Washington prépare l’étau : sanctions secondaires et blocus pour étouffer l’Iran
Le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, ne va pas y aller de main morte. Lors de la prochaine réunion des ministres des Finances du G20 (31 août-1er septembre), il compte parler franchement à ses homologues : renforcer la pression économique sur l’Iran et brandir des sanctions secondaires contre tout pays qui continue de commercer avec Téhéran. Un responsable du département du Trésor l’a confirmé à Reuters.
« Je m’attends à ce que cette question soit abordée lors de chaque réunion bilatérale que le secrétaire Bessent tiendra avec nos homologues du G20 dans les prochains jours. C’est un aspect crucial de notre campagne économique contre l’Iran », a-t-il martelé.
Le 24 août déjà, Bessent avait annoncé la couleur : Washington veut durcir sérieusement les sanctions unilatérales pour couper net les sources de revenus de la République islamique. Et il a prévenu : ceux qui refusent de suivre risquent de perdre l’accès au dollar. Pourtant, pour l’instant, les Américains temporisent. « On ne veut pas faire exploser le système financier mondial », a-t-il avoué.
Pendant ce temps, au détroit d’Ormuz, la situation reste explosive. Six mois après le début de l’opération militaire américano-israélienne contre l’Iran (lancée le 28 février), le secrétaire général de l’Organisation maritime internationale (OMI), Arsenio Dominguez, dresse un bilan sombre : au moins 70 attaques contre des navires, 19 marins tués. Environ 400 navires et 6 000 marins restent bloqués, incapables de quitter la zone en sécurité. Dominguez appelle la communauté internationale à agir pour rétablir la liberté de navigation dans ce passage critique par où transite un cinquième du pétrole mondial.
Les États-Unis ne baissent pas la garde. L’amiral Brad Cooper, chef du Centcom, a annoncé que 50 000 militaires américains sont déployés au Moyen-Orient. Depuis la mi-juillet, le blocus maritime de l’Iran est assuré par des milliers de soldats, plus de 20 navires de guerre et des centaines d’avions. Résultat : selon Cooper, l’Iran n’a plus exporté de pétrole depuis ses côtes. En revanche, les forces américaines ont protégé environ 1 500 navires marchands qui ont transporté 750 millions de barils de pétrole vers les marchés mondiaux.
Bonne nouvelle relative pour le marché : d’après Bloomberg et les analystes de Goldman Sachs, les exportations via le golfe Persique ont retrouvé les deux tiers de leur niveau d’avant-guerre, soit 15 à 16 millions de barils par jour. Mais il faudrait encore 6 à 8 millions de bpj supplémentaires pour revenir à la normale.
Du côté iranien, le ministère des Affaires étrangères ne digère rien. Dans un communiqué ferme, Téhéran appelle tous les pays indépendants à refuser purement et simplement les sanctions américaines, qualifiées d’illégales et contraires à la Charte de l’ONU. Participer à cette « guerre économique », c’est selon eux imposer la volonté d’un seul État aux autres.
Donald Trump, de son côté, a tranché. L’administration américaine n’a plus l’intention de revenir au mémorandum d’entente signé en juin (et déjà violé selon Washington en juillet). « Nous ne voulons pas parler avec eux. Nous ne cherchons pas de réunion », a déclaré le président américain, tout en soulignant que le détroit d’Ormuz est ouvert et que « des millions et des millions de barils » y passent.
Les pays arabes, eux, croisent les doigts pour un retour de la diplomatie. Ils craignent qu’une pression économique trop forte ne pousse Téhéran à répondre militairement.
Le sommet des dirigeants du G20 se tiendra à Miami les 14 et 15 décembre. D’ici là, la bataille économique va s’intensifier. L’Iran est dans le viseur. Et Washington veut que le monde entier le sache.
Washington tightens the noose: secondary sanctions and blockade to choke Iran
US Treasury Secretary Scott Bessent is preparing to escalate the economic war against Iran at the upcoming G20 finance ministers’ meeting (August 31–September 1). He plans to push for stronger pressure and secondary sanctions on any country still trading with Tehran, a US Treasury official told Reuters.
“I expect this issue to be raised in every bilateral meeting Secretary Bessent holds with our G20 counterparts in the coming days. This is a crucial part of our economic campaign against Iran,” the official said.
On August 24, Bessent had already announced plans to significantly tighten unilateral sanctions to completely cut off Tehran’s revenue streams. The US is ready to impose secondary sanctions and even threaten access to the dollar for non-compliant countries. For now, however, Washington is holding back, hoping to avoid “blowing up the global financial system.”
In the Strait of Hormuz, the situation remains unresolved six months after the US-Israeli military operation against Iran began on February 28. IMO Secretary-General Arsenio Dominguez reported at least 70 attacks on vessels and 19 sailors killed. Up to 400 ships with around 6,000 crew members are still unable to leave the region safely. Dominguez called on the international community to work with the IMO and the UN system to restore freedom of navigation.
US Central Command chief Admiral Brad Cooper confirmed that 50,000 American troops are deployed in the Middle East. Since the maritime blockade of Iran resumed in mid-July, it has been enforced by thousands of personnel, more than 20 warships and hundreds of aircraft. According to Cooper, Iran has not exported oil from its coasts since then. US forces have helped approximately 1,500 commercial vessels transit the strait, carrying about 750 million barrels of oil to global markets.
Bloomberg, citing Goldman Sachs analysts, reported that oil exports through the Persian Gulf have recovered to two-thirds of pre-war levels — 15 to 16 million barrels per day. A full recovery would require an additional 6 to 8 million bpd in traffic.
Iran’s Foreign Ministry has called on all independent countries to reject US sanctions entirely, describing them as illegal and in violation of the UN Charter. Participating in this “economic war,” Tehran says, would mean accepting the illegal imposition of one state’s will on others.
President Donald Trump has made clear that his administration has no interest in returning to the June memorandum of understanding. “We don’t want to talk to them. We’re not looking for a meeting,” he said, while noting that the Strait of Hormuz is open and “millions and millions of barrels” are passing through.
Arab countries hope for a return to diplomacy, fearing Iran could respond militarily to the intensifying economic pressure.
The G20 leaders’ summit is scheduled for December 14–15 in Miami. Until then, the economic squeeze is only expected to tighten.
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Moussa Nassourou