Grand Nord : 600 milliards de FCFA de routes, mais des chantiers qui traînent — ce que le MINTP ne dit pas
Le ministère des Travaux publics présente sous un jour favorable l'évolution des grands chantiers routiers financés avec la Banque africaine de développement (BAD), la Banque mondiale et l'Union européenne dans le Grand Nord. Mais derrière les avancées mises en avant par Emmanuel Nganou Djoumessi dans une note d'information publiée le 29 septembre 2026, le document technique examiné lors de la revue des projets fait apparaître des retards importants sur plusieurs axes.
C'est le grand écart entre la communication et la réalité du terrain. D'un côté, un ministre qui affiche des « avancées » et des entreprises « bien mobilisées ». De l'autre, des documents de revue qui parlent d'eux-mêmes : moins de 5 % d'exécution sur certains lots, 80 % des délais déjà consommés, et des milliards de FCFA déjà versés aux entreprises.
709 km de routes, plus de 600 milliards FCFA en jeu
Selon le ministre des Travaux publics, les projets concernés dans l'Extrême-Nord, le Nord et l'Adamaoua représentent 709 km de routes, dont 449 km sur la Nationale n°1, partie du corridor Douala-N'Djamena. Leur financement cumulé dépasse, selon le MINTP, 600 milliards de FCFA. Des chiffres qui donnent le vertige. Mais qui cachent une réalité beaucoup moins reluisante.
Ngaoundéré-Garoua : 30,5 milliards déjà payés, moins de 5 % de travaux
Le décalage entre l'état des chantiers et la présentation du ministère apparaît notamment sur la route Ngaoundéré-Garoua, longue de 242 km. Emmanuel Nganou Djoumessi affirme que l'évaluation a permis de constater que « les entreprises sont bien mobilisées sur les cinq sections du projet ». Il relève le démarrage de la production des granulats et des terrassements entre le pont Salah et le pont sur la Bénoué, tandis que les bases-vie et les concasseurs sont en cours d'installation sur d'autres sections.
Le document de revue consulté par notre confrère Investir au Cameroun montre cependant qu'aucun des cinq lots ne dépassait 5 % d'exécution physique. Les entreprises avaient parallèlement déjà perçu environ 30,5 milliards de FCFA d'avances de démarrage. Sur trois lots, les missions de contrôle n'étaient pas encore mobilisées.
Autrement dit : l'argent a circulé. Les routes, pas encore.
Extrême-Nord : 80 % des délais consommés, des avenants en préparation
La situation est également tendue sur le Projet d'aménagement territorial de l'Extrême-Nord. La note ministérielle estime que les travaux sur les axes Maroua-Moutourwa, Magada-Guidiguis et Guidiguis-Yagoua « connaissent quelques avancées, avec le démarrage des travaux de chaussée ».
Les données examinées lors de la revue donnent une mesure plus précise de ces avancées : les trois lots affichent des taux d'exécution compris entre 14 % et 34 %, alors qu'environ 80 % des délais contractuels ont déjà été consommés. Des avenants de prolongation sont en préparation et les livraisons sont désormais attendues entre janvier et février 2027.
Le ministre a lui-même demandé aux entreprises et aux missions de contrôle d'accélérer les travaux à la fin de la saison des pluies et de présenter des chronogrammes d'achèvement pour des ouvrages « qui doivent être livrés dans les délais ».
Maroua-Bogo-Pouss : des avancées, mais la trésorerie bloque
Sur la route Maroua-Bogo-Pouss, le MINTP met notamment en avant l'achèvement de la section Bogo-Guirvidig, longue de 32 km, le bitumage de près de 6 km de voirie à Bogo et la construction des berges du Mayo Doumou.
Mais le ministère reconnaît que la poursuite du projet dépend désormais de la trésorerie. L'achèvement des travaux, indique la note, « est adossé aux paiements des décomptes des entreprises ». Le MINTP, le ministère de l'Économie et la BAD conduisent les procédures destinées à débloquer ces paiements.
La note ne précise pas la situation de la section Guirvidig-Pouss, dont le taux d'exécution ressort à 42 % dans le document de revue. Celui-ci fait également état de plus de 12,5 milliards de FCFA dus aux entreprises chinoises CGCOC et Xinjiang depuis la clôture du prêt de la BAD, fin 2024.
Mora-Dabanga-Kousseri : 192 milliards de marchés encore au démarrage
Autre dossier suivi : la réhabilitation du corridor Mora-Dabanga-Kousseri, long de 210 km et financé par la Banque mondiale. Pour Emmanuel Nganou Djoumessi, le projet « enregistre de bons points dans l'ensemble ». La section Mora-Tchakamari, longue de 22 km, est achevée et l'entreprise finalise la signalisation.
La situation est beaucoup moins avancée sur les quatre autres sections. D'après le ministère, l'examen des chronogrammes « laisse entrevoir le démarrage des travaux de terrassement et de construction des ouvrages hydrauliques à la fin de la saison des pluies ».
Ces marchés, signés en début d'année pour près de 192 milliards de FCFA, n'affichaient pourtant que 1 % à 6 % d'exécution lors de la revue.
Sécurité, emprises, paiements : les vraies contraintes
La note ministérielle reconnaît plusieurs contraintes : les retards de paiement sur la route Bogo-Pouss, la libération des emprises sur l'axe Ngaoundéré-Garoua et un « environnement sécuritaire préoccupant » sur la section Tchakamari-Waza-Kousseri. Emmanuel Nganou Djoumessi indique également que « quelques mises en demeure » ont été adressées aux entreprises intervenant sur le corridor Mora-Dabanga-Kousseri.
Au terme de la revue, le ministre a demandé un suivi renforcé des chantiers, le respect des délais et l'application des prescriptions contractuelles. Des comptes rendus publics de la réunion indiquent également que le MINTP a prescrit la mise en demeure des entreprises insuffisamment mobilisées et l'application des pénalités prévues en cas de retard.
Ce qu'il faut retenir
- 709 km de routes concernées dans le Grand Nord, plus de **600 milliards FCFA** de financement cumulé.
- Ngaoundéré-Garoua : moins de 5 % d'exécution sur les cinq lots, alors que 30,5 milliards FCFA d'avances ont déjà été payés.
- Extrême-Nord : 80 % des délais consommés, des taux d'exécution de 14 % à 34 %, livraisons repoussées à 2027.
- Mora-Dabanga-Kousseri : 192 milliards FCFA de marchés signés en début d'année, mais seulement 1 % à 6 % d'exécution.
- 12,5 milliards FCFA dus aux entreprises CGCOC et Xinjiang depuis fin 2024.
La question qui dérange : comment le MINTP peut-il parler d'« avancées » quand les documents techniques parlent de retards massifs, de délais consumés et de milliards déjà payés pour des routes qui ne sont pas encore sorties de terre ?
Far North Cameroon: 600 Billion FCFA of Roads, but Projects Lagging — What MINTP Isn't Saying
Cameroon's Ministry of Public Works is painting a favorable picture of major road projects funded by the African Development Bank (AfDB), the World Bank, and the European Union in the Far North. But behind the progress highlighted by Emmanuel Nganou Djoumessi in an information note published on September 29, 2026, the technical document reviewed during the project review reveals significant delays on several axes.
It's the great divide between communication and reality on the ground. On one side, a minister showcasing "progress" and companies "well mobilized." On the other, review documents that speak for themselves: less than 5% execution on some lots, 80% of deadlines already consumed, and billions of FCFA already paid to contractors.
709 km of Roads, Over 600 Billion FCFA at Stake
According to the Minister of Public Works, the projects concerned in the Far North, North, and Adamawa regions represent 709 km of roads, including 449 km on National Road No. 1, part of the Douala-N'Djamena corridor. Their cumulative funding exceeds, according to MINTP, 600 billion FCFA. Dizzying figures. But ones that hide a much less rosy reality.
Ngaoundéré-Garoua: 30.5 Billion Already Paid, Less Than 5% Completed
The gap between the state of the worksites and the ministry's presentation is particularly visible on the Ngaoundéré-Garoua road, 242 km long. Emmanuel Nganou Djoumessi claims the assessment found that "companies are well mobilized on all five sections of the project." He notes the start of aggregate production and earthworks between the Salah bridge and the Bénoué bridge, while base camps and crushers are being installed on other sections.
The review document consulted by Investir au Cameroun shows, however, that none of the five lots exceeded 5% physical execution. Meanwhile, companies had already received approximately 30.5 billion FCFA in mobilization advances. On three lots, control missions had not yet been mobilized.
In other words: the money has circulated. The roads haven't.
Far North: 80% of Deadlines Consumed, Extensions in Preparation
The situation is also tense on the Far North Territorial Development Project. The ministerial note estimates that work on the Maroua-Moutourwa, Magada-Guidiguis, and Guidiguis-Yagoua axes "is making some progress, with the start of pavement works."
Data examined during the review provides a more precise measure: the three lots show execution rates between 14% and 34%, while about 80% of contractual deadlines have already been consumed. Extension amendments are being prepared, and deliveries are now expected between January and February 2027.
The minister himself asked companies and control missions to accelerate work at the end of the rainy season and to present completion schedules for structures "that must be delivered on time."
Maroua-Bogo-Pouss: Progress, but Treasury Blocks
On the Maroua-Bogo-Pouss road, MINTP highlights the completion of the Bogo-Guirvidig section, 32 km long, the paving of nearly 6 km of roads in Bogo, and the construction of the Mayo Doumou riverbanks.
But the ministry acknowledges that the project's continuation now depends on treasury. Completion of works, the note states, "is tied to payments of company invoices." MINTP, the Ministry of Economy, and the AfDB are conducting procedures to release these payments.
The note does not specify the situation of the Guirvidig-Pouss section, whose execution rate stands at 42% in the review document. It also mentions over 12.5 billion FCFA owed to Chinese companies CGCOC and Xinjiang since the AfDB loan closed in late 2024.
Mora-Dabanga-Kousseri: 192 Billion FCFA of Contracts Still at Startup
Another file being monitored: the rehabilitation of the Mora-Dabanga-Kousseri corridor, 210 km long and funded by the World Bank. For Emmanuel Nganou Djoumessi, the project "records good points overall." The Mora-Tchakamari section, 22 km long, is complete, and the company is finalizing signage.
The situation is much less advanced on the other four sections. According to the ministry, examination of schedules "suggests the start of earthworks and hydraulic structure construction at the end of the rainy season."
These contracts, signed earlier this year for nearly 192 billion FCFA, showed only 1% to 6% execution during the review.
Security, Right-of-Way, Payments: The Real Constraints
The ministerial note acknowledges several constraints: payment delays on the Bogo-Pouss road, right-of-way clearance on the Ngaoundéré-Garoua axis, and a "worrying security environment" on the Tchakamari-Waza-Kousseri section. Emmanuel Nganou Djoumessi also indicates that "a few formal notices" were sent to companies working on the Mora-Dabanga-Kousseri corridor.
At the end of the review, the minister called for enhanced monitoring of worksites, compliance with deadlines, and application of contractual provisions. Public accounts of the meeting also indicate that MINTP ordered formal notice to under-mobilized companies and the application of penalties for delays.
Key Takeaways
- 709 km of roads concerned in the Far North, over 600 billion FCFA in cumulative funding.
- Ngaoundéré-Garoua: less than 5% execution on all five lots, while 30.5 billion FCFA in advances have already been paid.
- Far North: 80% of deadlines consumed, execution rates of 14% to 34%, deliveries pushed back to 2027.
- Mora-Dabanga-Kousseri: 192 billion FCFA in contracts signed earlier this year, but only 1% to 6% execution.
- 12.5 billion FCFA owed to CGCOC and Xinjiang since late 2024.
The uncomfortable question: how can MINTP speak of "progress" when technical documents speak of massive delays, consumed deadlines, and billions already paid for roads that haven't yet emerged from the ground?
travaux publics Cameroun, MINTP, Emmanuel Nganou Djoumessi, chantiers routiers Grand Nord, route Ngaoundéré-Garoua, corridor Douala-N'Djamena, BAD Cameroun, Banque mondiale Cameroun, Union européenne Cameroun, Extrême-Nord Cameroun, Nord Cameroun, Adamaoua, Mora-Dabanga-Kousseri, Maroua-Bogo-Pouss, Nationale n°1 Cameroun, financement routes Cameroun, retards chantiers Cameroun, infrastructures Cameroun, économie Cameroun, Investir au Cameroun, CGCOC, Xinjiang, route Maroua-Moutourwa, Magada-Guidiguis, Guidiguis-Yagoua, Bogo-Guirvidig, Guirvidig-Pouss, Tchakamari-Waza-Kousseri, 600 milliards FCFA, 709 km routes, pénalités retard Cameroun, revue projets MINTP
Moussa Nassourou