Le contentieux qui oppose Magil Construction Corporation aux sociétés Razel vient de basculer dans une nouvelle dimension. L’entreprise canadienne a saisi, le 9 février 2026, la Cour d’appel de Paris d’un second recours en annulation de la sentence arbitrale du 18 août 2025. Cette fois, la cible n’est plus seulement Razel-BEC et Razel Cameroun, mais directement la République du Cameroun.
La sentence, rendue sous l’égide de la Cour internationale d’arbitrage de la Chambre de commerce internationale (CCI), condamne Magil à verser environ 35 millions de dollars canadiens aux sociétés Razel. Elle porte sur trois chantiers emblématiques : la réhabilitation et l’extension du stade de la Réunification de Bépanda à Douala, la pénétrante Est de Douala avec le second pont sur la Dibamba, et le complexe sportif d’Olembé à Yaoundé.
Deux procédures distinctes
Magil avait déjà formé un premier recours le 9 septembre 2025 contre Razel-BEC et Razel Cameroun (RG 25/15626). Le second, enregistré sous le numéro RG 26/02492, vise désormais l’État camerounais. Dans une ordonnance du 18 juin 2026, la Cour d’appel de Paris a refusé de joindre les deux affaires.
Magil arguait que les deux recours concernaient la même sentence, reposaient sur les mêmes faits et mobilisaient les mêmes moyens d’annulation. La magistrate chargée de la mise en état a rejeté cette demande. Elle a relevé que le second recours soulève des questions juridiques propres, notamment l’incident annoncé par le Cameroun sur sa qualité de tiers. Les sociétés Razel, absentes de cette deuxième procédure, n’ont d’ailleurs pas consenti à la jonction.
Le Cameroun revendique sa qualité de tiers
La particularité de ce second recours est claire : la République du Cameroun n’était pas partie à l’arbitrage qui a abouti à la sentence du 18 août 2025. Cette procédure opposait uniquement Magil aux sociétés Razel.
Devant la justice française, l’État camerounais n’a pas combattu la demande de jonction. Dans un courrier du 28 mai 2026, il a indiqué partager, « à ce stade », la position de Magil. Il a toutefois annoncé qu’il entendait faire reconnaître sa qualité de tiers aux procédures d’annulation et demander la fixation d’une audience d’incident. Magil a pris acte de cette intention.
Au cœur du débat figure la place exacte de l’État dans les contrats à l’origine du différend. Magil soutient qu’elle n’est pas partie aux clauses compromissoires sur lesquelles le tribunal arbitral a statué, et que le Cameroun serait, lui, lié par ces clauses, soit comme signataire, soit par extension.
L’exécution suspendue au Québec
Pendant ce temps, le front canadien reste actif. Razel-BEC et Razel Cameroun ont saisi, le 16 septembre 2025, la Cour supérieure du Québec pour obtenir la reconnaissance et l’exécution de la sentence. Le 7 avril 2026, la juridiction québécoise a suspendu la procédure à la demande de Magil, jusqu’au jugement final de la Cour d’appel de Paris ou d’une juridiction supérieure. En contrepartie, Magil a été contrainte de constituer un cautionnement de 3,5 millions de dollars canadiens.
L’ordonnance parisienne du 18 juin 2026 ne tranche ni la validité de la sentence ni les arguments de fond. Elle se limite à la question de la jonction. Deux procédures distinctes continuent donc de se dérouler à Paris : l’une entre Magil et les sociétés Razel, l’autre dirigée contre la République du Cameroun, qui revendique sa qualité de tiers.
Trois chantiers stratégiques, un contentieux international
Stade de Bépanda, pont de la Dibamba, complexe d’Olembé : ces projets, symboles des ambitions sportives et d’infrastructures du Cameroun, se retrouvent au centre d’un bras de fer judiciaire qui traverse désormais Paris et Montréal. L’État camerounais, jusqu’ici en retrait de l’arbitrage, se trouve directement exposé. La suite du contentieux déterminera si la sentence de 35 millions de dollars canadiens résiste ou non aux recours en annulation.
The dispute between Magil Construction Corporation and the Razel companies has entered a new phase. On 9 February 2026, the Canadian firm filed a second application before the Paris Court of Appeal seeking the annulment of the arbitral award of 18 August 2025. This time, the target is no longer only Razel-BEC and Razel Cameroun, but the Republic of Cameroon itself.
The award, rendered under the auspices of the International Court of Arbitration of the International Chamber of Commerce (ICC), orders Magil to pay approximately 35 million Canadian dollars to the Razel companies. It concerns three emblematic projects in Cameroon: the rehabilitation and extension of the Stade de la Réunification in Bépanda, Douala; the Eastern penetration road of Douala including the second bridge over the Dibamba; and the Olembé sports complex in Yaoundé.
Two separate proceedings
Magil had already lodged a first application on 9 September 2025 against Razel-BEC and Razel Cameroun (case No. RG 25/15626). The second application, registered under No. RG 26/02492, now targets the Cameroonian State. In an order dated 18 June 2026, the Paris Court of Appeal refused to join the two cases.
Magil argued that both applications concerned the same award, rested on the same facts and contractual relationships, and relied on the same grounds for annulment. The judge in charge of the case management rejected the request. She noted that the second application raises specific legal issues, in particular the procedural incident announced by Cameroon regarding its status as a third party. The Razel companies, which are not parties to the second application, did not consent to the joinder.
Cameroon claims third-party status
The distinctive feature of this second application is that the Republic of Cameroon was not a party to the arbitration that produced the award of 18 August 2025. That arbitration involved only Magil and the Razel companies.
Before the French courts, Cameroon did not oppose the joinder request. In a letter dated 28 May 2026, the State indicated that it shared Magil’s position “at this stage” and associated itself with the request. It nevertheless announced its intention to have its third-party status recognised and to seek a hearing on a procedural incident. Magil took note of this intention.
At the heart of the dispute lies the precise role of the Cameroonian State in the contracts that gave rise to the disagreement. Magil maintains that it is not a party to the arbitration clauses on which the arbitral tribunal ruled, and that Cameroon is bound by those clauses, either as a signatory or by extension.
Enforcement suspended in Quebec
Meanwhile, proceedings continue in Canada. On 16 September 2025, Razel-BEC and Razel Cameroun applied to the Superior Court of Quebec for recognition and enforcement of the arbitral award. On 7 April 2026, the Quebec court stayed the proceedings at Magil’s request until a final judgment by the Paris Court of Appeal or a higher competent court on the annulment applications. In return, Magil was ordered to post a security of 3.5 million Canadian dollars and to maintain it for the duration of the stay.
The Paris order of 18 June 2026 rules neither on the validity of the award nor on the merits of Magil’s arguments. It addresses only the joinder request. Two distinct proceedings therefore continue in Paris: one between Magil and the Razel companies, and the other directed against the Republic of Cameroon, which claims third-party status.
Three strategic projects, one international dispute
The Bépanda stadium, the Dibamba bridge and the Olembé complex — symbols of Cameroon’s sporting and infrastructure ambitions — now sit at the centre of a judicial battle spanning Paris and Montreal. The Cameroonian State, previously outside the arbitration, finds itself directly exposed. The outcome of the proceedings will determine whether the 35-million-Canadian-dollar award withstands the annulment challenges.
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Christ Ndiffong (Stagiaire)