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Camwater et Socadel : 921 milliards de FCFA mobilisés ou recherchés pour sauver l’eau et l’électricité au Cameroun

Camwater mise sur 3 000 compteurs intelligents à 721,76 millions FCFA, tandis que Socadel recherche 200 milliards pour sa trésorerie et ses dettes.

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Camwater et Socadel : 921,7 milliards de FCFA en jeu pour moderniser l’eau et sécuriser l’électricité au Cameroun


Camwater commande 3 000 compteurs intelligents pour 721,76 millions de FCFA, tandis que la Socadel cherche à mobiliser 200 milliards de FCFA auprès des banques locales. Deux opérations qui placent la trésorerie, le recouvrement et la performance des services publics au cœur des enjeux du secteur eau-électricité.


Le Cameroun accélère-t-il enfin la transformation financière de ses services publics de l’eau et de l’électricité ? Deux opérations annoncées à quelques jours d’intervalle dessinent en tout cas une même priorité : améliorer la performance opérationnelle tout en renforçant la capacité financière des entreprises publiques.


D’un côté, la Cameroon Water Utilities Corporation (Camwater) a attribué un marché de 721,76 millions de FCFA TTC à la société chinoise Hangzhou Laison Technology Company Limited pour la fourniture, l’installation et la mise en service de 3 000 compteurs d’eau intelligents. De l’autre, la Société camerounaise d’électricité (Socadel) a engagé une opération bancaire de 200 milliards de FCFA destinée à renforcer sa trésorerie et à restructurer une partie de ses dettes.


Deux dossiers différents, mais un même défi : transformer les investissements et les financements en amélioration concrète des services.


Camwater mise sur 3 000 compteurs intelligents


La décision d’attribution du marché Camwater a été signée le 17 août 2026 par le directeur général de l’entreprise publique, Blaise Moussa, avant sa publication le 26 août par l’Agence de régulation des marchés publics (ARMP).


Le marché attribué à Laison ne porte pas uniquement sur les compteurs. Il comprend également les équipements de communication, une plateforme informatique avec serveurs et logiciels, dix terminaux portatifs, une interface avec les moyens de paiement, les essais du système ainsi que la formation des agents de Camwater.


Les sites pilotes identifiés dans le dossier d’appel d’offres sont Bonabéri, à Douala, et Odza, à Yaoundé. Les documents disponibles ne précisent toutefois pas la répartition exacte des 3 000 appareils entre les deux zones.


Un marché inférieur de 27,8 % aux prévisions


L’offre de Hangzhou Laison Technology Company Limited s’élève à 721,76 millions de FCFA, contre un coût prévisionnel d’un milliard de FCFA établi par Camwater.


L’écart atteint donc 278,24 millions de FCFA, soit environ 27,8 % de moins que l’estimation initiale.


Rapporté simplement aux 3 000 compteurs, le montant correspond à environ 240 588 FCFA par appareil. Mais ce chiffre ne peut pas être considéré comme un véritable prix unitaire : le contrat englobe aussi la plateforme informatique, les équipements de communication, l'installation, les essais et le transfert de compétences.


Autrement dit, l’enjeu dépasse largement l’achat de compteurs.


Un programme qui vise 40 000 compteurs


Les 3 000 compteurs constituent une première étape d’un programme beaucoup plus vaste.


Ils représentent 7,5 % des 40 000 compteurs que le programme IMPACT – Improving Performance, Accountability and Transparency prévoit de déployer auprès des clients commerciaux actifs de Camwater à Douala et Yaoundé.


Dans une évaluation publiée en février 2025, la Banque mondiale estimait entre 6 et 10 millions de dollars le coût d’acquisition et de déploiement des 40 000 compteurs.


L'institution projetait également au moins 2 millions de dollars de recettes supplémentaires par an, avec un taux de rentabilité interne compris entre 14 % et 30 %.


Ces chiffres doivent cependant être lus avec prudence : il s’agit de projections établies avant le déploiement, et non de performances déjà réalisées.


À l’horizon 2028, le programme vise une augmentation de 1,2 milliard de FCFA des recettes annuelles encaissées, en valeur réelle, dans les zones équipées. Le calcul doit reposer sur les paiements effectivement reçus des clients équipés, comparés à ceux de l’année précédente et corrigés de l’inflation.


Le recouvrement au cœur du problème


La technologie des compteurs intelligents répond à une difficulté structurelle du secteur.


Selon le diagnostic du programme IMPACT, basé principalement sur des données de 2022, Camwater enregistrait alors environ 35 milliards de FCFA de revenus, tandis que l’eau non facturée représentait près de 40 %.


La Banque mondiale évaluait à environ 26 milliards de FCFA par an les pertes de recettes associées et situait le taux moyen de recouvrement à 63 %, contre une référence sectorielle de 95 % citée dans le document.


La situation financière de Camwater reste également sous pression : ses derniers comptes publiés font apparaître une perte nette après impôts de 2,21 milliards de FCFA en 2024, contre 3,16 milliards en 2023.


Mais le passage au compteur intelligent ne garantit pas automatiquement une hausse des recettes. Il faudra démontrer que les appareils sont effectivement installés, fonctionnels, connectés aux systèmes commerciaux et aux moyens de paiement, et qu’ils génèrent effectivement davantage d’encaissements.


Une première expérience existe déjà à Bonabéri


Laison affirme avoir installé environ 1 500 compteurs prépayés utilisant la technologie LoRa à Bonabéri en 2021. Selon l’étude de cas publiée par le fournisseur, la solution avait été connectée à GESCOM, le logiciel de gestion commerciale de Camwater.


L’entreprise chinoise évoquait alors une possibilité d’extension d’environ 20 000 compteurs par an et un besoin potentiel de 600 000 unités. Ces chiffres provenaient toutefois de Laison et ne constituaient pas des engagements contractuels de Camwater.


Les sources publiques disponibles ne permettent pas, à ce stade, d'établir un bilan fiable du premier pilote concernant son fonctionnement, les recettes encaissées ou l'évolution du recouvrement.


Le nouveau marché ne précise pas non plus si les 3 000 compteurs doivent compléter, remplacer ou relancer le précédent dispositif.


Une contradiction sur le délai d’exécution


Le contrat prévoit un délai d’exécution de 180 jours à compter de la notification de l’ordre de service. Une autre rubrique de l’avis d’appel d’offres publié par l’ARMP mentionne cependant 200 jours.


Cette différence devra être clarifiée dans le cadre contractuel définitif.


En outre, aucune date publique de notification de l’ordre de service n’étant disponible, il est encore impossible de fixer une date ferme de livraison et de mise en service des équipements.


Autrement dit, l’attribution du marché n’est pas encore synonyme de livraison.


Socadel cherche 200 milliards de FCFA pour respirer


Sur le front de l’électricité, la Socadel a franchi une nouvelle étape dans sa stratégie de financement.


Le 31 août 2026 à Yaoundé, l’entreprise publique a signé avec General Bank of Cameroon (GBC), Afriland First Bank et BGFIBank Cameroun un mandat portant sur la structuration et la syndication de deux lignes de crédit pour un montant cible cumulé de 200 milliards de FCFA.


GBC intervient comme arrangeur et chef de file, tandis qu’Afriland First Bank et BGFIBank Cameroun sont co-arrangeurs.


Mais attention : les 200 milliards de FCFA ne sont pas encore disponibles. La signature du mandat ouvre la phase de structuration et de syndication. La mobilisation effective des fonds reste soumise aux autorisations de crédit, à la finalisation des documents contractuels et aux conditions usuelles de financement.


50 milliards pour la trésorerie, 150 milliards pour les dettes


Le montage prévoit deux instruments.


Le premier est un crédit renouvelable de 50 milliards de FCFA, destiné aux besoins courants de trésorerie et à la constitution d’une réserve de liquidité opérationnelle.


Le second est un crédit de moyen terme de 150 milliards de FCFA destiné au refinancement de dettes bancaires et fournisseurs existantes.


L’objectif est notamment de remplacer une partie des engagements à court terme par des financements de plus longue durée afin de réduire la pression immédiate exercée sur la trésorerie de l’entreprise.


L’enveloppe recherchée atteint désormais 260 milliards


Cette nouvelle opération porte à 260 milliards de FCFA le montant cumulé des financements que Socadel cherche à structurer et à mobiliser auprès des banques locales.


Un premier mandat de 60 milliards de FCFA avait été confié le 1er juillet 2026 à General Bank of Cameroon.


Cette première enveloppe est destinée aux investissements prioritaires dans les infrastructures de production, de distribution et de commercialisation de l’électricité.


La différence est donc importante : les 60 milliards sont orientés vers l’investissement, tandis que les 200 milliards visent principalement la trésorerie et la restructuration des engagements financiers existants.


Le véritable enjeu : éviter que les arriérés ne paralysent la chaîne électrique


Pour Socadel, la question de la liquidité dépasse sa propre situation financière.


L’entreprise collecte l’essentiel des revenus du secteur électrique et assure leur redistribution aux différents acteurs. Lorsque sa trésorerie est sous tension, les retards de paiement peuvent se propager aux producteurs d’électricité, à la Société nationale de transport de l’électricité (Sonatrel) et aux fournisseurs.


Le plan de financement présenté par Socadel vise ainsi à stabiliser la trésorerie, améliorer la régularité des règlements et créer les conditions nécessaires à la poursuite des investissements.


Le directeur général Oumarou Hamandjoda résume l’enjeu en affirmant que la liquidité doit permettre à l’entreprise de mieux respecter ses échéances, de sécuriser ses opérations et de contribuer à une fourniture d’électricité plus fiable aux ménages et aux entreprises.


Eau et électricité : deux batailles financières, un même impératif


Les dossiers Camwater et Socadel racontent finalement une même histoire : celle d’entreprises publiques qui doivent améliorer simultanément leurs recettes, leur trésorerie, leur recouvrement et leur capacité d’investissement.


Chez Camwater, la bataille passe par la digitalisation du comptage et la réduction des pertes de recettes.


Chez Socadel, elle passe par la mobilisation de financements bancaires et la restructuration de la dette.


Mais dans les deux cas, les annonces financières ne constituent que le début du processus.


Pour Camwater, les véritables indicateurs seront le nombre de compteurs effectivement installés et opérationnels, leur intégration à GESCOM et aux moyens de paiement, puis les recettes supplémentaires réellement encaissées.


Pour Socadel, le test sera tout aussi concret : obtention effective des crédits, amélioration de la trésorerie, régularité des paiements aux différents acteurs et capacité à maintenir les investissements.


Au Cameroun, le véritable défi n’est donc plus seulement de mobiliser des milliards. Il est désormais de transformer ces milliards en eau mieux facturée, en électricité plus fiable et, surtout, en services publics financièrement plus solides.




Camwater and Socadel: CFAF 921.7 billion at the heart of Cameroon’s water and power sector overhaul


Camwater awards a CFAF 721.76m smart-meter contract, while Socadel seeks CFAF 200bn to strengthen liquidity and restructure debt in Cameroon’s power sector.


Camwater has awarded a CFAF 721.76 million contract for 3,000 smart water meters, while Socadel is seeking CFAF 200 billion from local banks to strengthen its cash position and restructure part of its debt. Both operations highlight the financial challenges facing Cameroon’s public utilities.


Cameroon’s public water and electricity sectors are entering a new phase in which digitalisation, cash management and financial restructuring are becoming increasingly important.


On the water side, the Cameroon Water Utilities Corporation (Camwater) has awarded Chinese company Hangzhou Laison Technology Company Limited a CFAF 721.76 million VAT-inclusive contract to supply, install and commission 3,000 smart water meters.


On the electricity side, the Société camerounaise d’électricité (Socadel) has signed a mandate with three local banks to structure and syndicate CFAF 200 billion in financing, mainly for working capital and debt refinancing.


The two transactions are different in nature, but they address a common challenge: improving the financial and operational performance of essential public services.


Camwater turns to smart metering


The Camwater contract was signed on 17 August 2026 by the company’s Director General, Blaise Moussa, and published on 26 August by Cameroon’s Public Procurement Regulatory Agency (ARMP).


The contract covers much more than the 3,000 meters themselves. It also includes communication equipment, an IT platform with servers and software, ten handheld terminals, an interface with payment systems, system testing and staff training.


The tender documents identify Bonabéri in Douala and Odza in Yaoundé as pilot sites, although they do not specify how the 3,000 devices will be distributed between the two locations.


The winning bid was 27.8% below estimates


Laison’s bid amounted to CFAF 721.76 million, compared with Camwater’s estimated contract value of CFAF 1 billion.


That represents a saving of CFAF 278.24 million, or approximately 27.8%.


Dividing the total contract value by 3,000 meters gives an arithmetic equivalent of roughly CFAF 240,588 per meter. However, this should not be interpreted as the actual unit price because the contract also covers the IT platform, communication equipment, installation, testing and technology transfer.


The wider target is 40,000 smart meters


The 3,000 meters represent only 7.5% of the 40,000 devices targeted under the IMPACT – Improving Performance, Accountability and Transparency programme for active commercial Camwater customers in Douala and Yaoundé.


In an assessment published in February 2025, the World Bank estimated the acquisition and deployment cost of the 40,000 meters at between US$6 million and US$10 million.


The institution also projected at least US$2 million in additional annual revenue, with an estimated internal rate of return between 14% and 30%.


These figures are important, but they remain pre-deployment projections rather than observed results.


By 2028, the programme aims to increase annual cash collections in equipped areas by CFAF 1.2 billion in real terms.


Revenue collection remains the key challenge


The smart-metering programme is designed against a difficult financial backdrop.


According to the IMPACT programme’s diagnostic, which relies mainly on 2022 data, Camwater generated approximately CFAF 35 billion in revenue, while non-revenue water stood at nearly 40%.


The World Bank estimated the associated annual revenue losses at around CFAF 26 billion, while the average collection rate was estimated at 63%, compared with a 95% sector benchmark cited in the document.


Camwater’s latest published accounts also showed a CFAF 2.21 billion net loss after tax in 2024, compared with CFAF 3.16 billion in 2023.


The success of the new programme will therefore depend not simply on installing meters, but on ensuring that they work, connect with Camwater’s commercial management systems and payment channels, and ultimately generate higher actual collections.


Socadel seeks CFAF 200 billion


Meanwhile, Cameroon’s electricity sector is facing its own financial challenge.


On 31 August 2026 in Yaoundé, Socadel signed a mandate with General Bank of Cameroon (GBC), Afriland First Bank and BGFIBank Cameroon to structure and syndicate two credit facilities worth a targeted CFAF 200 billion.


GBC is acting as arranger and lead manager, while Afriland First Bank and BGFIBank Cameroon are co-arrangers.


However, the CFAF 200 billion is not yet available. The signing of the mandate only opens the structuring and syndication process. Actual financing remains subject to credit approvals, final contractual documentation and customary conditions.


CFAF 50 billion for liquidity, CFAF 150 billion for debt refinancing


The proposed financing has two components.


The first is a CFAF 50 billion revolving credit facility designed to meet day-to-day cash requirements and create an operational liquidity reserve.


The second is a CFAF 150 billion medium-term facility intended to refinance existing bank and supplier liabilities.


The objective is to replace part of Socadel’s short-term obligations with longer-term financing, thereby easing immediate pressure on its cash position.


Socadel’s targeted financing now reaches CFAF 260 billion


The new mandate brings the total amount of financing Socadel is seeking to structure and raise from local banks to CFAF 260 billion.


On 1 July 2026, the company had already appointed General Bank of Cameroon to arrange CFAF 60 billion in financing.


That first facility is intended to support priority investments in electricity generation, distribution and commercial infrastructure.


The distinction is therefore important: the CFAF 60 billion targets investment, while the CFAF 200 billion operation is primarily designed to strengthen liquidity and restructure existing financial obligations.


The real test will be execution


For both companies, the announcements are only the starting point.


For Camwater, performance will ultimately be measured through the number of smart meters actually installed and operational, their integration into GESCOM and payment systems, and the additional revenue effectively collected.


For Socadel, the key indicators will be whether the financing is actually secured, whether liquidity improves, whether payments to electricity producers, Sonatrel and suppliers become more regular, and whether investment can continue.


Cameroon’s challenge is therefore no longer simply to announce or structure billions of CFA francs. The real challenge is to turn those resources into better water revenue collection, more reliable electricity and financially stronger public utilities.


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Didier Cebas K.

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