Publicité

Can féminine 2012 : Les Lions bouffent les Lionnes

L?équipe nationale de football féminin a déjà son ticket pour la prochaine Can. L?équipe masculine cherche encore le sien. Mais personne ou presque, ne semble se préoccuper de ces joueuses en stage depuis le 1er Octobre. Les Lions Indomptables semblent avoir détourné l?attention de tous, même de ceux qui ont en charge la gestion du football

Publicité



 



Loin du vacarme assourdissant du centre-ville et des palaces de luxe, c’est à l’hôtel Xaviera, situé à Mvan, à la périphérie de Yaoundé, que les Lionnes ont pris leurs quartiers. Les joueuses de la sélection  nationale de football prendront part à la phase finale de la Coupe d’Afrique des nations (Can) de leur discipline, dès le 28 octobre 2012 en Guinée Equatoriale. Il y a donc ici d’autres Eto’o, Kameni, Nkoulou… au féminin



A l’extérieur de l’hôtel, sur quelques balustrades des chambres situées aux premier et deuxième étages, des équipements de sport sont étalés, en attente de quelques rayons de soleil, plutôt rares en cette période. Elles ont rapidement nettoyé leurs maillots, de retour de la séance d’entrainement du jour. Hormis ce détail visible, les longues marches princières de l’hôtel prisé par les sélections de football, bien sûr en dehors de l’équipe fanion, baignent dans un silence de cimetière.



C’est une ambiance de couvent, où seul le bruit d’un écran plasma de télévision, au bar, viole la quiétude feutrée. Une voix douce, presque inaudible de la jeune réceptionniste, répond au visiteur qui demande à rencontrer des responsables de la sélection. «Ils viennent tous de sortir», renseigne-t-elle en jetant un regard furtif vers quelques chambres, pour certaines encore vides. Rencontrer une joueuse ? Impossible : la discipline est de mise. Toute visite requiert l’autorisation du sélectionneur national, Carl Enow Ngachu, qui, par le biais d’une conversation téléphonique, autorise enfin à rencontrer l’une des doyennes du groupe, Gabrielle Aboudi Onguené. Le temps presse. La réceptionniste indique que toutes vont descendre pour le déjeuner. Il est presque 12h30.



Discipline et tranquillité



En un laps de temps, les couloirs se remplissent de monde. Certaines s’asseyent sur les marches d’escalier. Elles sont toutes vêtues d’un maillot jaune, d’un short noir et une paire de babouches au choix. Leurs conversations sont presque des murmures. L’heure du déjeuner approche. Le message du sélectionneur a été transmis. Comme répondant à un signal, les footballeuses convergent à droite de la réception. Trois tiennent chacune une palette d’eau minérale. Elles sont astreintes à cette tâche ce jour. Elles sont maintenant installées dans le restaurant.



C’est à cet endroit, qui tient aussi lieu de salle de réunion, que les Lionnes indomptables vont prendre leur déjeuner. Deux tables sont dressées. Deux buffets, dont l’un relativement plus petit, est réservé à l’encadrement technique. Les footballeuses, à tour de rôle, dressent des montagnes dans leur plat. Joséphine Ngandi Ngandi, sociétaire de Louves Minproff de Yaoundé, entonne une courte prière. C’est elle qui, cette journée, va diriger les séances de méditations, indique Gabrielle Onguené Aboudi.


 


\"\"

Lionnes à table



Les choses se passent comme dans toute communauté organisée. «Eh oui, nous sommes des femmes !» lance l’une d’elles. Ces joueuses sont des filles, des mères, des épouses. Elles ont laissé derrière elles des familles pour défendre les couleurs du Cameroun. C’est un devoir, mais aussi une profession. L’une d’entre elles, très à l’aise dans son statut encore très récent d’épouse, porte bien une alliance scintillante à l’annulaire. Elle s’en réjouit, et dit mener une vie normale en dehors des stades. Probablement une façon d’éloigner les préjugés sur les mœurs dans le football féminin


Kossam et foléré au menu


Comme toujours, c’est le nutritionniste de l’équipe, Georges Okala, qui propose le menu. Ce jour, c’est le riz à la sauce et au bar frit. C’est d’ailleurs l’unique mets qui est proposé. Un plat que semblent apprécier les Lionnes. «C’est toujours un régal, de manger la nourriture telle qu’elle est faite au pays», explique Adrienne Ndongo Fouda, l’une des Camerounaises évoluant hors du pays. Ambiance.  Alors que monte le bruit des couverts, les voix se font de plus en plus fortes. Elles en oublient, presque, qu’elles attirent moins les regards, que leurs congénères masculins, plus exposés aux médias, sont aussi en stage dans la même ville. Rires, blagues, causeries en tout genre.


Sur la table où trônent plusieurs bouteilles d’eau minérale, des jus naturels d’oseille («foléré») et de lait caillé («kossam»). Toutes ou presque en raffolent. Cette « boisson spéciale », est le don est d’un transporteur, «Papa Tanko», très connu des footballeurs durant les stages bloqués. Balbine Laure Medoua Bibi, avec sa fourchette, se propose de racler le contenu de son verre. Elle laisse échapper des : «C’est bon, hein !» sous les rires intrigués de ses camarades.


Après près d’une demi-heure, et comme un seul homme, les filles vident la salle. A pas lents, elles regagnent leurs appartements avec quelques bouteilles d’eau. En attendant 15h, pour un entretien sur les règles de jeu, un enseignement dispensé par des responsables fédéraux de l’arbitrage.


A l’heure du cours, elles refont leur apparition dans le hall. Le restaurant est cette fois transformé en salle de réunion. L’équipe de la Fécafoot est déjà là. Mais le cours a à peine débuté qu’il est arrêté. La rétroprojection est impossible, dans cette salle envahie par les rayons du soleil. On remet ça pour plus tard, lorsqu’il fera nuit. Les 24 joueuses regagnent leurs chambres.  Un incident qui semble bien indiquer que tout ce qui concerne ces joueuses, est secondaire et facultatif.


Josephine ABIALA

Publicité