Publicité

Carburants : le Cameroun face à une nouvelle menace économique, le coût du gasoil explose de plus de 60 % en trois mois

Le Cameroun fait face à une flambée spectaculaire des coûts d'importation des carburants. Le gasoil bondit de 60,7 % en trois mois, faisant craindre une hausse des prix, une pression sur les entreprises et un retour des tensions budgétaires.

Publicité

Carburants : le Cameroun face à une nouvelle menace économique, le coût du gasoil explose de plus de 60 % en trois mois


Alors que le Cameroun semblait progressivement sortir de la période de fortes tensions inflationnistes, un nouveau risque économique se profile. La flambée des coûts d'importation des produits pétroliers, particulièrement du gasoil, pourrait rapidement affecter les prix des biens de consommation, alourdir les charges des entreprises et exercer une nouvelle pression sur les finances publiques.


Les dernières données publiées par l'Institut national de la statistique (INS) révèlent une dégradation rapide des conditions d'approvisionnement énergétique du pays, conséquence directe des tensions géopolitiques persistantes au Moyen-Orient et des perturbations du transport maritime international.


Le gasoil enregistre une hausse spectaculaire


Dans sa note mensuelle consacrée à l'évolution des prix à la consommation des ménages en mai 2026, l'INS indique que le coût d'importation du gasoil est passé de 489,72 FCFA à 786,93 FCFA le litre entre février et mai 2026, soit une progression de 60,7 % en seulement trois mois.


Le super suit également une trajectoire ascendante, avec une augmentation de 33,6 %, son prix d'importation passant de 422,71 FCFA à 564,56 FCFA le litre sur la même période.


Selon l'INS, ces évolutions reposent sur les statistiques de la Caisse de stabilisation des prix des hydrocarbures (CSPH).


Les tensions internationales frappent directement le Cameroun


Depuis l'incendie de la Société nationale de raffinage (Sonara) en mai 2019, le Cameroun dépend largement des importations de carburants raffinés pour satisfaire sa consommation nationale.


Cette dépendance expose désormais davantage le pays aux fluctuations du marché mondial.


L'INS explique que cette flambée résulte principalement :



  • de la hausse des cours internationaux des produits raffinés ;

  • de l'augmentation des coûts du fret maritime ;

  • des primes de risque liées aux tensions géopolitiques dans le Golfe persique, une région stratégique pour l'approvisionnement énergétique mondial.


Le gasoil, principal maillon faible de l'économie camerounaise


L'Institut national de la statistique estime que le gasoil représente aujourd'hui le principal facteur de vulnérabilité économique.


Contrairement au super, ce carburant alimente une grande partie de l'activité productive du pays. Il est indispensable :



  • au transport routier ;

  • aux activités agricoles ;

  • aux groupes électrogènes ;

  • aux industries ;

  • aux chantiers de construction.


En quelques semaines seulement, les cotations internationales du gasoil ont progressé de près de 89 %, limitant les marges d'adaptation des opérateurs économiques.


Pour les experts de l'INS, cette évolution pourrait rapidement contaminer l'ensemble de la chaîne économique.


Une menace directe pour les prix des produits alimentaires


Le secteur alimentaire apparaît parmi les plus exposés.


Le renchérissement du transport des marchandises risque d'augmenter les coûts d'acheminement des denrées agricoles vers les grandes villes.


Les entreprises pourraient également voir leurs dépenses énergétiques progresser, entraînant une hausse des coûts de production susceptible d'être répercutée sur les consommateurs.


Cette dynamique pourrait progressivement remettre sous pression les prix à la consommation.


Une inflation encore maîtrisée... mais sous surveillance


Pour l'heure, les indicateurs restent relativement favorables.


En mai 2026, les prix à la consommation ont augmenté de 0,9 % par rapport au mois précédent, soit la progression mensuelle la plus importante depuis le début de l'année.


Sur un an, le taux d'inflation atteint 2,7 %, contre 2,1 % en avril.


La moyenne sur douze mois s'établit à 2,6 %, un niveau qui demeure inférieur au seuil communautaire de convergence fixé à 3 % par la Cemac.


Toutefois, l'INS considère que la poursuite de la hausse des carburants pourrait progressivement modifier cette trajectoire.


Des finances publiques confrontées à un nouvel équilibre délicat


Au-delà de l'inflation, la flambée des coûts d'importation représente également un défi budgétaire majeur.


Le maintien des prix administrés à la pompe exige des mécanismes de compensation financés par l'État. Plus l'écart entre les prix internationaux et les tarifs appliqués au Cameroun augmente, plus la facture publique s'alourdit.


Le précédent de la crise énergétique mondiale de 2022 reste particulièrement marquant.


À cette époque, les subventions consacrées aux produits pétroliers avaient dépassé 1 000 milliards de FCFA, selon les chiffres communiqués par le président Paul Biya dans son discours à la Nation du 31 décembre 2023.


Afin de réduire cette charge, le gouvernement avait procédé à deux révisions des prix à la pompe, en 2023 puis en 2024.


Ces mesures avaient permis de ramener les subventions à 640 milliards de FCFA en 2023, puis à 263 milliards de FCFA en 2024, au prix toutefois d'un impact sensible sur le pouvoir d'achat des ménages et sur les coûts supportés par les entreprises.


Des choix économiques difficiles pour les autorités


Le gouvernement se retrouve aujourd'hui face à un arbitrage complexe.


Préserver les finances publiques suppose de limiter le coût des subventions, tandis qu'une nouvelle hausse des prix à la pompe risquerait d'accentuer les difficultés des ménages et de fragiliser davantage le tissu économique.


L'évolution de cette équation dépendra largement de la situation géopolitique internationale.


Une alerte sérieuse, sans retour immédiat à la crise de 2022


L'INS souligne néanmoins que les niveaux observés restent inférieurs aux sommets atteints durant la crise énergétique mondiale de 2022.


Les coûts d'importation enregistrés en mai 2026 représentent environ 59 % du pic atteint pour le super et 71 % du record observé pour le gasoil en juillet 2022.


Mais la rapidité de la hausse enregistrée depuis février constitue déjà un signal préoccupant.


Si les tensions au Moyen-Orient persistent ou s'intensifient, le Cameroun pourrait progressivement faire face à une hausse des coûts du transport, des produits alimentaires, des charges des entreprises et de la facture budgétaire liée à la stabilisation des prix des carburants.


Pour l'instant, le choc reste essentiellement concentré sur les coûts d'approvisionnement. Mais le gasoil apparaît désormais comme un indicateur avancé d'un risque économique plus large, dont les effets pourraient se diffuser progressivement dans l'ensemble de l'économie nationale.




Cameroon Faces Fresh Economic Pressure as Diesel Import Costs Surge by More Than 60% in Three Months


Cameroon is facing growing economic risks as the cost of importing petroleum products continues to rise sharply, despite inflation remaining relatively under control.


According to the National Institute of Statistics (INS), diesel import costs jumped by 60.7% between February and May 2026, increasing from 489.72 CFA francs to 786.93 CFA francs per litre. Gasoline imports also rose by 33.6%, reaching 564.56 CFA francs per litre.


The surge is largely attributed to geopolitical tensions in the Persian Gulf, rising international refined fuel prices, higher maritime transport costs and increased risk premiums affecting global energy markets.


Since the 2019 fire that severely damaged the National Refining Company (Sonara), Cameroon has relied heavily on imported refined petroleum products, making the country particularly vulnerable to global market disruptions.


The INS identifies diesel as the country's biggest economic vulnerability because it powers road transport, agriculture, industries, construction sites and electricity generators.


Higher diesel prices could eventually increase transportation costs, food prices, production expenses and overall consumer inflation.


Although annual inflation stood at 2.7% in May 2026, still below the 3% CEMAC convergence threshold, authorities remain cautious about possible spillover effects.


The increase also threatens public finances. Keeping domestic fuel prices stable requires significant government subsidies whenever international prices rise sharply.


During the global energy crisis triggered by the Russia-Ukraine conflict, Cameroon spent more than 1 trillion CFA francs on fuel subsidies. Successive fuel price adjustments in 2023 and 2024 helped reduce subsidy costs to 640 billion CFA francs and later 263 billion CFA francs, but weighed on household purchasing power.


According to the INS, current import costs remain below the historic peaks recorded in 2022. However, the speed of the recent increase is a warning signal that could eventually affect transport, food prices, businesses and government spending if geopolitical tensions persist.


Cameroun, carburants, gasoil Cameroun, prix du gasoil, importation carburants, inflation Cameroun, économie camerounaise, INS Cameroun, CSPH, Sonara, pétrole Cameroun, prix à la pompe, énergie Cameroun, finances publiques, subventions carburants, Golfe persique, transport maritime, hausse des carburants, coût de l'énergie, entreprises Cameroun, transport routier, produits alimentaires, inflation Cemac, pétrole Afrique, actualité économique Cameroun, économie Afrique centrale, prix des hydrocarbures, diesel, essence, crise énergétique, Cameroun économie 2026.


Mouahna Divine

Publicité