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Cacao, poisson, lait : le Cameroun face à un inquiétant choc sur ses échanges extérieurs

Les exportations de cacao chutent de 34,65% tandis que les importations de poisson bondissent de 29% au Cameroun. Les chiffres qui inquiètent.

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Cacao, poisson, lait : le Cameroun face à un inquiétant choc sur ses échanges extérieurs


Le commerce extérieur camerounais présente un visage contrasté. Alors que les exportations de cacao brut se sont fortement contractées au cours de la campagne 2025-2026, les importations de produits alimentaires stratégiques, notamment le poisson et le lait en poudre, restent élevées. Une situation qui met à rude épreuve les ambitions d’import-substitution du pays.


Le cacao camerounais perd du terrain à l’export


La campagne cacaoyère 2025-2026, officiellement achevée le 15 juillet 2026, laisse derrière elle un sérieux recul des exportations camerounaises de fèves brutes.


Selon les données présentées par l’Office national du cacao et du café (ONCC) lors du lancement de la campagne 2026-2027, le Cameroun a exporté 125 469 tonnes de fèves au cours de la dernière saison. Un volume en baisse de 66 543 tonnes, soit 34,65%, par rapport aux 192 012 tonnes expédiées durant la campagne précédente.


L’ONCC n’attribue pas explicitement cette contre-performance à une cause précise. Les chiffres permettent toutefois de mettre en évidence deux facteurs majeurs : le recul de la production nationale commercialisée et l’augmentation spectaculaire des stocks de fin de campagne.


La production commercialisée est ainsi passée de 309 518 tonnes à 247 914 tonnes, soit une diminution de 61 604 tonnes (-19,9%) en une campagne.


Dans le même temps, les stocks de fin de campagne ont quasiment triplé, passant de 13 946 à 40 446 tonnes. Cela représente 26 500 tonnes supplémentaires de fèves non commercialisées en comparaison avec la saison précédente.


Telcar Cocoa reprend le fauteuil de leader


Dans ce marché en contraction, Telcar Cocoa a retrouvé sa première place parmi les exportateurs.


L’entreprise a expédié 40 631 tonnes de fèves, soit 32,4% des exportations nationales. Elle signe ainsi un spectaculaire retour au premier plan après avoir perdu son leadership lors de la campagne 2024-2025.


À cette époque, Telcar Cocoa n’avait exporté que 30 497 tonnes, correspondant à 15,7% du marché.


Derrière, Ofi Cam s’est hissé à la deuxième place avec 24 394 tonnes, soit 19,44% des volumes exportés. SBET, leader de la campagne précédente, descend au troisième rang avec 23 223 tonnes, représentant 18,5% du total.


À eux trois, ces opérateurs concentrent 70,3% des exportations camerounaises de cacao brut.


L’Europe demeure de très loin le principal débouché. Le continent a absorbé 84,62% des fèves camerounaises exportées, soit 113 528 tonnes, avec les Pays-Bas en tête. L’Asie arrive derrière avec 14%, tandis que l’Amérique et l’Afrique représentent chacune environ 1% des volumes selon les données de l’ONCC.


Le cacao rapporte beaucoup moins


Le véritable choc se situe également au niveau des recettes.


La valeur des exportations de fèves au départ du port de Douala est tombée à 400,9 milliards de FCFA durant la campagne 2025-2026, contre 1 074,6 milliards de FCFA la saison précédente. La baisse atteint environ 63%.


Cette dégringolade s'explique par la combinaison de deux phénomènes : la diminution des volumes exportés et l'effondrement des prix.


Le prix FOB du kilogramme de fèves au port de Douala, qui oscillait entre 3 808 et 7 536 FCFA en 2024-2025, est retombé entre 1 520 et 3 110 FCFA lors de la campagne suivante. Selon les données de l’ONCC, cela correspond à une chute de l’ordre de 58 à 60% des prix FOB entre les deux campagnes.


Ce retournement pourrait également bouleverser la hiérarchie des principaux produits exportés par le Cameroun.


En 2025, le cacao avait détrôné le pétrole comme premier produit d’exportation, représentant 26,3% des recettes d’exportation, contre 22,9% pour les huiles brutes de pétrole. Avec une contraction de 63% de ses revenus d’exportation sur la campagne 2025-2026, le cacao aura toutefois du mal à conserver cette position.


Pendant ce temps, le Cameroun importe davantage de poisson


Le paradoxe camerounais ne s’arrête pas au cacao.


En 2025, le pays a importé 267 601 tonnes de poissons et crustacés, contre 207 408 tonnes en 2024. La progression atteint 29%. La facture correspondante a bondi de 37,8%, pour atteindre 231,3 milliards de FCFA.


Les importations de lait en poudre ou concentré ont également progressé, passant de 16 555 à 17 880 tonnes, soit une hausse de 8%. Leur facture a toutefois légèrement diminué de 1,2%, à 32,8 milliards de FCFA.


Au total, le poisson et le lait en poudre ont mobilisé 264,1 milliards de FCFA d’importations en 2025, contre 201 milliards l’année précédente, soit une progression de 31,4%.


Pour le poisson, la pression est particulièrement forte : 267 259 tonnes correspondaient à des poissons de mer congelés, pour une facture de 230,9 milliards de FCFA. La valeur moyenne à l’importation a également progressé, passant d'environ 809 à 864 FCFA le kilogramme.


L'import-substitution reste confrontée à un déficit d'offre


Cette évolution intervient alors que le Cameroun cherche précisément à réduire sa dépendance alimentaire vis-à-vis de l'extérieur à travers le Plan intégré d’import-substitution agropastoral et halieutique (Piisah).


Le problème apparaît clairement lorsqu'on compare les volumes de production aux objectifs fixés pour 2026.


En 2025, la production nationale est estimée à 183 286 tonnes de lait et 249 083 tonnes de poisson. Ces volumes n'ont progressé que de 1,5% et 1,2% respectivement par rapport à 2024.


Or, les objectifs pour 2026 sont fixés à 351 900 tonnes de lait et 602 500 tonnes de poisson.


À ce rythme, l'écart est considérable : il manque 168 614 tonnes de lait et 353 417 tonnes de poisson pour atteindre les cibles annoncées. Cela nécessiterait une progression respective de 92% et 142% en une seule année.


Les chiffres montrent donc davantage un déficit structurel d'offre qu'un simple accident conjoncturel.


Coût des aliments, accès aux alevins et aux géniteurs, financement des exploitations, infrastructures de conservation, transport et logistique : plusieurs contraintes peuvent peser sur la capacité des filières à augmenter rapidement leurs volumes. Les seules données disponibles ne permettent toutefois pas d'établir laquelle de ces contraintes constitue le principal frein.


Le Piisah face au défi de l'exécution


Un autre indicateur mérite l'attention : le niveau d'exécution physique des projets.


En 2025, le Piisah affichait un taux d'ordonnancement de 87%, mais un taux d'exécution physique de seulement 30,18%. Pour la composante laitière, ce taux atteignait 40,56%.


La nuance est importante : un taux d'ordonnancement mesure une étape administrative de la dépense et ne signifie pas automatiquement que les fonds ont été effectivement décaissés ou que les infrastructures ont été réalisées.


Pour 2026, une enveloppe de 12,5 milliards de FCFA était annoncée, avec un taux d'ordonnancement de 76,93%, mais un taux d'exécution physique encore nul à la date de présentation du bilan pour les six organismes concernés.


Le gouvernement tente néanmoins d'accélérer le mouvement. En août 2026, le Minepia et la Banque camerounaise des PME ont annoncé une enveloppe supplémentaire de 6,5 milliards de FCFA destinée aux filières bovine, laitière et halieutique.


Un premier signal positif en 2026, mais encore trop tôt pour crier victoire


Les dernières données disponibles invitent toutefois à nuancer le tableau.


Au premier trimestre 2026, la facture des importations de poissons et crustacés a reculé de 35,5% sur un an, à 26,8 milliards de FCFA, selon le rapport de conjoncture du CNEF. Mais cette seule baisse en valeur, limitée à trois mois et sans données comparables sur les volumes importés et la production nationale, ne permet pas encore de conclure à un succès de l'import-substitution.


Le véritable test sera donc ailleurs : dans la capacité du Cameroun à augmenter durablement sa production locale, à réduire les quantités de produits alimentaires importés et surtout à transformer les financements annoncés en réalisations concrètes sur le terrain.


Entre un cacao qui exporte moins et rapporte beaucoup moins, et des filières halieutique et laitière qui peinent encore à couvrir la demande intérieure, les chiffres du commerce extérieur camerounais posent une question centrale : le pays parviendra-t-il à produire suffisamment localement pour réduire durablement sa dépendance aux marchés internationaux ?




Cocoa, Fish and Milk: Cameroon Faces a Growing Trade Imbalance


Cameroon’s foreign trade is showing a striking contrast. Cocoa exports fell sharply during the 2025-2026 season, while imports of strategic food products, particularly fish and powdered milk, remained high. The figures raise fresh questions about the country’s ability to deliver on its import-substitution strategy.


Cameroon’s cocoa exports take a major hit


The 2025-2026 cocoa season, which officially ended on July 15, 2026, closed with a significant decline in Cameroon’s exports of raw cocoa beans.


According to data presented by the National Cocoa and Coffee Board (ONCC) at the launch of the 2026-2027 season, Cameroon exported 125,469 tonnes of cocoa beans during the latest campaign.


That represents a drop of 66,543 tonnes, or 34.65%, compared with the 192,012 tonnes shipped internationally during the previous season.


The ONCC does not provide a specific explanation for the decline. However, its figures point to two major elements: lower marketed national production and a sharp increase in end-of-season stocks.


Marketed cocoa production fell from 309,518 tonnes to 247,914 tonnes, a decrease of 61,604 tonnes, or 19.9%, in one season.


At the same time, end-of-season stocks jumped from 13,946 tonnes to 40,446 tonnes, meaning that 26,500 additional tonnes of beans remained unsold compared with the previous campaign.


Telcar Cocoa returns to the top


Despite the overall contraction, Telcar Cocoa regained its position as Cameroon’s leading cocoa exporter.


The company shipped 40,631 tonnes, representing 32.4% of total national exports. Its performance marks a strong comeback after it lost the export leadership during the 2024-2025 campaign.


During that season, Telcar Cocoa exported only 30,497 tonnes, corresponding to 15.7% of the market.


Ofi Cam ranked second with 24,394 tonnes, or 19.44% of exports. SBET, which led the previous season, fell to third place with 23,223 tonnes, representing 18.5% of the total.


Together, the three companies accounted for 70.3% of Cameroon’s raw cocoa exports during the 2025-2026 campaign.


Europe remained by far the main destination, absorbing 84.62% of Cameroon’s cocoa exports, equivalent to 113,528 tonnes. The Netherlands was the leading destination. Asia followed with 14%, while America and Africa each accounted for roughly 1% of export volumes.


Cocoa export revenues collapse


The shock is even more pronounced when measured in export earnings.


The value of raw cocoa exports at the Port of Douala fell to CFAF 400.9 billion during the 2025-2026 season, compared with CFAF 1,074.6 billion during the previous campaign. The decline was approximately 63%.


The drop reflects both lower export volumes and a sharp decline in cocoa prices.


The FOB price of cocoa beans at the Port of Douala ranged between CFAF 3,808 and CFAF 7,536 per kilogram during the 2024-2025 campaign. In the following season, it fell to between CFAF 1,520 and CFAF 3,110 per kilogram. The ONCC data therefore point to a price decline of roughly 58% to 60% between the two campaigns.


The reversal could also reshape Cameroon’s export structure.


In 2025, cocoa overtook crude petroleum as the country’s leading export product, accounting for 26.3% of export revenues, compared with 22.9% for crude petroleum oils. Given the 63% decline in cocoa export earnings during the 2025-2026 season, maintaining that position for a second consecutive year will be difficult.


Meanwhile, fish imports are rising


The contrast becomes even clearer when looking at food imports.


In 2025, Cameroon imported 267,601 tonnes of fish and crustaceans, compared with 207,408 tonnes a year earlier. This represents a 29% increase.


The corresponding import bill rose by 37.8% to CFAF 231.3 billion.


Imports of powdered or concentrated milk also increased, from 16,555 to 17,880 tonnes, an 8% rise. However, their total cost fell by 1.2% to CFAF 32.8 billion.


Together, these two categories absorbed CFAF 264.1 billion in 2025, compared with CFAF 201 billion in 2024, representing a 31.4% increase.


Fish imports were overwhelmingly made up of frozen marine fish: 267,259 tonnes, worth CFAF 230.9 billion. The average import value also increased, from approximately CFAF 809 to CFAF 864 per kilogram.


Import substitution faces a supply problem


The trend is particularly significant because Cameroon is implementing the Integrated Agropastoral and Fisheries Import-Substitution Plan (Piisah), designed to increase domestic supply and reduce dependence on foreign products.


Yet the gap between current production and the country’s targets remains substantial.


In 2025, national production was estimated at 183,286 tonnes of milk and 249,083 tonnes of fish, representing only 1.5% and 1.2% growth respectively from 2024.


For 2026, the targets stand at 351,900 tonnes of milk and 602,500 tonnes of fish.


This leaves a shortfall of 168,614 tonnes of milk and 353,417 tonnes of fish. Reaching the targets within a single year would require production increases of 92% and 142% respectively.


These figures highlight a structural domestic supply deficit.


Several factors may contribute, including feed costs, access to fingerlings and breeding stock, financing, storage infrastructure and logistics. However, the available figures alone do not establish which constraint is the main bottleneck.


Implementation remains the key challenge


The execution of the Piisah is another major point of concern.


In 2025, the programme reportedly recorded an 87% commitment rate, but physical implementation stood at only 30.18%. The dairy component reached 40.56%.


These indicators must be interpreted carefully. Administrative commitment of expenditure does not automatically mean that funds have been fully disbursed or that projects have been completed on the ground.


For 2026, the programme had an allocation of CFAF 12.5 billion, with a reported commitment rate of 76.93%, while physical implementation remained at zero at the time of the assessment for the six organisations concerned.


The government is nevertheless attempting to accelerate investment. In August 2026, the Ministry of Livestock, Fisheries and Animal Industries and the Cameroon SME Bank announced an additional CFAF 6.5 billion package for the cattle, dairy and fisheries sectors.


A first positive signal in 2026, but no victory yet


The latest data provide a more nuanced picture.


During the first quarter of 2026, Cameroon’s fish and crustacean import bill fell by 35.5% year-on-year to CFAF 26.8 billion, according to the CNEF economic outlook report.


However, a three-month decline in import value, without comparable data on import volumes and domestic production, is not enough to conclude that import substitution is succeeding.


The real test will be whether Cameroon can sustainably increase domestic production, reduce imported food volumes and, above all, turn announced funding into concrete projects and additional output.


For now, the trade figures tell a clear story: Cameroon is exporting less cocoa at much lower earnings while still relying heavily on imported fish and powdered milk. The challenge is no longer simply to announce import-substitution programmes, but to deliver enough local production to change the country’s trade balance.


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Mouahna Divine

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