Téhéran ne baisse pas la garde. Alors que les États-Unis multiplient les pressions militaires et économiques, l’Iran multiplie les consultations diplomatiques et brandit la carte de la résistance.
L’ambassadeur d’Iran au Turkménistan, Ali Mojtaba Rouzbehani, a déclaré aux journalistes que Téhéran mène actuellement des discussions avec plusieurs pays d’Asie centrale en vue d’un éventuel accord avec Washington. Certains de ces États se disent même prêts à apporter leur aide. Mais le diplomate n’a pas mâché ses mots : « Malheureusement, aucune démarche n’a été entreprise de la part des dirigeants américains jusqu’à présent. À cet égard, nous sommes en état d’alerte pour repousser les prochaines étapes de l’agression militaire des États-Unis. »
La trêve conclue grâce à la médiation du Qatar, du Pakistan et de la Turquie n’est toujours pas pleinement respectée. Signée sur le papier, plusieurs de ses clauses restent lettre morte côté américain, selon l’ambassadeur.
Dans la foulée, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghtchi, a adressé un message au secrétaire général des Nations unies et aux membres du Conseil de sécurité. Il y dénonce la politique de « terrorisme économique » menée par Washington contre Téhéran et rappelle « la responsabilité juridique et morale de l’ONU et de tous les gouvernements » de condamner ces « opérations illégales et criminelles ».
Donald Trump, de son côté, assume pleinement. Dans une interview à Al Jazeera, le président américain a affirmé : « Nous avons réussi au Venezuela et nous remporterons bientôt une grande victoire sur l’Iran. » Il considère la combinaison des frappes et de la « guerre économique » comme « très efficace ». Selon lui, les Iraniens « souffrent d’hyperinflation » et leur économie « s’effondre sous nos yeux ». Aucune décision n’a encore été prise sur un éventuel retour à la table des négociations. « Je ne suis pas pressé », a-t-il tranché.
Le secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, a quant à lui officialisé le durcissement des sanctions unilatérales et le lancement de l’opération « Paria économique ». Objectif : couper toutes les sources de revenus du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI). Washington menace même d’appliquer des sanctions secondaires à tout pays qui continuerait à commercer avec Téhéran, jusqu’à les priver de l’accès au dollar. Lundi, 48 personnes morales, 24 personnes physiques et six pétroliers ont déjà été inscrits sur la liste noire, touchant des acteurs d’Azerbaïdjan, de Grèce, d’Inde, de Chine, de Turquie, des Émirats et d’autres pays.
Sur le terrain maritime, la tension monte d’un cran. L’Iran a arrêté le pétrolier indien *Haana* qui tentait d’emprunter le corridor sud du détroit d’Ormuz (corridor d’Oman). Aucune raison officielle n’a été communiquée. Des sources iraniennes de contrôle maritime indiquent qu’aucun déplacement n’a été observé sur cette route au cours des dernières 24 heures. Mardi, seuls cinq navires ont franchi le détroit, selon Kpler repris par Reuters : deux transportant du GPL, un chargé de bitume et deux à lège.
L’ambassadeur Rouzbehani a également révélé que les États-Unis exercent une forte pression sur Oman, empêchant pour l’instant la signature d’un accord avec l’Iran sur la gestion du détroit. « Nous nous sommes rapprochés de bons résultats, mais la signature est reportée », a-t-il regretté. Le porte-parole du CGRI, Hossein Mohebbi, a confirmé que des accords avaient été conclus sur le partage des revenus du trafic maritime et que le détroit appartient à la fois à l’Iran et à Oman. La voie navigable ne sera pleinement ouverte, a-t-il prévenu, que si Washington respecte les engagements précédemment pris.
Le New York Times met en garde : une interdiction totale du commerce avec l’Iran risquerait de déstabiliser l’économie mondiale et de provoquer une confrontation avec la Chine, principal partenaire commercial de Téhéran. « Cela ne se produira probablement pas », estime l’ancien diplomate américain Alan Eyre.
Côté international, le ministre égyptien des Affaires étrangères, Badr Abdelatty, reconnaît que les négociations sont dans l’impasse : « Il n’y a pour l’instant ni paix ni guerre. » L’Égypte continue toutefois de maintenir des contacts et plaide pour un accord global incluant le nucléaire, la levée des sanctions, l’ouverture du détroit et un cessez-le-feu.
La directrice du FMI, Kristalina Georgieva, a noté que l’économie mondiale a mieux résisté que prévu au choc énergétique lié aux perturbations dans le détroit d’Ormuz, grâce aux réserves, à la baisse de la demande et au développement des renouvelables. Mais elle a averti : « Le choc n’est pas encore surmonté. Une nouvelle hausse des prix du pétrole pourrait accélérer l’inflation. »
Pendant ce temps, l’Australie s’inquiète déjà de la baisse des stocks de missiles américains, tandis que le haut conseiller de Trump pour l’Afrique et le Moyen-Orient, Massad Boulos, multiplie les contacts avec les Émirats et le Qatar pour tenter d’apaiser les tensions régionales.
Entre consultations asiatiques, accusations de terrorisme économique, pétrolier immobilisé et menaces de sanctions secondaires, la confrontation Iran-États-Unis reste explosive. Téhéran dit être prêt. Washington assure tenir la victoire. Le monde retient son souffle.
Iran-US Standoff Escalates: Tehran on High Alert, Accuses Washington of “Economic Terrorism” as Strait of Hormuz Tensions Soar
Tehran is not backing down. As the United States ramps up military and economic pressure, Iran is intensifying diplomatic consultations and signaling firm resistance.
Iran’s ambassador to Turkmenistan, Ali Mojtaba Rouzbehani, told reporters that Tehran is currently holding talks with several Central Asian countries regarding a possible agreement with Washington. Some of these nations have expressed willingness to assist. But the diplomat was blunt: “Unfortunately, no steps have been taken by American leaders so far. In this regard, we are on alert to repel the next stages of US military aggression.”
The ceasefire mediated by Qatar, Pakistan and Turkey has still not been fully implemented. Although signed, several of its provisions remain unfulfilled by Washington, according to the ambassador.
Iranian Foreign Minister Abbas Araghtchi has sent a message to the UN Secretary-General and Security Council members denouncing the US policy of “economic terrorism” against Tehran. He stressed the “legal and moral responsibility of the UN and all governments” to condemn these “illegal and criminal operations.”
US President Donald Trump has been equally direct. In an interview with Al Jazeera he declared: “We succeeded in Venezuela and we will soon achieve a great victory over Iran.” He described the combination of strikes and economic warfare as “very effective,” claiming Iranians are suffering from hyperinflation and that their economy is “collapsing before our eyes.” No decision has yet been made on returning to negotiations. “I’m not in a hurry,” he said.
US Treasury Secretary Scott Bessent has announced a significant tightening of unilateral sanctions and the launch of the “Economic Outcast” operation aimed at cutting off all potential revenue streams funding the Islamic Revolutionary Guard Corps (IRGC). Washington has threatened secondary sanctions against any country that continues to deal with Tehran, including possible exclusion from the dollar system. On Monday, 48 legal entities, 24 individuals and six tankers were added to the sanctions list, affecting actors from Azerbaijan, Greece, India, China, Turkey, the UAE and other countries.
At sea, tensions have risen further. Iran has detained the Indian tanker *Haana*, which was attempting to use the southern corridor of the Strait of Hormuz (Oman corridor). No official reason has been given. Iranian maritime control sources reported no traffic on that route over the previous 24 hours. On Tuesday only five vessels crossed the strait, according to Kpler data cited by Reuters: two carrying LPG, one with bitumen and two in ballast.
Ambassador Rouzbehani also revealed that US pressure on Oman is currently preventing the signing of an agreement with Iran on management of the Strait. “We have come close to good results, but the signing has been postponed for now,” he said. IRGC spokesman Hossein Mohebbi confirmed that agreements had been reached on sharing maritime traffic revenues and that the Strait belongs to both Iran and Oman. The waterway will be fully opened, he warned, only if the United States respects previously concluded accords.
The New York Times has warned that a total trade ban on Iran could destabilize the global economy and risk confrontation with China, Tehran’s main trading partner. “That is unlikely to happen,” said former US diplomat Alan Eyre.
Egyptian Foreign Minister Badr Abdelatty acknowledged that negotiations are currently deadlocked: “There is neither peace nor war for now.” Egypt continues to maintain contacts and calls for a comprehensive agreement covering the nuclear programme, lifting of US sanctions, opening of the Strait of Hormuz and a ceasefire.
IMF Managing Director Kristalina Georgieva noted that the global economy has withstood the energy shock from disruptions in the Strait of Hormuz better than expected, thanks to fuel reserves, lower demand and increased renewable generation. But she cautioned: “The energy shock has not yet been overcome. A further rise in oil prices could accelerate inflation.”
Meanwhile Australia is already concerned about depleted US missile stocks, and Trump’s senior adviser for Africa and the Middle East, Massad Boulos, has held talks with UAE and Qatari officials in an effort to ease regional tensions.
Between Asian consultations, accusations of economic terrorism, a detained tanker and threats of secondary sanctions, the Iran-US confrontation remains highly volatile. Tehran says it is ready. Washington claims victory is near. The world is watching closely.
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Moussa Nassourou