Le Cameroun mise sur un nouvel accord avec le FMI pour sécuriser 300 milliards FCFA dans son budget 2027
Yaoundé fait du futur programme économique avec le Fonds monétaire international (FMI) l'un des piliers de son budget 2027. Le gouvernement espère mobiliser 300 milliards de FCFA d'appuis budgétaires afin de soutenir ses équilibres financiers, dans un contexte marqué par une hausse des besoins de financement, un coût croissant de la dette et des marges budgétaires de plus en plus limitées. Toutefois, cet objectif reste conditionné à la conclusion d'un nouvel accord avec l'institution de Bretton Woods.
Un besoin de financement de plus de 3 161 milliards FCFA en 2027
Le Cameroun prépare déjà le financement de son exercice budgétaire 2027. Selon le Document de programmation économique et budgétaire à moyen terme (DPEB) 2027-2029, présenté au Parlement dans le cadre du Débat d'orientation budgétaire, les besoins globaux de financement atteindront 3 161,5 milliards de FCFA.
Dans cette architecture financière, le gouvernement prévoit de mobiliser 300 milliards de FCFA grâce à un futur programme économique et financier avec le Fonds monétaire international (FMI). Cette enveloppe représenterait près de 9,5 % des besoins de financement de l'État.
Cependant, cette ressource demeure conditionnelle et dépend entièrement de la réussite des négociations avec le FMI.
Le FMI devient un élément central de la stratégie budgétaire
Le recours à un nouveau programme avec le FMI n'est plus une simple éventualité. Le ministère des Finances l'intègre désormais comme une hypothèse majeure de sa stratégie budgétaire.
Le DPEB souligne clairement que le financement des budgets de 2027 à 2029 repose en partie sur les appuis attendus de ce futur accord.
Le document va plus loin en qualifiant l'absence d'un nouveau programme de « risque majeur » pour la soutenabilité des finances publiques à moyen terme.
Cette orientation traduit la volonté des autorités de sécuriser des ressources extérieures dans un environnement financier devenu beaucoup plus contraignant.
Un déficit budgétaire en nette progression
Les projections officielles montrent une détérioration du déficit budgétaire.
Pour 2027, le déficit global devrait atteindre 1 018 milliards de FCFA, contre 808,5 milliards prévus en 2026.
À eux seuls, les 300 milliards FCFA attendus du FMI représenteraient près de 30 % de ce déficit.
Parallèlement, le Cameroun devra faire face à 2 143,5 milliards de FCFA de charges de financement et de trésorerie, principalement consacrés :
- au remboursement de la dette publique ;
- au règlement des arriérés ;
- aux besoins de trésorerie de l'État.
Le remboursement de la seule dette financière est estimé à 1 602,5 milliards de FCFA.
Une stratégie de financement diversifiée
Outre les ressources espérées auprès du FMI, le gouvernement prévoit plusieurs autres leviers pour financer son budget.
Le plan de financement comprend notamment :
- 866,7 milliards FCFA de tirages sur prêts-projets ;
- 400 milliards FCFA d'émissions de titres publics ;
- 250 milliards FCFA de financement bancaire direct ;
- 131,5 milliards FCFA prélevés sur les réserves de l'État à la BEAC ;
- 1 000 milliards FCFA via un nouvel emprunt extérieur.
Cette nouvelle émission internationale s'inscrit dans la continuité de l'opération de même montant programmée en 2026.
Pourquoi le partenariat avec le FMI est-il stratégique ?
Au-delà des financements directs, un programme avec le FMI joue un rôle de signal de confiance auprès des bailleurs internationaux.
En règle générale, un accord avec le Fonds facilite également l'accès aux financements de :
- la Banque mondiale ;
- la Banque africaine de développement (BAD) ;
- l'Union européenne ;
- plusieurs partenaires bilatéraux.
Ces institutions conditionnent souvent leurs appuis à l'existence d'un cadre macroéconomique jugé crédible ainsi qu'à la mise en œuvre de réformes structurelles.
Le gouvernement estime ainsi qu'un nouvel accord permettrait de préserver la viabilité de la dette tout en maintenant les investissements publics.
Près de 2 600 milliards FCFA mobilisés entre 2017 et 2025
Le ministre des Finances, Louis Paul Motazé, défend depuis plusieurs mois la nécessité de renouveler le partenariat avec le FMI.
Selon lui, les deux programmes exécutés entre 2017 et 2025 ont permis au Cameroun de mobiliser environ 2 600 milliards de FCFA d'appuis budgétaires auprès du FMI et d'autres partenaires techniques et financiers.
Le précédent programme, conclu en 2021, puis prolongé d'une année, est arrivé à son terme en juillet 2025.
Pour le ministre, l'absence d'un nouvel accord obligerait le Cameroun à rechercher des financements alternatifs, probablement plus coûteux.
Des risques réels en cas d'échec des négociations
Si aucun accord n'est trouvé avant le lancement du budget 2027, plusieurs scénarios pourraient être envisagés :
- un recours accru à l'endettement ;
- une augmentation de la mobilisation des recettes internes ;
- des prélèvements supplémentaires sur les réserves de trésorerie ;
- une réduction de certaines dépenses publiques.
Ces solutions interviendraient alors que les taux d'intérêt demeurent élevés sur le marché intérieur et que le marché financier régional reste relativement peu profond, limitant les possibilités de financement à moindre coût.
Des négociations qui dépendent aussi de la Cemac
Le futur programme ne dépend pas uniquement des discussions entre Yaoundé et le FMI.
Dans la zone Cemac, les programmes soutenus par le Fonds nécessitent également des assurances régionales portant notamment sur :
- la politique monétaire ;
- les réserves de change ;
- la cohérence des politiques budgétaires des États membres.
La revue des politiques communes de la Cemac, initialement attendue fin 2025, a été retardée en raison d'un alignement jugé insuffisant entre plusieurs États membres.
Même si cette étape régionale est validée, le Cameroun devra encore conclure un accord spécifique avec le FMI sur ses engagements macroéconomiques, ses réformes économiques et ses objectifs budgétaires.
Le calendrier devient un enjeu majeur
En inscrivant dès aujourd'hui 300 milliards de FCFA d'appuis budgétaires conditionnels dans son scénario financier, le gouvernement affiche clairement sa confiance dans l'aboutissement des négociations avec le FMI.
Mais ce choix comporte également un risque important. En cas de retard ou d'échec des discussions, l'État devra rapidement trouver des solutions alternatives afin de préserver l'équilibre de son budget 2027 sans compromettre les investissements publics ni accentuer davantage le poids de la dette.
Cameroon Pins Its 2027 Budget on a New IMF Deal Worth CFA Francs 300 Billion
Cameroon plans to secure CFA francs 300 billion in budget support through a new economic and financial program with the International Monetary Fund (IMF) in 2027.
According to the government's 2027–2029 Medium-Term Economic and Budget Programming Document, this funding has already been incorporated into the country's financing plan, although it remains subject to the successful conclusion of negotiations with the IMF.
Overall financing needs for 2027 are projected at CFA francs 3,161.5 billion. Besides the expected IMF support, the government plans to mobilize:
- CFA francs 866.7 billion from project loans;
- CFA francs 400 billion through government securities;
- CFA francs 250 billion in direct bank financing;
- CFA francs 131.5 billion from BEAC reserves;
- CFA francs 1 trillion through a new external borrowing operation.
The document identifies the absence of a new IMF agreement as a major risk to the sustainability of public finances.
Cameroon's overall budget deficit is expected to increase from CFA francs 808.5 billion in 2026 to CFA francs 1,018 billion in 2027. IMF-related budget support alone would cover nearly 30% of that deficit.
Meanwhile, debt servicing and treasury operations are projected to require CFA francs 2,143.5 billion, including CFA francs 1,602.5 billion in debt repayments.
Finance Minister Louis Paul Motazé previously stated that IMF-backed programs implemented between 2017 and 2025 enabled Cameroon to mobilize approximately CFA francs 2.6 trillion from the IMF and other development partners.
Beyond direct financing, an IMF agreement is considered a key signal for international lenders such as the World Bank, African Development Bank (AfDB), the European Union, and bilateral partners, which often link financial assistance to IMF-supported reform programs.
However, negotiations remain subject to both discussions with the IMF and regional approval mechanisms within the Central African Economic and Monetary Community (CEMAC).
If negotiations fail, Cameroon may need to increase borrowing, mobilize more domestic revenues, draw further on its cash reserves, or reduce public spending to bridge the financing gap.
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Ange NGO