié le 30 septembre.


« La qualité du portefeuille de crédits des banques de la CEMAC s’est améliorée de 2,0 points de pourcentage sur un an », indique clairement l’institution de Yaoundé. Sur le papier, c’est une bonne nouvelle. Dans les faits, le tableau reste sombre.


Car ce ratio ne dit pas tout. Il mesure le poids des créances pourries dans le total des crédits. Il peut donc baisser simplement parce que les banques prêtent davantage, même si le montant nominal des impayés stagne ou continue de grimper. La BEAC, dans son rapport de septembre, ne donne d’ailleurs pas le chiffre exact du stock à fin juin 2026.


Un stock multiplié par quatre en dix ans


Pour bien mesurer le chemin parcouru (et celui qui reste), il faut regarder en arrière. Selon la Revue de stabilité financière 2022 de la BEAC, l’encours des créances en souffrance était passé de 495 milliards de FCFA en 2012 à 1 917,9 milliards fin 2022. Multiplié par près de quatre en dix ans. Le ratio était alors à 18,3 %.


À fin 2024, la Commission bancaire de l’Afrique centrale (Cobac) évaluait encore ce stock à 2 024 milliards de FCFA, soit 16,2 % des crédits bruts. Des niveaux qui restent parmi les plus élevés du continent.


La Cobac rappelle que les créances en souffrance regroupent trois catégories : les créances immobilisées (échues depuis plus de trois mois mais dont le recouvrement n’est pas encore compromis), les créances simplement impayées, et les créances douteuses (celles qui présentent un risque réel de non-recouvrement total ou partiel).


Ces dossiers obligent les banques à constituer des provisions. Trop de provisions, et les résultats plongent. Trop longtemps, et les fonds propres et les ratios prudentiels commencent à souffrir.


Pourquoi ces créances pourries s’accumulent-elles ?


La BEAC distingue deux types de causes. Structurelles d’abord : trop d’établissements ont privilégié la course aux volumes de crédits au détriment d’une analyse rigoureuse du risque. Gouvernance fragile, dispositifs de gestion des risques insuffisants… le diagnostic est connu.


Conjoncturelles ensuite : les équilibres budgétaires des États se sont fragilisés. Quand les arriérés de paiement publics s’accumulent, les entreprises créancières de l’État se retrouvent asphyxiées. Elles ne paient plus leurs banques. Le cercle vicieux est en place.


Le recul à 15,4 % est donc une amélioration relative de la qualité du portefeuille. Mais sans le chiffre du stock nominal, impossible de savoir si les banques nettoient vraiment leurs bilans ou si elles diluent simplement le problème dans une croissance des crédits.


Pendant ce temps, les matières premières flambent


Autre donnée marquante du même rapport BEAC : les cours des principales matières premières exportées par les six pays de la zone ont progressé de 11,4 % au deuxième trimestre 2026 par rapport au trimestre précédent. Une accélération nette après une hausse modeste de 0,9 % au premier trimestre.


Le moteur ? Presque exclusivement l’énergie. Les produits énergétiques ont grimpé de 20,4 % (après +23 % au trimestre précédent) et ont contribué à hauteur de 11,3 points à la hausse globale. Les produits non énergétiques ont, eux, légèrement reculé (-0,4 %).


La BEAC met en cause les tensions géopolitiques au Moyen-Orient, les menaces sur le détroit d’Ormuz et les perturbations sur les infrastructures de gaz naturel liquéfié. Pétrole et gaz tirent donc la zone vers le haut… pour l’instant.


Ce qu’il faut retenir


Les banques de la CEMAC affichent une meilleure qualité relative de portefeuille. C’est positif. Mais le stock de créances en souffrance reste un fardeau structurel de plus de 2 000 milliards de FCFA. Tant que les arriérés publics et les faiblesses de gouvernance ne seront pas réellement traités, le risque restera sous les cendres.


Et pendant que le pétrole et le gaz flambent, les États de la zone ont une fenêtre d’opportunité. Encore faut-il qu’ils en profitent pour assainir véritablement le système bancaire, et pas seulement pour respirer un peu plus longtemps.




Non-Performing Loans in CEMAC: Ratio Drops to 15.4%… But the Stock Remains a Burden Over CFA 2,000 Billion


Yaoundé, 2 October 2026 – Banks in the CEMAC region are breathing a little easier. The non-performing loan (NPL) ratio fell to 15.4% of gross loans at the end of June 2026, down from 17.4% a year earlier. A two-percentage-point improvement highlighted by the Bank of Central African States (BEAC) in its monetary policy report published on 30 September.


“The quality of the loan portfolio of CEMAC banks improved by 2.0 percentage points year-on-year,” the central bank stated clearly. On paper, this is good news. In reality, the picture remains mixed.


The ratio measures the weight of bad loans in total credits. It can therefore decline simply because banks are lending more, even if the nominal stock of impaired loans stagnates or continues to rise. In its September report, the BEAC does not provide the exact stock figure as of end-June 2026.


A stock that multiplied by nearly four in ten years


To grasp the full scale, one must look back. According to the BEAC’s 2022 Financial Stability Review, the stock of non-performing loans rose from CFA 495 billion in 2012 to CFA 1,917.9 billion at the end of 2022 — nearly quadrupled in a decade. The ratio then stood at 18.3%.


At the end of 2024, the Central African Banking Commission (Cobac) still estimated the stock at CFA 2,024 billion, or 16.2% of gross loans. These levels remain among the highest on the continent.


Cobac defines non-performing loans as including immobilized claims (overdue for more than three months but still recoverable), unpaid claims, and doubtful loans (those presenting a probable risk of partial or total non-recovery).


These assets force banks to set aside provisions. Excessive provisioning weighs on results and, over time, on capital and prudential ratios.


Why do these bad loans keep accumulating?


The BEAC identifies both structural and cyclical causes. Structurally, many institutions have prioritised rapid credit growth over rigorous risk analysis. Weak governance and inadequate risk-management systems remain recurrent issues.


Cyclically, deteriorating public finances have played a major role. When government payment arrears pile up, companies that supply the state face cash-flow crises and struggle to service their bank loans. The vicious circle is firmly in place.


The drop to 15.4% therefore represents a relative improvement in portfolio quality. Without the nominal stock figure, however, it is impossible to determine whether banks are genuinely cleaning up their balance sheets or simply diluting the problem through higher lending volumes.


Meanwhile, commodity prices are soaring


Another key takeaway from the same BEAC report: prices of the main commodities exported by the six CEMAC countries rose 11.4% in the second quarter of 2026 compared with the previous quarter. This marks a clear acceleration after a modest 0.9% increase in the first quarter.


The driver was almost entirely energy. Energy products surged 20.4% (after +23% the previous quarter) and contributed 11.3 points to the overall index rise. Non-energy products edged down 0.4%.


The BEAC attributes the rebound to geopolitical tensions in the Middle East, threats to maritime transport — particularly in the Strait of Hormuz — and disruptions affecting liquefied natural gas infrastructure. Oil and gas are currently lifting the region.


The bottom line


CEMAC banks are showing improved relative portfolio quality. That is positive. Yet the stock of non-performing loans remains a structural burden exceeding CFA 2,000 billion. Until public arrears and governance weaknesses are seriously addressed, the risk will continue to smoulder beneath the surface.


With oil and gas prices rising, CEMAC states have a window of opportunity. The real question is whether they will use it to clean up the banking system — or simply buy more time.


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Didier Cebas K.

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