Afrophobie en Afrique du Sud : Le Nigeria retire ses ressortissants et saisit l'Union africaine
La tension monte d'un cran entre les géants africains. Alors que les violences contre les migrants étrangers se multiplient en Afrique du Sud, le Nigeria a officiellement lancé une vaste opération de rapatriement de ses ressortissants. Plus de 2 000 Nigérians ont déjà regagné leur pays ces derniers mois, et Abuja ne compte pas en rester là, appelant l'Union africaine à sortir de son silence.
Un exode forcé sous le signe de la peur
C'est une situation de crise qui secoue actuellement l'Afrique australe. Au moins 67 Nigérians ont quitté l'Afrique du Sud ce week-end, portant à plus de 2 000 le nombre de rapatriés depuis juin dernier, selon des sources concordantes . Le gouvernement nigérian, par la voix de son ministère des Affaires étrangères, a qualifié ces violences d'« inacceptables » et a promis de poursuivre la voie diplomatique avec Pretoria pour garantir la sécurité de ses citoyens .
Mais derrière cette annonce officielle, c'est un profond sentiment d'abandon et de colère qui prédomine. De simples commerçants à des professionnels qualifiés, les Nigérians sont régulièrement pris pour cibles par des groupes de manifestants. À l'origine de cette vague de haine, un narratif toxique : les étrangers sont accusés de voler les emplois des Sud-Africains et de profiter illégalement des programmes sociaux. Ces accusations surviennent dans un contexte de chômage endémique, notamment chez les jeunes, où le taux dépasse les 60% .
Des manifestations violentes et une réponse diplomatique ferme
Ces derniers mois, les régions de Pretoria, Johannesburg et Durban ont été le théâtre de pillages de magasins et d'affrontements avec la police. Un collectif nommé March and March, emmené par l'ex-animatrice radio Jacinta Ngobese-Zuma, a organisé des défilés pour réclamer le départ des migrants « illégaux », visant spécifiquement les ressortissants du Nigeria et du Ghana . L'ampleur du phénomène a poussé plusieurs nations à agir. Le Ghana, le Malawi et le Mozambique ont également organisé le retour de leurs citoyens .
Face à cette situation jugée explosive, le Nigeria ne se contente pas d'un repli stratégique. Aux côtés du Ghana, Abuja a officiellement demandé que la question de la xénophobie—ou plutôt de « l'afrophobie »—soit inscrite à l'ordre du jour du prochain sommet de l'Union africaine . « Les vies et les commerces nigérians en Afrique du Sud ne peuvent pas continuer d'être mis en péril », a martelé la ministre nigériane des Affaires étrangères, Bianca Odumegwu-Ojukwu .
Une rupture dans le leadership africain ?
Cette crise met en lumière les tensions sous-jacentes entre les deux superpuissances économiques du continent. L'Afrique du Sud, longtemps considérée comme le modèle économique et politique de la région, voit son aura se ternir. Le Nigeria, de son côté, exige des actes plutôt que des paroles. Alors que la colère gronde sur les réseaux sociaux et dans les médias nigérians, des voix s'élèvent pour réclamer des mesures concrètes contre les entreprises sud-africaines locales, bien que le gouvernement appelle à la retenue pour préserver les emplois des Nigérians salariés par ces multinationales .
Le président sud-africain, Cyril Ramaphosa, est sous pression. Bien qu'il ait condamné les violences, son silence et celui de son gouvernement sont perçus par certains comme une approbation tacite des actes xénophobes . La balle est désormais dans le camp de l'Union africaine pour tenter de désamorcer un conflit qui menace l'harmonie et la libre circulation des personnes sur le continent.
Mass Exodus: Over 2,000 Nigerians Flee South Africa Amid Xenophobic Attacks
At least 67 Nigerians have left South Africa to return home following ongoing attacks against migrants, according to Channels TV. Since June, Abuja has repatriated more than 2,000 of its nationals due to rising xenophobic violence. The Nigerian Ministry of Foreign Affairs deems the violence against foreigners "unacceptable" and intends to continue diplomatic cooperation with South African authorities to ensure the safety of Nigerians.
Anti-migrant protests are regularly held across South Africa. Activists claim foreigners are displacing locals in the job market and illegally benefiting from social programs. These demonstrations often devolve into clashes with police, looting of foreign-owned shops, and public disorder. In response, several African countries—including Nigeria, Ghana, Malawi, and Mozambique—have organized the return of their citizens. Nigeria and Ghana have called for the issue of xenophobia in South Africa to be placed on the agenda of the next African Union summit.
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Moussa Nassourou