SONARA : Le pari fou des 700 milliards pour une raffinerie nouvelle génération
Sept ans après les flammes qui ont réduit au silence la Société nationale de raffinage (Sonara), le Cameroun ne se contente plus de panser ses plaies. Il se réinvente. Ce 29 juin 2026, à Yaoundé, le gouvernement a ouvert les vannes d’un projet titanesque, évalué à 700 milliards de FCFA, qui ne vise rien de moins qu’à métamorphoser son unique raffinerie en un fleuron industriel du 21e siècle.
C’est un changement de braquet qui dépasse la simple réparation. L’incendie du 31 mai 2019, qui avait plongé le pays dans une crise d’approvisionnement chronique, est désormais considéré comme un accélérateur. La consultation internationale du marché, ce "Market Sounding" organisé par le ministère des Finances, ne cherche plus seulement des réparateurs, mais des architectes d’un avenir énergétique souverain.
Un pari sur le brut local et la modernisation
Dans les couloirs de la capitale, le mot qui brûle toutes les lèvres est "hydrocracker". Cette unité de transformation profonde est la clé de voûte du projet. Fini le temps où Sonara devait importer du brut hors du continent pour fonctionner. L’ambition est désormais claire : valoriser le pétrole camerounais à grande échelle et briser la dépendance aux produits finis importés.
Le projet fusionne deux visions longtemps séparées : la réhabilitation post-incendie et la deuxième phase de modernisation. Le curseur est poussé à fond. La capacité de production doit bondir de 2,1 millions à 3,5 millions de tonnes par an. Un saut quantique qui transforme un chantier de réparation en une infrastructure de souveraineté.
Le DBFM, un choix politique fort
Pour mener ce chantier colossal, l’État a tranché : pas question de brader le patrimoine national. Le gouvernement opte pour un Partenariat Public-Privé (PPP) de type Design-Build-Finance-Maintain (DBFM). Contrairement aux formules BOT qui ont parfois laissé un goût amer, ici, Sonara reste propriétaire.
"Conformément aux hautes instructions du président de la République, la Sonara demeurera propriétaire des installations et gardera la main sur l’exploitation quotidienne", précise le communiqué officiel.
Cette architecture protège l’actif stratégique mais soulève des questions brûlantes : qui paiera la facture ? Le financement sera-t-il adossé à des garanties souveraines ? Dans un contexte où la dette pèse, le succès de ce pari dépendra de l’équilibre entre capitaux privés et engagement de l’État.
Le casse-tête de la double raffinerie
L’accélération du dossier Sonara intervient dans un paysage industriel nouveau. Non loin de là, à Kribi, la Société nationale des hydrocarbures (SNH) bâtit une autre raffinerie, prévue pour 30 000 barils par jour. La coexistence de ces deux éléphants blancs potentiels inquiète les observateurs.
La SNH tente de rassurer, affirmant ne pas vouloir "entrer en compétition avec le fleuron historique", mais plutôt apporter son expertise. Le gouvernement devra cependant arbitrer finement pour éviter un doublon coûteux. La question de la complémentarité industrielle est sur toutes les lèvres : quel brut pour quelle raffinerie ? Quels marchés pour quels produits ?
L’autre signal fort : Baker Hughes s’installe à Douala
Alors que la Sonara prépare sa mue, l’écosystème pétrolier camerounais s’étoffe. Le géant américain Baker Hughes a inauguré le 26 juin 2026 un centre flambant neuf dans la zone portuaire de Douala. En présence du ministre Fuh Calistus Gentry, le vice-président Hatem Salem a posé la première pierre d’une base logistique qui doit servir tout le bassin d’Afrique centrale.
Ce centre, avec ses ateliers, son laboratoire de ciment et son parc de stockage, réduira les délais d’intervention et les coûts pour les opérateurs. C’est un signal fort envoyé au marché : malgré la baisse de production (19,37 millions de barils en 2025), le Cameroun entend rester un hub incontournable. La SNH mise sur une remontée à 20,8 millions de barils en 2026, portée par la relance des forages et la promotion de 9 nouveaux blocs.
Le défi de la confiance
Entre le mégaprojet Sonara, la raffinerie de Kribi et l’implantation de Baker Hughes, le Cameroun dessine les contours de sa nouvelle carte énergétique. Le pari est financier, il est industriel, mais il est surtout politique. Réussir ce tour de force, c’est assurer la sécurité d’approvisionnement, créer des milliers d’emplois qualifiés et réduire une facture d’importation exorbitante.
Mais l’ombre du sinistre de 2019 plane encore. La transparence sur la répartition des risques et le coût final pour le contribuable sera la clé de la confiance. Le Cameroun a décidé de voir grand. Il lui reste à prouver qu’il peut gérer ce géant moderne.
SONARA 2.0: Cameroon Bets 700 Billion CFA on Its Oil Refinery Rebirth!
Cameroon launches a massive 700 billion CFA project to rebuild and modernize the Sonara refinery. A strategic shift towards local crude processing with a new Hydrocracker unit.
SONARA: The Daring 700 Billion CFA Bet for a Next-Gen Refinery
Seven years after the fire that silenced the National Refining Company (Sonara), Cameroon is no longer just licking its wounds; it is reinventing itself. On June 29, 2026, in Yaoundé, the government unveiled a titanic project worth 700 billion CFA francs to transform its only refinery into a 21st-century industrial powerhouse.
This is a major shift far beyond simple repairs. The fire of May 31, 2019, which plunged the country into a chronic supply crisis, is now seen as a catalyst. The international market consultation, the "Market Sounding" organized by the Ministry of Finance, is not just looking for repairmen but for architects of a sovereign energy future.
A Bet on Local Crude and Modernization
In the corridors of the capital, the buzzword is "Hydrocracker." This deep conversion unit is the cornerstone of the project. Gone are the days when Sonara had to import foreign crude. The ambition is clear: maximize Cameroonian crude and break free from imported finished products.
The project merges two visions previously held separate: post-fire rehabilitation and a second modernization phase. The target capacity is set to jump from 2.1 million to 3.5 million tons per year. This quantum leap turns a repair site into an asset of national sovereignty.
DBFM: A Strong Political Choice
For this colossal project, the State has decided: no sale of national heritage. The government opts for a Public-Private Partnership (PPP) under a Design-Build-Finance-Maintain (DBFM) model. Unlike BOT formulas that sometimes left a bitter taste, here, Sonara remains the owner.
"Following the high instructions of the President, Sonara will remain the owner of the facilities and keep operational control," says the official release.
This structure protects the strategic asset but raises burning questions: who pays the bill? Will financing rely on sovereign guarantees? In a context of rising debt, success depends on balancing private capital and state commitment.
The Two-Refinery Puzzle
The acceleration of the Sonara project comes amid a new industrial landscape. Nearby, in Kribi, the National Hydrocarbons Company (SNH) is building another refinery, targeting 30,000 barrels per day. The potential coexistence of these two white elephants worries observers.
The SNH tries to reassure, stating they do not wish to "compete with the historical flagship" but rather bring expertise. The government, however, must navigate carefully to avoid costly duplication. The core question is complementarity: which crude for which refinery? Which markets for which products?
A Strong Signal: Baker Hughes Sets Up in Douala
As Sonara prepares for its transformation, Cameroon’s oil ecosystem is growing. US giant Baker Hughes inaugurated a brand-new center in the Douala port area on June 26, 2026. In the presence of Minister Fuh Calistus Gentry, Vice President Hatem Salem laid the foundation for a logistics base serving all of Central Africa.
This center, with its workshops and labs, will reduce intervention times and costs for operators. It signals that despite the production decline (19.37 million barrels in 2025), Cameroon aims to remain a key hub. The SNH aims for a recovery to 20.8 million barrels in 2026, driven by drilling and 9 new blocks on offer.
The Trust Challenge
Between the Sonara mega-project, the Kribi refinery, and Baker Hughes, Cameroon is drawing its new energy roadmap. The bet is financial, industrial, and political. Achieving this means securing supply, creating skilled jobs, and reducing import bills.
However, the shadow of the 2019 disaster looms. Transparency regarding risk distribution and the final cost to taxpayers will be key to building trust. Cameroon has decided to think big. It remains to be proven that it can manage this modern giant.
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Mouahna Divine