Allemagne : Porsche se désengage de Bugatti Rimac, les Émirats promettent 40 milliards d’euros et l’AfD secoue Merz
Le paysage allemand connaît une séquence particulièrement dense. Entre le retrait de Porsche de Bugatti Rimac, une promesse d’investissements émiratis pouvant atteindre 40 milliards d’euros, l’accélération des dépenses militaires et le spectaculaire succès de l’AfD en Saxe-Anhalt, Berlin doit composer avec de lourds enjeux économiques et politiques.
L’Allemagne joue gros sur plusieurs fronts à la fois. Dans l’industrie automobile, Porsche vient de tourner définitivement la page Bugatti Rimac, tandis que les Émirats arabes unis affichent leur volonté de renforcer massivement leur présence dans l’économie allemande. Sur le terrain militaire, Berlin prépare une nouvelle montée en puissance de ses dépenses de défense. Et politiquement, la progression de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) met la CDU du chancelier Friedrich Merz sous pression.
Porsche récupère environ 1 milliard d’euros en quittant Bugatti Rimac
Le constructeur allemand de voitures de sport et de luxe Porsche a finalisé la vente de ses participations dans Bugatti Rimac et Rimac Group. L'opération représente environ 1 milliard d’euros, selon le service de presse du constructeur.
L’accord avait été signé en avril 2026.
Porsche compte notamment affecter 250 millions d’euros du produit de cette cession au financement supplémentaire de ses engagements en matière de retraites.
Cette opération marque la fin d’un partenariat industriel noué autour de l’un des projets les plus emblématiques de la nouvelle génération de voitures sportives électriques et hautes performances.
Créée en 2021 par Porsche et Rimac Group, la coentreprise Bugatti Rimac était détenue à 45% par Porsche et à 55% par Rimac Group. Le constructeur allemand détenait également 20,6% de Rimac Group.
Avec cette transaction, Porsche sort donc totalement des deux structures.
Ce désengagement intervient dans une période délicate pour le constructeur allemand. Son bénéfice net a chuté de 91,4% l’année dernière, à seulement 310 millions d’euros après impôts, contre un niveau très supérieur un an auparavant.
Pour Porsche, la cession apporte ainsi des liquidités importantes dans un contexte où le groupe doit à la fois préserver ses équilibres financiers, financer ses transformations industrielles et absorber les mutations profondes du marché automobile.
Les Émirats veulent injecter 40 milliards d’euros dans l’économie allemande
Sur un autre front, l’Allemagne pourrait bénéficier d’une nouvelle vague massive de capitaux étrangers.
Les Émirats arabes unis envisagent d’investir 40 milliards d’euros supplémentaires dans l’économie allemande, rapporte l’agence DPA, à l’occasion de la visite d’État du président émirati Mohammed ben Zayed Al Nahyane à Berlin.
Le dirigeant émirati s’est entretenu avec le président allemand Frank-Walter Steinmeier ainsi qu’avec le chancelier Friedrich Merz.
Le ministre émirati de l’Industrie et des Technologies avancées, Sultan Ahmed Al Jaber, a présenté l’Allemagne comme un « important partenaire stratégique et économique ».
Les Émirats ont déjà investi environ 34 milliards d’euros en Allemagne. Les nouveaux financements pourraient porter leur exposition à près du double et cibler notamment l’industrie, les technologies et les emplois qualifiés.
« Fort des 34 milliards d’euros déjà investis par les EAU en Allemagne, nous financerons les secteurs industriels, les technologies et les emplois qualifiés qui favoriseront la croissance et la compétitivité », a déclaré Sultan Ahmed Al Jaber.
Selon DPA, les grands groupes industriels et technologiques allemands pourraient notamment constituer des cibles potentielles pour ces investissements.
Le rapprochement économique entre Berlin et Abou Dhabi s’inscrit dans une relation commerciale déjà importante. Les Émirats arabes unis sont le principal partenaire commercial de l’Allemagne dans la région du Golfe, avec un volume d’échanges d’environ 13 milliards d’euros l’année dernière.
Berlin accélère aussi sur la défense
L’autre grand chantier allemand est militaire.
Le ministre des Affaires étrangères, Johann Wadephul, a annoncé que l’Allemagne consacrerait 124,7 milliards d’euros à la défense cette année, soit environ 2,7% de son produit intérieur brut.
Berlin entend aller encore plus loin : l’objectif affiché est de porter cet effort à 3,5% du PIB d’ici 2029, ce qui pourrait représenter plus de 150 milliards d’euros.
« Cette année, l’Allemagne investit 124,7 milliards d’euros dans un réel potentiel de défense, soit environ 2,7% de notre PIB. D’ici 2029, ce chiffre devrait atteindre au moins 3,5%, probablement plus de 150 milliards d’euros », a déclaré Johann Wadephul lors d’une conférence réunissant les chefs des missions diplomatiques allemandes à Berlin.
Le ministre a toutefois précisé que les investissements dans les infrastructures de défense devaient également être pris en compte.
Cette hausse spectaculaire des dépenses militaires est directement liée à la nouvelle donne sécuritaire en Europe. Berlin entend également pousser ses partenaires de l’Otan à renforcer leurs propres capacités.
« Nous sommes à l’avant-garde et attendons de nos partenaires de l’Otan qu’ils suivent notre exemple », a déclaré Wadephul, reconnaissant que l’Alliance atlantique traversait actuellement un « test de résistance politique ».
La présence du secrétaire général de l’Otan, Mark Rutte, à cette conférence souligne l’importance stratégique de cette nouvelle orientation allemande.
La victoire de l’AfD fait trembler la CDU de Friedrich Merz
Mais c’est surtout sur le terrain politique que la pression monte.
La victoire de l’AfD en Saxe-Anhalt, lors des élections régionales du 6 septembre, a provoqué une onde de choc jusque dans les rangs de la CDU.
Selon les résultats officiels provisoires, l’AfD a obtenu 43,8% des voix, loin devant la CDU, qui s’est effondrée à 17,2%. Le SPD est arrivé troisième avec 9,3%.
Pour la CDU, il s’agit de son plus mauvais résultat en Saxe-Anhalt, avec une perte de plus de la moitié de ses voix par rapport à 2021.
Le revers est suffisamment important pour provoquer une remise en question interne.
La section CDU de Grossbeeren, près de Berlin, considérée comme un bastion du parti dans le Brandebourg, a adressé une lettre ouverte à Friedrich Merz, également président de la CDU.
Signée au nom de 33 membres du parti, dont le maire de Grossbeeren, Martin Wonneberger, la lettre réclame un changement profond de ligne politique.
« Nous n’avons pas besoin d’une direction qui explique aux simples militants pourquoi sa politique serait soi-disant la bonne. Nous avons besoin d’une direction de la CDU prête à se demander pourquoi de moins en moins de gens considèrent cette politique comme étant la bonne », a déclaré le président de la section, Adrian Hepp.
Les auteurs refusent surtout de considérer la poussée de l’AfD comme un simple accident électoral.
Selon eux, une partie des électeurs ne s’est pas radicalisée, mais a simplement perdu confiance dans la CDU et dans la capacité du système politique à répondre à leurs problèmes.
Économie, immigration, énergie : la CDU sommée d'agir
La lettre met directement Friedrich Merz face à ses promesses électorales.
Les militants rappellent que la CDU s’était engagée à remettre l’économie allemande sur les rails, à réduire la pression sur les ménages et les entreprises, à rendre l’énergie plus abordable, à mieux contrôler l’immigration, à réduire la bureaucratie et à faire du travail une source de revenus plus rémunératrice.
Le constat dressé par cette branche locale est sévère : une partie des réformes annoncées n’aurait pas encore produit d’effets suffisamment visibles pour convaincre les électeurs.
Pour autant, les signataires ne réclament pas la démission de Friedrich Merz.
« Nous n’en sommes pas encore là. Nous voulons, une toute dernière fois, tendre la main », a expliqué Adrian Hepp.
Le message est néanmoins clair : la CDU ne peut plus ignorer l’avertissement électoral venu de Saxe-Anhalt.
Bruxelles pourrait mettre la pression sur un éventuel gouvernement AfD
La victoire de l’AfD soulève également des questions financières.
L’eurodéputé écologiste Daniel Freund estime que l’Union européenne pourrait retarder, voire suspendre, certains financements destinés à la Saxe-Anhalt si un futur gouvernement régional dirigé par l’AfD venait à manquer aux principes fondamentaux de l’Union européenne.
Entre 2021 et 2027, la Saxe-Anhalt doit recevoir environ 2,95 milliards d’euros de fonds européens.
Ces financements doivent notamment contribuer à la rénovation des écoles, des infrastructures sportives et des établissements pour enfants, ainsi qu’à l’acquisition d’équipements médicaux modernes pour les hôpitaux.
« En cas de doute, la Commission européenne pourrait suspendre les versements », a averti Daniel Freund dans un commentaire accordé à Tagesschau.
L’eurodéputé pointe notamment la position de l’AfD vis-à-vis de l’Union européenne.
La Saxe-Anhalt est, selon le site allemand, le premier bénéficiaire des fonds européens par habitant en Allemagne. Un éventuel bras de fer avec Bruxelles pourrait donc avoir des conséquences très concrètes sur les investissements publics du Land.
Berlin veut aussi accélérer le libre-échange avec l’Inde
Dans cette période de repositionnement économique, l’Allemagne cherche parallèlement à renforcer ses relations commerciales avec les grandes puissances émergentes.
Le chancelier Friedrich Merz s’est entretenu par téléphone avec le Premier ministre indien Narendra Modi.
Les deux dirigeants ont plaidé pour une signature rapide de l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et l’Inde, selon le porte-parole du gouvernement allemand, Stefan Kornelius.
Les discussions portent également sur le partenariat stratégique entre Berlin et New Delhi ainsi que sur les questions régionales et internationales, notamment la coopération en matière de sécurité.
Bruxelles et New Delhi ont achevé leurs négociations sur l’accord commercial à la fin janvier, après près de 20 ans de discussions. Le texte est actuellement soumis à une validation juridique, avec une signature attendue d’ici la fin de l’année.
Une Allemagne à la croisée des chemins
De Porsche à la défense, des capitaux émiratis à la bataille politique autour de l’AfD, plusieurs signaux témoignent d’une Allemagne en pleine recomposition.
L’industrie cherche de nouveaux équilibres financiers et technologiques. Les investisseurs du Golfe renforcent leur présence. Berlin accélère ses dépenses militaires face à la dégradation de l’environnement sécuritaire européen. Et, dans les urnes, l’AfD transforme le rapport de force politique, contraignant la CDU de Friedrich Merz à s’interroger sur sa stratégie.
Le défi pour le gouvernement allemand est désormais double : restaurer la compétitivité économique tout en reconquérant une partie d’un électorat qui exprime de plus en plus ouvertement sa défiance à l’égard des partis traditionnels.
La séquence de Saxe-Anhalt pourrait ainsi dépasser largement les frontières de ce Land. Elle constitue déjà un avertissement pour la CDU et, plus largement, pour le pouvoir fédéral de Berlin.
Germany: Porsche exits Bugatti Rimac, UAE plans €40 billion investment and AfD puts Merz under pressure
Germany is facing a particularly intense period of economic, industrial, military and political change. Porsche has completed its exit from Bugatti Rimac, the United Arab Emirates is considering up to €40 billion in additional investments in the German economy, Berlin is sharply increasing defense spending, while the AfD's sweeping victory in Saxony-Anhalt is putting Chancellor Friedrich Merz and the CDU under growing pressure.
Germany is dealing with several major challenges simultaneously. In the automotive sector, Porsche has definitively ended its involvement in Bugatti Rimac, while the United Arab Emirates is signaling its intention to significantly expand its economic footprint in Germany. On defense, Berlin is preparing another major increase in military spending. Politically, meanwhile, the rise of the Alternative for Germany (AfD) is forcing the CDU to reassess its strategy.
Porsche completes €1 billion exit from Bugatti Rimac
German luxury sports-car manufacturer Porsche has completed the sale of its stakes in Bugatti Rimac and Rimac Group for approximately €1 billion, according to the company's press office.
The corresponding agreement was signed in April 2026.
Porsche plans to allocate €250 million of the proceeds to provide additional funding for its pension commitments.
The transaction marks the end of Porsche's involvement in one of the most prominent projects linking traditional high-performance automotive engineering with the next generation of electric sports cars.
Bugatti Rimac was established in 2021 as a joint venture between Porsche and Rimac Group. Porsche held a 45% stake, while Rimac Group owned 55%. Porsche also held 20.6% of Rimac Group.
Following the transaction, Porsche has completely withdrawn from both companies.
The move comes at a difficult time for the German sports-car manufacturer. Porsche's net profit fell by 91.4% last year to €310 million after tax, according to the figures provided.
The sale therefore gives Porsche substantial liquidity at a time when the company must finance its industrial transformation while dealing with major changes in the global automotive market.
UAE considers €40 billion investment in Germany
Germany could also benefit from a major new wave of foreign investment.
The United Arab Emirates is considering investing €40 billion in the German economy, German news agency DPA reported during UAE President Mohamed bin Zayed Al Nahyan's state visit to Berlin.
The UAE president held talks with German President Frank-Walter Steinmeier and Chancellor Friedrich Merz.
UAE Minister of Industry and Advanced Technology Sultan Ahmed Al Jaber described Germany as an “important strategic and economic partner.”
The UAE has already invested around €34 billion in Germany. The additional investment could nearly double the value of its German portfolio and focus on industry, technology and skilled jobs.
Germany is already the UAE's leading trading partner in the Gulf region, with bilateral trade estimated at around €13 billion last year.
Germany accelerates defense spending
Germany is also dramatically increasing its defense expenditure.
Foreign Minister Johann Wadephul said Germany would invest €124.7 billion in defense this year, equivalent to around 2.7% of GDP.
Berlin aims to increase that figure to 3.5% of GDP by 2029, potentially exceeding €150 billion.
“This year, Germany is investing €124.7 billion in real defense potential, around 2.7% of our GDP. By 2029, this figure should reach at least 3.5%, probably more than €150 billion,” Wadephul said at a conference of German diplomatic mission chiefs in Berlin.
He added that defense infrastructure investments would have to be taken into account as well.
The German government sees the increase as a response to the deteriorating European security environment and is urging NATO allies to follow its lead.
“We are at the forefront and expect our NATO partners to follow our example,” Wadephul said, acknowledging that NATO was currently facing a “political stress test.”
NATO Secretary General Mark Rutte also attended the conference.
AfD victory puts Friedrich Merz's CDU under pressure
Germany's political landscape has also been shaken by the AfD's strong victory in Saxony-Anhalt.
In the September 6 regional election, preliminary official results showed the AfD winning 43.8% of the vote, while the CDU came second with just 17.2%. The Social Democratic Party (SPD) finished third with 9.3%.
The CDU lost more than half of its vote compared with 2021, recording its worst result ever in Saxony-Anhalt.
The result has triggered criticism within the conservative party.
The CDU branch in Grossbeeren, near Berlin, has sent an open letter to Chancellor and CDU leader Friedrich Merz, calling for a fundamental change in the party's political direction.
The letter was issued on behalf of 33 CDU members, including Grossbeeren's incumbent mayor, Martin Wonneberger.
“We do not need a leadership that explains to ordinary party members why its policy is supposedly right. We need a CDU leadership willing to ask why fewer and fewer people believe that this policy is right,” local CDU chairman Adrian Hepp said.
The authors reject the idea that the AfD's victory and the CDU's collapse were merely electoral accidents.
They argue that many voters have not suddenly become radical but have instead lost confidence in the CDU and in the ability of established political parties to solve their problems.
Economy, energy and immigration at the center of the criticism
The letter also directly challenges the government's record on its election promises.
The CDU had pledged to put the German economy back on track, reduce pressure on households and businesses, make energy more affordable, tighten immigration controls, cut bureaucracy and ensure that work once again provided a decent income.
The Grossbeeren branch argues that many of these reforms have yet to produce visible results for voters.
However, the local party leadership is not calling for Merz to resign.
“We are not there yet. We want to extend our hand one last time,” Adrian Hepp said.
The message is nevertheless clear: the CDU can no longer ignore the warning delivered by voters in Saxony-Anhalt.
EU funding could become a source of tension
The AfD's victory has also raised questions over European funding.
Green MEP Daniel Freund said the European Union could delay or suspend funds allocated to Saxony-Anhalt if an AfD-led regional government failed to comply with fundamental EU rules.
Between 2021 and 2027, Saxony-Anhalt is expected to receive around €2.95 billion in EU funds.
The money is intended for projects including school renovations, sports facilities, kindergartens and modern medical equipment for hospitals.
“In case of doubt, the European Commission could suspend the payments,” Freund warned in comments to Tagesschau.
According to the German outlet, Saxony-Anhalt is Germany's largest recipient of EU funding per capita.
Any confrontation with Brussels could therefore have significant consequences for public investment in the state.
Germany and India push for faster EU trade agreement
At the same time, Berlin is seeking to strengthen its economic ties with major emerging economies.
Chancellor Friedrich Merz held a phone conversation with Indian Prime Minister Narendra Modi.
The two leaders called for the rapid signing of the European Union-India free-trade agreement, German government spokesman Stefan Kornelius said.
The talks also covered the strategic partnership between Germany and India, regional and international issues, and security cooperation.
Brussels and New Delhi completed negotiations on the agreement at the end of January after almost 20 years of talks. The text is now undergoing legal review, with signing expected by the end of the year.
Germany at a crossroads
From Porsche to defense spending, from Gulf investment to the rise of the AfD, several developments point to a Germany undergoing a profound transformation.
The industrial sector is searching for new financial and technological balances. Gulf investors are increasing their presence. Berlin is rapidly expanding military spending in response to Europe's changing security environment. And at the ballot box, the AfD is reshaping the political balance and forcing the CDU under Friedrich Merz to reconsider its strategy.
The German government's challenge is therefore twofold: restore economic competitiveness while rebuilding the confidence of voters who are increasingly turning away from traditional political parties.
The Saxony-Anhalt election may therefore prove to be much more than a regional event. It is already a major warning for the CDU and, more broadly, for the federal government in Berlin.
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