Le gouvernement camerounais vient de poser un acte fort dans la bataille contre les fuites financières du secteur électrique. L’unité de gestion du Programme de réformes du secteur de l’électricité du ministère de l’Eau et de l’Énergie (Minee) a réceptionné, ce jour-là à Douala, un premier lot de 16 000 compteurs intelligents. Des équipements qui ne sont pas destinés aux ménages lambdas, mais en priorité aux bâtiments publics — administrations, entreprises publiques, hôpitaux, universités.
L’ambition est claire : permettre à l’État et à la Société d’électricité du Cameroun (Socadel, ex-Eneo) de mieux établir les consommations d’électricité des administrations. Fini les estimations à l’aveugle, les relevés approximatifs et les contestations sans fin. Le gouvernement vise l’installation d’au moins 10 000 de ces équipements sur les points de livraison de l’État d’ici au 30 décembre 2026.
« L’opération permettra de mieux suivre les consommations, de maîtriser la dépense énergétique publique, de renforcer la transparence dans la gestion de l’électricité », indique le Minee.
Sur les 16 000 compteurs réceptionnés, le gouvernement prévoit donc d’en installer au moins 62,5 % sur les points de livraison de l’État avant la fin de l’année. Le ministère n’a pas précisé le calendrier de déploiement des 6 000 autres équipements. Une deuxième livraison est déjà annoncée pour octobre. Elle doit alimenter un autre programme, destiné cette fois aux nouveaux branchements des ménages. Le Minee vise 30 000 compteurs installés pour ces nouveaux abonnés d’ici au 30 décembre.
Des factures mieux établies, mais toujours à recouvrer
La modernisation du comptage doit fiabiliser les factures des administrations. Mais le principal verrou financier reste entier : leur recouvrement par la Socadel. En avril 2024, Amine Homman Ludiye, alors directeur général d’Eneo, devenue Socadel, tirait la sonnette d’alarme.
« Nous émettons pour environ 7 milliards de FCFA de factures mensuelles à l’égard des entités publiques — administrations, entreprises publiques, hôpitaux, universités —, mais depuis le début de l’année 2024, nos recouvrements se sont limités à 1,5 milliard de FCFA en janvier et à 1,8 milliard en février », déclarait-il.
Sur ces deux mois, Eneo avait ainsi facturé environ 14 milliards de FCFA aux entités publiques, pour seulement 3,3 milliards effectivement encaissés, soit moins d’un quart du montant émis. Une hémorragie financière qui plombe les comptes de la société d’électricité et, par ricochet, la qualité du service public.
Le Compact Énergie prévoit des prélèvements à la source
Pour endiguer cette accumulation d’arriérés, le Compact Énergie du Cameroun prévoit dès 2026 plusieurs mécanismes radicaux. Pour les établissements publics, il propose notamment d’intégrer les factures d’électricité du mois précédent dans le fichier de paiement des salaires, de budgétiser les arriérés de consommation et, en cas d’impayés persistants, de prélever directement les montants dus sur les subventions versées aux organismes concernés.
Pour certaines entreprises publiques bénéficiaires d’acomptes de l’État, le Compact recommande également un prélèvement à la source des sommes correspondant aux consommations d’électricité. Un texte réglementaire contraignant doit en outre fixer les modalités de paiement des factures de l’État central.
Le dispositif combine ainsi deux leviers : des compteurs communicants pour établir plus précisément les consommations publiques, et des mécanismes de prélèvement destinés à améliorer le paiement des factures correspondantes. Reste à savoir si la volonté politique suivra jusqu’au bout. Car sans recouvrement effectif, même les compteurs les plus intelligents ne rempliront pas les caisses de la Socadel.
Cameroon Launches Offensive Against Unpaid Electricity Bills: 16,000 Smart Meters Arrive
The Cameroonian government has just made a strong move in the fight against financial leaks in the electricity sector. The management unit of the Electricity Sector Reform Program of the Ministry of Water and Energy (Minee) received, on that day in Douala, a first batch of 16,000 smart meters. These devices are not intended for ordinary households, but primarily for public buildings — administrations, state-owned companies, hospitals, universities.
The ambition is clear: to allow the State and the Cameroon Electricity Company (Socadel, formerly Eneo) to better establish the electricity consumption of administrations. No more blind estimates, approximate readings, and endless disputes. The government aims to install at least 10,000 of these devices on the State’s delivery points by December 30, 2026.
“The operation will allow better monitoring of consumption, control of public energy expenditure, and strengthen transparency in electricity management,” says Minee.
Of the 16,000 meters received, the government therefore plans to install at least 62.5% on the State’s delivery points before the end of the year. The ministry did not specify the deployment schedule for the remaining 6,000 devices. A second delivery is already announced for October. It will feed another program, this time intended for new household connections. Minee is targeting 30,000 meters installed for these new subscribers by December 30.
Better-Established Bills, But Still to Be Collected
The modernization of metering should make administration bills more reliable. But the main financial lock remains: their collection by Socadel. In April 2024, Amine Homman Ludiye, then general manager of Eneo, now Socadel, raised the alarm.
“We issue about 7 billion FCFA in monthly bills to public entities — administrations, state-owned companies, hospitals, universities —, but since the beginning of 2024, our collections have been limited to 1.5 billion FCFA in January and 1.8 billion in February,” he told.
Over those two months, Eneo had billed about 14 billion FCFA to public entities, for only 3.3 billion actually collected, or less than a quarter of the amount issued. A financial hemorrhage that weighs on the electricity company’s accounts and, indirectly, on the quality of public service.
The Energy Compact Provides for Source Deductions
To stem this accumulation of arrears, the Cameroon Energy Compact provides from 2026 several radical mechanisms. For public establishments, it proposes in particular to integrate the previous month’s electricity bills into the salary payment file, to budget consumption arrears and, in case of persistent unpaid bills, to directly deduct the amounts due from subsidies paid to the organizations concerned.
For certain state-owned companies receiving State advances, the Compact also recommends a source deduction of amounts corresponding to electricity consumption. A binding regulatory text must also set the payment methods for central government bills.
The system thus combines two levers: communicating meters to more precisely establish public consumption, and deduction mechanisms to improve payment of the corresponding bills. The question remains whether the political will will follow through. Because without effective collection, even the smartest meters will not fill Socadel’s coffers.
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Silognhia Edwige