Sopecam renoue avec les bénéfices, mais 13,6 milliards FCFA restent impayés : les dessous d'un redressement sous tension
Après plusieurs exercices difficiles, la Société de presse et d'éditions du Cameroun (Sopecam), éditrice du quotidien Cameroon Tribune, affiche enfin des résultats encourageants. Sous la direction de Marie-Claire Nnana, l'entreprise publique a retrouvé le chemin de la rentabilité en 2025, portée par une forte progression de son activité.
Mais derrière cette embellie financière se cache une réalité beaucoup plus complexe. Les comptes publiés révèlent un volume record de 13,59 milliards de FCFA de créances clients, une trésorerie qui se détériore et des dettes courantes qui approchent les 11 milliards de FCFA. Autant d'indicateurs qui montrent que la reprise reste sous pression.
Une croissance spectaculaire du chiffre d'affaires
L'année 2025 marque un véritable tournant pour la Sopecam.
Le chiffre d'affaires est passé de 4,64 milliards de FCFA en 2024 à 7,89 milliards de FCFA en 2025, soit une progression spectaculaire de 69,9 %.
Cette performance s'accompagne d'un retour aux bénéfices. Après avoir enregistré une perte nette de 361 millions de FCFA en 2024, l'entreprise réalise désormais un bénéfice de 531,1 millions de FCFA, soit une amélioration de près de 892 millions de FCFA en seulement un an.
L'excédent brut d'exploitation (EBE) retrouve également des couleurs, passant d'un déficit de 173 millions à un excédent de 1,59 milliard de FCFA, tandis que le résultat d'exploitation bascule de -242,7 millions à +719,9 millions de FCFA.
Ces chiffres traduisent une amélioration réelle de l'activité opérationnelle.
13,59 milliards FCFA de factures toujours en attente
Toutefois, l'analyse des états financiers révèle un point de vigilance majeur.
Au 31 décembre 2025, les créances clients atteignent 13,59 milliards de FCFA, contre 11,35 milliards un an auparavant.
La hausse atteint 19,7 %, soit 2,24 milliards de FCFA supplémentaires.
Plus impressionnant encore, ces créances représentent 1,72 fois le chiffre d'affaires annuel de la société.
En clair, une part considérable des prestations facturées par la Sopecam n'avait toujours pas été réglée à la clôture de l'exercice.
Les comptes classent ces montants parmi les actifs circulants, considérés comme recouvrables à court terme. Aucune dépréciation n'a d'ailleurs été enregistrée, signe que l'entreprise estime ne pas devoir constater de pertes probables sur ces créances.
Cela ne signifie toutefois pas que tous ces montants seront effectivement encaissés rapidement.
Des bénéfices... mais moins de liquidités
Le paradoxe apparaît ici clairement.
La Sopecam affiche un bénéfice, mais sa trésorerie continue de se tendre.
Le besoin en fonds de roulement (BFR) progresse de 44,6 %, passant de 3,46 milliards à près de 5 milliards de FCFA.
Cette hausse traduit l'immobilisation croissante des ressources financières dans les créances clients et les stocks.
Pourtant, l'entreprise dégage une capacité d'autofinancement de 1,41 milliard de FCFA.
Mais dans les faits, les activités courantes ont consommé 135,8 millions de FCFA de trésorerie en 2025, alors qu'elles avaient généré 262,4 millions l'année précédente.
Autrement dit, les bénéfices comptables ne se traduisent pas immédiatement par des liquidités disponibles.
Une trésorerie qui continue de se dégrader
La pression financière apparaît également dans les comptes bancaires.
La trésorerie disponible chute de 21,2 % pour s'établir à seulement 245,8 millions de FCFA.
Dans le même temps, les concours bancaires à court terme plus que doublent pour atteindre 738,5 millions de FCFA.
Résultat : la trésorerie nette passe de -44,5 millions en 2024 à -492,6 millions de FCFA un an plus tard.
À cette pression s'ajoutent 312,3 millions de FCFA d'investissements, ce qui porte la diminution globale de la trésorerie à 448,2 millions de FCFA sur l'exercice.
Des dettes courantes proches de 11 milliards FCFA
Les créances clients ne constituent pas le seul sujet de préoccupation.
Les dettes envers les fournisseurs atteignent désormais 8,09 milliards de FCFA, soit davantage que le chiffre d'affaires annuel de l'entreprise.
Les dettes fiscales et sociales progressent encore plus rapidement.
Elles passent de 1,89 milliard à 2,79 milliards de FCFA, soit une hausse de 47,7 %.
Parmi elles figurent notamment :
- 988,8 millions de FCFA dus à la CNPS ;
- 1,04 milliard de FCFA de dettes fiscales ;
- 1,75 milliard de FCFA d'obligations sociales.
Au total, les dettes courantes de la Sopecam atteignent 10,98 milliards de FCFA, en hausse de 17,7 % sur un an.
Cette situation montre que les fournisseurs, les organismes sociaux, l'administration fiscale et les banques supportent actuellement une partie importante du besoin de financement de l'entreprise.
Les prestations de services portent la reprise
Le moteur principal du redressement est clairement identifié.
Les travaux et prestations de services génèrent 7,81 milliards de FCFA, contre 4,64 milliards un an auparavant, soit une progression de 68,4 %.
Ils représentent désormais près de 99 % du chiffre d'affaires de la Sopecam.
À l'inverse, les ventes de produits fabriqués — notamment les journaux imprimés — ne rapportent que 78,9 millions de FCFA.
Les états financiers ne précisent toutefois pas quelles prestations expliquent cette forte progression.
Il demeure donc impossible d'identifier précisément la contribution respective des activités d'impression, de publicité, des commandes publiques ou des autres services.
Autre élément notable : cette croissance est intervenue malgré une réduction de la subvention de fonctionnement de l'État, passée de 1,16 milliard à 800 millions de FCFA, soit une baisse de 31,3 %.
Un redressement confirmé, mais un défi majeur reste à relever
Les comptes 2025 traduisent une amélioration tangible de la situation économique de la Sopecam.
L'entreprise vend davantage, retrouve la rentabilité et améliore sensiblement ses performances opérationnelles malgré la baisse du soutien public.
Cependant, la solidité de ce redressement dépend désormais d'un enjeu essentiel : la capacité à transformer rapidement les ventes en encaissements effectifs.
Tant que les 13,59 milliards de FCFA de créances clients ne seront pas convertis en liquidités, la pression sur la trésorerie demeurera forte, obligeant l'entreprise à s'appuyer sur ses fournisseurs, les banques et les administrations publiques pour financer son cycle d'exploitation.
À noter enfin que les états financiers de la Sopecam ont fait l'objet d'un examen limité par le cabinet GAP Consult, lequel indique n'avoir relevé aucun élément remettant en cause leur régularité et leur sincérité, tout en précisant que cette mission ne constitue pas un audit financier.
Sopecam Returns to Profit, But CFAF 13.6 Billion in Unpaid Invoices Raises Cash Flow Concerns
Cameroon's state-owned publishing company Sopecam, publisher of the daily newspaper Cameroon Tribune, returned to profitability in 2025 under the leadership of Marie-Claire Nnana.
The company posted a net profit of CFAF 531.1 million, compared with a loss of CFAF 361 million in 2024, while revenue surged 69.9% to CFAF 7.89 billion.
However, the financial statements also reveal significant liquidity challenges.
Outstanding customer receivables climbed to CFAF 13.59 billion, up 19.7% year-on-year and equivalent to 1.72 times annual revenue. This means a substantial share of Sopecam's invoiced services had not yet been collected by the end of 2025.
Although the company generated CFAF 1.41 billion in operating cash potential, day-to-day operations actually consumed CFAF 135.8 million in cash, largely because of rising receivables and inventories.
Cash reserves declined by 21.2% to CFAF 245.8 million, while short-term bank borrowings more than doubled to CFAF 738.5 million, pushing net cash to negative CFAF 492.6 million.
Meanwhile, supplier debt rose to CFAF 8.09 billion, and tax and social security liabilities increased sharply to CFAF 2.79 billion, bringing total current liabilities close to CFAF 11 billion.
The company's recovery was driven almost entirely by service activities, which generated CFAF 7.81 billion, representing about 99% of total revenue. Financial statements, however, do not specify which contracts or customers accounted for this exceptional growth.
Despite a 31.3% reduction in government operating subsidies, Sopecam significantly improved its operating performance. Nevertheless, its biggest challenge now lies in converting outstanding invoices into actual cash inflows to strengthen liquidity and sustain its financial recovery.
The 2025 financial statements were subject to a limited review by GAP Consult, which reported no issues affecting their fairness while noting that the engagement did not constitute a full audit.
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Viviane GEMELE