Yaoundé réclame 8,2 milliards au Trésor pour enlever ses ordures : le maire tire la sonnette d’alarme
La Communauté urbaine de Yaoundé (CUY) n’en peut plus. Dans une correspondance datée du 7 août 2026 adressée au ministre des Finances Louis Paul Motazé, le maire de la ville, Luc Messi Atangana, réclame le versement immédiat de 8,2 milliards de FCFA. Il s’agit de sa quote-part des droits d’accises spéciaux destinés au financement de l’enlèvement et du traitement des ordures ménagères. Des ressources collectées, centralisées au Trésor public… et toujours en attente de paiement.
« La Communauté urbaine de Yaoundé rencontre des difficultés à bénéficier de ses ressources propres qui sont logées au Trésor, notamment les droits d’accises destinés à l’enlèvement des ordures ménagères, dont le recouvrement s’opère au Trésor, qui s’élèvent à date à 8,2 milliards de FCFA », écrit clairement le maire. Il demande que ces fonds soient mis à la disposition du receveur municipal via la paierie spécialisée du ministère de la Décentralisation et du Développement local. La lettre a été copiée à la Présidence de la République et aux services du Premier ministre. À ce jour, la suite réservée à cette requête reste inconnue.
Une taxe qui grossit… mais qui n’arrive pas
Institué par la loi de finances 2019, ce droit d’accises spécial devait booster les moyens des Collectivités territoriales décentralisées (CTD) pour la gestion des déchets. Initialement fixé à 0,5 % de la valeur des marchandises importées (hors franchises Cemac), son taux a été doublé à 1 % dès 2022. En 2021, il avait déjà rapporté 15,9 milliards de FCFA. Les projections pour 2022 montaient à 32 milliards.
Le partage prévoyait 10 % de retenue pour l’État (frais d’assiette et de recouvrement) contre 90 % pour les collectivités. Un décret du 24 juillet 2023 a ramené cette retenue à 5 %, portant la part des CTD à 95 %. Sur cette enveloppe, Yaoundé et Douala touchent chacune 17,5 %. Les huit autres chefs-lieux de région plus Edéa, Kribi, Kumba, Limbé et Nkongsamba se partagent 35 %. Les 30 % restants vont aux communes et communes d’arrondissement.
Pourtant, à Yaoundé, l’argent n’arrive pas. Et les conséquences se voient dans les rues.
Moins de 50 % des déchets collectés : le constat amer
Les états généraux sur la gestion des ressources en déchets urbains, organisés les 6 et 7 mai 2025 à Yaoundé, avaient déjà tiré la sonnette d’alarme. La feuille de route finale reconnaissait que les ressources du droit d’accises « ne sont pas effectivement mises à la disposition des communes » et que les paiements aux entreprises de collecte restent irréguliers.
Résultat : le taux de collecte des déchets est estimé à moins de 50 % à Yaoundé, contre 65 % à Douala. Le financement du secteur repose encore à 85 % sur l’État et seulement 15 % sur les CTD. L’essentiel des moyens part dans la collecte, tandis que la précollecte, les infrastructures de traitement et la valorisation restent sous-financées. Ajoutez l’absence d’un système statistique fiable sur les volumes et catégories de déchets, et l’équation devient impossible à résoudre.
Un compte spécial recommandé… toujours en attente
Pour sortir de l’impasse, les états généraux avaient recommandé la création d’un compte d’affectation spéciale destiné à cantonner le produit du droit d’accises et les subventions de l’État, afin de garantir des paiements réguliers aux opérateurs. Un groupe de travail réunissant Finances, Habitat, Décentralisation, Économie, Feicom et les maires devait être mis en place dans les trois mois pour proposer une réforme fondée sur le principe pollueur-payeur.
Plus d’un an plus tard, la lettre de Luc Messi Atangana du 7 août 2026 montre que les problèmes identifiés en mai 2025 restent entiers. Les ordures continuent de s’accumuler, les entreprises de collecte peinent à être payées, et les populations de Yaoundé en subissent les conséquences au quotidien.
La balle est désormais dans le camp du ministère des Finances. Yaoundé attend ses 8,2 milliards. Et les Yaoundéens attendent des rues plus propres.
Yaoundé Demands 8.2 Billion CFA from the Treasury for Waste Collection: Mayor Sounds the Alarm
The Yaoundé Urban Community (CUY) has had enough. In a letter dated 7 August 2026 addressed to Finance Minister Louis Paul Motazé, Yaoundé Mayor Luc Messi Atangana is demanding the immediate release of 8.2 billion CFA francs. This sum represents the city’s share of the special excise duty earmarked for household waste collection and treatment — funds that have been collected, centralised at the Public Treasury, and remain unpaid.
“The Yaoundé Urban Community is encountering difficulties in accessing its own resources held at the Treasury, particularly the excise duties intended for household waste collection, whose recovery is carried out by the Treasury and currently amount to 8.2 billion CFA francs,” the mayor wrote. He requested that these funds be made available to the municipal receiver through the specialised pay office of the Ministry of Decentralisation and Local Development. The letter was copied to the Presidency of the Republic and the Prime Minister’s services. As of now, no response has been made public.
A Growing Tax That Never Arrives
Introduced by the 2019 Finance Law to strengthen the resources of Decentralised Territorial Collectivities (CTDs) for waste management, the special excise duty was initially set at 0.5 % of the taxable value of imported goods (excluding CEMAC exemptions). The rate was doubled to 1 % from 2022. In 2021 it already generated 15.9 billion CFA francs, with projections for 2022 reaching 32 billion.
Originally, the State retained 10 % for assessment and collection costs, leaving 90 % for the collectivities. A decree of 24 July 2023 reduced the State’s share to 5 %, raising the CTDs’ portion to 95 %. Of this amount, Yaoundé and Douala each receive 17.5 %. The eight other regional capitals plus Edéa, Kribi, Kumba, Limbe and Nkongsamba share 35 %, while the remaining 30 % goes to ordinary communes and district communes.
Yet in Yaoundé the money is not arriving — and the streets show it.
Less Than 50 % of Waste Collected: A Bitter Reality
The national conference on urban waste resource management held in Yaoundé on 6–7 May 2025 had already raised the alarm. Its final roadmap acknowledged that the proceeds of the excise duty “are not effectively made available to the communes” and that payments to collection companies remain irregular.
As a result, the waste collection rate is estimated at less than 50 % in Yaoundé, compared with 65 % in Douala. Funding for the sector still relies 85 % on the State and only 15 % on the CTDs. Most resources go to collection, while pre-collection, treatment infrastructure and waste recovery projects remain underfunded. The lack of a reliable statistical system on waste volumes and categories further complicates financial planning and contract cost control.
A Special Account Recommended… Still Pending
To resolve the deadlock, the May 2025 conference recommended the creation of a special allocation account to ring-fence the proceeds of the excise duty and State subsidies, ensuring regular payments to operators. A working group bringing together the Ministries of Finance, Housing, Decentralisation and Economy, Feicom and mayors’ representatives was to be set up within three months to propose a reform based on the polluter-pays principle.
More than a year later, Mayor Luc Messi Atangana’s letter of 7 August 2026 shows that the problems identified in May 2025 remain unresolved. Waste continues to pile up, collection companies struggle to get paid, and the people of Yaoundé live with the consequences every day.
The ball is now in the Finance Ministry’s court. Yaoundé is waiting for its 8.2 billion. And Yaoundé residents are waiting for cleaner streets.
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Mouahna Divine