Le peuple suisse a largement rejeté l’initiative visant à inscrire une neutralité perpétuelle et renforcée dans la Constitution. Pour le ministre des Affaires étrangères Ignazio Cassis, ce résultat ne constitue toutefois pas un vote contre la neutralité du pays.
Le verdict des urnes est sans ambiguïté. 70,15 % des électeurs suisses ont rejeté l’initiative populaire consacrée au renforcement de la neutralité, contre 29,85 % de votes favorables. La participation s’est établie à 47,06 %, selon les résultats définitifs publiés par les autorités suisses.
Le texte a également été rejeté dans l’ensemble des cantons.
Mais pour le gouvernement suisse, ce résultat ne signifie pas que la population aurait tourné le dos à la neutralité, principe historique de la politique étrangère helvétique.
Ignazio Cassis : « La Suisse était neutre hier, l’est aujourd’hui et le sera à l’avenir »
Au lendemain du scrutin, le ministre suisse des Affaires étrangères, Ignazio Cassis, a voulu clarifier la portée du vote.
« Le non à l’initiative pour la neutralité n’est pas un vote contre la neutralité », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse.
Le chef de la diplomatie suisse a même insisté : « La Suisse était neutre hier, l’est aujourd’hui et le sera à l’avenir. »
Pour Ignazio Cassis, le rejet de l’initiative traduit donc davantage une opposition à la manière dont ses promoteurs souhaitaient inscrire et encadrer la neutralité dans la Constitution qu’un abandon du principe lui-même.
« Notre neutralité n’a jamais été rigide », a également nuancé le ministre.
Une neutralité conçue comme un outil diplomatique
Le gouvernement suisse défend une conception de la neutralité qui ne se limite pas à une absence d’engagement dans les conflits internationaux.
« Être neutre ne signifie ni être indifférent, ni se tenir à l’écart », a expliqué Ignazio Cassis.
Selon lui, la neutralité doit notamment permettre à la Suisse de conserver sa capacité de dialogue avec différents acteurs internationaux.
« Notre neutralité nous protège à condition que la Suisse soit utile aux autres. Pour cela, elle doit pouvoir garder les portes ouvertes lorsque d’autres se ferment », a-t-il développé.
Berne met ainsi en avant son rôle dans la facilitation du dialogue international et dans l’accueil de discussions entre États lorsque les canaux diplomatiques sont difficiles à maintenir.
« Cette capacité à parler avec tous a créé de la confiance et à offrir un espace de dialogue fait partie de la valeur de notre neutralité », a ajouté le ministre.
Une initiative portée par l’UDC sur fond de sanctions contre la Russie
Le scrutin intervient dans un contexte de débat particulièrement sensible sur la politique étrangère de la Suisse, notamment depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie.
Le gouvernement suisse affirme préserver sa neutralité tout en ayant adopté les sanctions décidées par l’Union européenne contre Moscou. Berne soutient notamment que ces mesures ne sont pas des sanctions élaborées unilatéralement par la Suisse, mais qu’elles reprennent celles de l’Union européenne, dont la Confédération helvétique n’est pourtant pas membre.
Cette interprétation est contestée sur le plan politique en Suisse.
L’Union démocratique du centre (UDC), principale force politique du pays, considère notamment que l’alignement de Berne sur les sanctions européennes constitue une atteinte au principe de neutralité.
C’est dans ce contexte que l’UDC avait soutenu une initiative visant à donner une définition constitutionnelle beaucoup plus stricte de la neutralité suisse.
Neutralité perpétuelle, sanctions et Otan au cœur du texte
L’initiative proposait notamment d’inscrire dans la Constitution le principe d’une neutralité armée et perpétuelle.
Elle aurait également interdit à la Suisse d’adhérer à des alliances militaires, notamment à l’Otan, et aurait limité la possibilité pour Berne d’adopter des sanctions à celles décidées par le Conseil de sécurité des Nations unies.
Le texte prévoyait toutefois une exception concernant les mesures destinées à empêcher le contournement des restrictions imposées par d’autres États.
Son adoption aurait donc eu des conséquences importantes sur la marge de manœuvre du gouvernement suisse en matière de politique étrangère et, en particulier, sur les sanctions appliquées à la Russie.
Le gouvernement et le Parlement suisses s’étaient prononcés contre l’initiative.
Un vote qui maintient le débat sur la neutralité suisse
Avec 70,15 % de « non », le corps électoral suisse a clairement refusé de constitutionnaliser la conception plus restrictive de la neutralité défendue par les promoteurs de l’initiative.
Le résultat ne met cependant pas fin au débat.
La question de fond demeure : jusqu’où la Suisse peut-elle aller dans sa coopération avec ses partenaires occidentaux tout en continuant à se définir comme un État neutre ?
Pour le gouvernement de Berne, la réponse passe par une neutralité suffisamment souple pour préserver sa capacité d’action diplomatique. Pour ses détracteurs, notamment au sein de l’UDC, cette approche risque au contraire d'affaiblir la portée traditionnelle de la neutralité helvétique.
Le scrutin permet en tout cas au gouvernement suisse de conserver son actuelle ligne de politique étrangère. La neutralité demeure officiellement au cœur de la doctrine suisse, mais son interprétation et son application restent au centre d’un débat politique majeur.
Swiss voters have overwhelmingly rejected a popular initiative aimed at enshrining permanent and strengthened neutrality in the Constitution. Foreign Minister Ignazio Cassis, however, said the result should not be interpreted as a rejection of Switzerland's neutrality.
The referendum result was clear. 70.15% of Swiss voters rejected the initiative on neutrality, while 29.85% voted in favour. Turnout stood at 47.06%, according to the final results published by the Swiss authorities.
The proposal was also rejected in all Swiss cantons.
For the Swiss government, however, the result does not mean that voters have turned their backs on the country's long-standing policy of neutrality.
Ignazio Cassis: “Switzerland was neutral yesterday, is neutral today and will remain neutral”
Following the referendum, Swiss Foreign Minister Ignazio Cassis sought to clarify the meaning of the vote.
“The no vote on the neutrality initiative is not a vote against neutrality,” he said during a press conference.
He added: “Switzerland was neutral yesterday, is neutral today and will remain neutral in the future.”
According to Cassis, voters therefore rejected the way the initiative sought to define and constitutionally strengthen neutrality rather than the principle itself.
“Our neutrality has never been rigid,” the foreign minister stressed.
Neutrality as a diplomatic instrument
The Swiss government promotes a concept of neutrality that goes beyond simply staying out of international conflicts.
“Being neutral does not mean being indifferent or standing aside,” Cassis said.
He argued that neutrality should allow Switzerland to maintain its ability to engage in dialogue with different international actors.
“Our neutrality protects us provided that Switzerland is useful to others. To achieve this, it must be able to keep doors open when others are closing them,” he explained.
Bern therefore highlights Switzerland's role in facilitating dialogue and providing a space where states can continue communicating even when diplomatic channels become difficult.
“This ability to speak with everyone has created trust, and offering a space for dialogue is part of the value of our neutrality,” Cassis said.
An initiative driven by the SVP amid the dispute over Russia sanctions
The referendum took place against the backdrop of a major debate over Swiss foreign policy, particularly since Russia's invasion of Ukraine.
The Swiss government maintains that it respects neutrality while adopting sanctions imposed by the European Union against Moscow. Bern argues that these measures essentially follow EU sanctions and are not sanctions independently created by Switzerland, which is not an EU member.
This interpretation is politically contested in Switzerland.
The Swiss People's Party (SVP/UDC), the country's largest political force, has argued that joining the European sanctions regime violates Switzerland's traditional neutrality.
The party therefore supported an initiative seeking to give constitutional status to a much stricter definition of Swiss neutrality.
Permanent neutrality, sanctions and NATO at the centre of the initiative
The initiative sought to enshrine the principle of permanent armed neutrality in the Swiss Constitution.
It would also have prohibited Switzerland from joining military alliances, including NATO, while restricting Switzerland's ability to impose sanctions to measures adopted by the United Nations Security Council.
An exception would have been maintained for measures aimed at preventing the circumvention of restrictions imposed by other countries.
Had it passed, the initiative could therefore have significantly affected the Swiss government's room for manoeuvre in foreign policy, particularly regarding sanctions against Russia.
The Swiss government and Parliament had opposed the proposal.
The debate over Swiss neutrality continues
With 70.15% voting against the initiative, Swiss voters clearly rejected the proposal to constitutionally impose the stricter model of neutrality promoted by its supporters.
The debate itself, however, is not over.
The central question remains: how far can Switzerland cooperate with its Western partners while continuing to define itself as a neutral state?
For the Swiss government, the answer lies in maintaining a sufficiently flexible form of neutrality that preserves Switzerland's diplomatic capacity. Critics, particularly within the SVP, argue that such an approach could weaken the traditional meaning of Swiss neutrality.
The referendum nevertheless allows the Swiss government to maintain its current foreign-policy approach. Neutrality remains officially at the heart of Swiss foreign policy, while its interpretation and implementation remain the subject of a major political debate.
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