Publicité

PAPSS : le Cameroun peut enfin payer le Ghana ou le Nigeria en francs CFA… mais les banques doivent encore bouger

Le ministre du Commerce appelle les opérateurs à s’approprier PAPSS. Avec la BEAC à bord, les paiements africains en CFA deviennent possibles sans dollar ni euro. Mais les banques camerounaises sont-elles prêtes ? Décryptage exclusif.

Publicité

PAPSS : le Cameroun peut enfin payer le Ghana ou le Nigeria en francs CFA… mais les banques doivent encore bouger


Yaoundé, 26 août 2026 – Dans un communiqué daté du 21 août, le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, a sonné le clairon. Il invite clairement les opérateurs économiques et les acteurs institutionnels à s’approprier le Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS). L’objectif est simple, presque révolutionnaire pour un commerçant de Douala ou un exportateur de Bafoussam : régler un partenaire africain en francs CFA, pendant que le bénéficiaire reçoit l’argent dans sa propre monnaie. Sans passer par le dollar américain, ni par l’euro. PAPSS promet un traitement en quelques secondes et un règlement net coordonné en fin de journée avec les banques centrales participantes.


Sur le papier, c’est une libération. Dans la pratique, ce n’est pas encore le grand soir.


L’adhésion de la BEAC ne suffit pas


Le 9 juillet 2026, la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) a rejoint le dispositif. C’est le préalable monétaire et réglementaire indispensable. Mais cela n’ouvre pas automatiquement le service à tous les clients de la zone CEMAC. Les banques commerciales, les fintechs et les prestataires de paiement doivent encore se connecter techniquement à la plateforme et déployer les canaux d’initiation des opérations. Le gouverneur Yvon Sana Bangui l’a dit sans détour : les banques doivent « préparer leur participation à la plateforme » pour rendre les paiements transfrontaliers « plus rapides, plus abordables et plus efficaces ».


Cette distinction est capitale. PAPSS revendique, après l’arrivée de la BEAC, une couverture de 28 pays, plus de 190 banques commerciales et fintechs, et 16 commutateurs de paiement. Plus de 250 autres institutions seraient atteignables via des partenaires. Mais ces chiffres de couverture ne signifient pas que tous ces établissements émettent déjà des paiements dans les deux sens.


Dans sa cartographie de juin 2026 (la plus récente avant l’adhésion de la BEAC), PAPSS classait encore le Cameroun dans le « réseau étendu », uniquement pour la réception de fonds, via une banque et un portefeuille mobile non identifiés. Le pays ne figurait pas parmi les marchés disposant de participants directs capables d’émettre et de recevoir. Au 24 août 2026, aucune liste publique plus récente ne précise quelles banques camerounaises sont effectivement opérationnelles, quels corridors sont ouverts, ni quels tarifs et plafonds s’appliquent. Or, ce sont précisément ces informations qui décideront si les entreprises camerounaises utiliseront réellement le système.


Un goulot d’étranglement estimé à 5 milliards de dollars


L’enjeu dépasse largement le simple délai de règlement. Aujourd’hui, un paiement entre deux pays africains passe encore trop souvent par une devise forte et des correspondants bancaires hors du continent. PAPSS estime que cette fragmentation coûte environ 5 milliards de dollars par an en frais, délais et coûts d’opportunité. Soit, au cours indicatif de la BEAC du 24 août 2026, un ordre de grandeur proche de 2 800 milliards de FCFA. Cette estimation est continentale. Elle ne mesure ni les économies concrètes attendues pour le Cameroun, ni les tarifs que factureront demain les banques locales.


Pour une entreprise camerounaise qui achète au Ghana, au Kenya ou au Nigeria, la promesse est claire : payer en francs CFA depuis sa banque, avec conversion et règlement à l’intérieur du réseau africain. Moins d’intermédiaires, délais raccourcis, recours réduit aux devises tierces. Attention toutefois : PAPSS ne supprime ni les contrôles de conformité bancaire, ni les justificatifs commerciaux, ni les obligations de la réglementation des changes de la CEMAC.


Un outil utile, mais pas magique pour la Zlecaf


Le Cameroun dispose d’une avance relative en Afrique centrale. Dans une note publiée le 30 juillet 2026, la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA) le présente comme le seul pays de la sous-région ayant déjà commercé aux conditions préférentielles de la Zlecaf, dans le cadre de l’Initiative de commerce guidé. Le premier certificat d’origine camerounais avait été délivré le 6 octobre 2022 au GIC Afatex pour une cargaison de safous séchés, d’ananas séchés et de thé au gingembre destinée au Ghana.


Cette avance reste difficile à quantifier. Ni le communiqué du ministère du Commerce ni les sources publiques consultées ne fournissent un bilan consolidé récent : nombre d’entreprises utilisatrices, valeur des marchandises échangées ou droits de douane économisés. La CEA insiste : l’essor des échanges exige une chaîne complète – offres tarifaires, règles d’origine, procédures douanières, normes de qualité, information des entreprises, logistique, financement et traitement des barrières non tarifaires.


PAPSS peut lever l’un des freins majeurs – celui du paiement – une fois les banques de la CEMAC réellement raccordées. Mais son impact dépendra de la publication d’un calendrier précis, de la liste des participants, des coûts facturés et des corridors accessibles. Sans ces éléments concrets, l’appel du gouvernement à s’approprier le système reste une préparation utile… mais encore incomplète. Face à un marché continental d’environ 1,4 milliard de personnes, le Cameroun ne peut se contenter d’intentions. Il lui faut des banques connectées, des tarifs clairs et des entreprises qui s’emparent réellement de l’outil.


Le train PAPSS est en gare. Reste à savoir si les banques camerounaises vont monter à bord à temps.




PAPSS: Cameroon can finally pay Ghana or Nigeria in CFA francs… but banks still need to move


Yaoundé, 26 August 2026 – In a statement dated 21 August, Cameroon’s Minister of Trade, Luc Magloire Mbarga Atangana, issued a clear call. He urged economic operators and institutional actors to take ownership of the Pan-African Payment and Settlement System (PAPSS). The promise is almost revolutionary for a trader in Douala or an exporter in Bafoussam: settle an African partner in CFA francs while the beneficiary receives the funds in their own currency. No need to go through the US dollar or the euro. PAPSS claims payments can be processed in seconds, with net settlement coordinated at the end of the day with participating central banks.


On paper, it is a breakthrough. In practice, it is not yet fully operational.


BEAC’s membership is not enough


On 9 July 2026, the Bank of Central African States (BEAC) joined the system. This is the essential monetary and regulatory prerequisite. But it does not automatically open the service to all CEMAC clients. Commercial banks, fintechs and payment providers still need to connect technically to the platform and deploy the channels for initiating transactions. Governor Yvon Sana Bangui has explicitly called on them to “prepare their participation in the platform” so that cross-border payments become “faster, more affordable and more efficient”.


This distinction matters. After BEAC’s arrival, PAPSS claims coverage of 28 countries, more than 190 commercial banks and fintechs, and 16 payment switches. Over 250 additional institutions can reportedly be reached through partners. These coverage figures do not mean that all these institutions already issue payments in both directions.


In its June 2026 mapping (the most recent made public before BEAC’s accession), PAPSS still classified Cameroon in its extended network, solely for receiving funds via an unidentified bank and mobile wallet. The country was not listed among markets with direct participants able to both send and receive. As of 24 August 2026, no more recent public list specifies which Cameroonian banks are actually operational, which corridors are open, or what fees and limits apply. Yet these are precisely the details that will determine real uptake by businesses.


A bottleneck estimated at $5 billion


The economic stakes go far beyond settlement times. Payments between two African countries still frequently transit through a hard currency and correspondent banks outside the continent. PAPSS estimates that this fragmentation absorbs about $5 billion a year in fees, delays and opportunity costs – roughly 2,800 billion CFA francs at the BEAC indicative rate of 24 August 2026. This is a continental, institutional estimate. It does not measure expected savings for Cameroon or the future tariffs of local banks.


For a Cameroonian company buying from Ghana, Kenya or Nigeria, the promise is to pay in CFA francs from its bank, with conversion and settlement inside the African network. Fewer intermediaries, shorter delays and reduced operational reliance on third currencies. However, PAPSS does not eliminate bank compliance checks, commercial documentation requirements or the obligations of CEMAC foreign-exchange regulations.


A useful tool, but not a magic solution for AfCFTA


Cameroon holds a relative lead in Central Africa. In a note published on 30 July 2026, the United Nations Economic Commission for Africa (ECA) presents it as the only country in the sub-region that has already traded under AfCFTA preferential terms within the Guided Trade Initiative. The first Cameroonian certificate of origin was issued on 6 October 2022 to GIC Afatex for a shipment of dried safou, dried pineapple and ginger tea bound for Ghana.


This lead remains hard to quantify. Neither the Trade Ministry’s statement nor publicly available sources provide a recent consolidated assessment of the number of user companies, the value of goods traded or customs duties saved. The ECA stresses that trade growth requires a full chain: tariff offers, rules of origin, customs procedures, quality standards, business information, logistics, financing and the removal of non-tariff barriers.


PAPSS can remove one major obstacle – the payment bottleneck – once CEMAC banks are effectively connected. Its real impact will depend on the publication of a clear timeline, the list of participants, the fees charged and the accessible corridors. Without these concrete elements, the government’s call for appropriation remains useful preparation… but still incomplete. Facing a continental market of around 1.4 billion people, Cameroon cannot settle for good intentions. It needs connected banks, transparent pricing and businesses that actually seize the tool.


The PAPSS train is at the station. The question is whether Cameroonian banks will board it in time.


PAPSS, Système panafricain de paiement et de règlement, BEAC, Luc Magloire Mbarga Atangana, Yvon Sana Bangui, paiements transfrontaliers Afrique, francs CFA Afrique, Zlecaf Cameroun, commerce intra-africain, CEMAC, banques camerounaises, paiement sans dollar, économie Cameroun, AfCFTA


Mouahna Divine

Publicité