SRC : Le gouffre financier se creuse – 1,97 Milliard de perte en 2025, l'outil de recouvrement de l'État au bord de l'asphyxie
C’est un chiffre qui a le goût amer d’un échec. Alors qu’elle est censée être le bras armé financier de l’État pour traquer les mauvais payeurs, la Société de recouvrement des créances du Cameroun (SRC) semble plutôt exceller dans l’art de creuser son propre déficit. Réunie le 23 juin 2026 à Yaoundé sous la houlette d’Edoua Gilbert Didier, l’Assemblée générale de cette entreprise publique a validé des comptes 2025 aussi rouges que le sang versé par les contribuables : une perte nette de 1,97 milliard de FCFA.
Pour une structure dont le total du bilan plafonne à 9,9 milliards de FCFA, la pilule est difficile à avaler. Mais ce n’est pas tout. Ce nouveau déficit ravive un souvenir douloureux, celui de l’audit cinglant de la Chambre des comptes de la Cour suprême sur la période 2018-2022. Les magistrats financiers avaient alors épinglé une gestion chaotique et des pertes cumulées avoisinant les 2,1 milliards. En une seule année, la SRC a donc englouti l’équivalent de 93% de ce déficit historique. Pire encore, l’année 2022 (la dernière auditée) affichait déjà un trou de 1 milliard.
Un "report à nouveau" qui interpelle
Face à cette hémorragie, l’Assemblée générale a joué la carte de l’attentisme en affectant l’intégralité de la perte au poste « report à nouveau ». Une décision comptable classique qui cache mal l’inquiétude. Dans son communiqué, elle a laissé échapper une formule lourde de sens : des « regrets face aux entraves constantes dans l’exercice du mandat de recouvrement ».
Cette déclaration est un pavé dans la mare. Qui entrave la SRC ? Est-ce l’administration fiscale qui verrouille l’accès aux dossiers ? Les débiteurs publics ou privés qui usent de leur influence ? Ou des procédures judiciaires interminables qui enterrent les dossiers ? Cette opacité est d’autant plus gênante que le ministère des Finances a fait de la mobilisation des recettes internes son cheval de bataille pour boucler le budget 2026.
Le mammouth et les souris : le scandale des effectifs
Si la SRC ne tourne pas rond, l’audit de la Chambre des comptes avait déjà mis le doigt sur la plaie béante : une structure de coûts qui étouffe l’activité. Entre 2018 et 2022, les charges de personnel ont représenté en moyenne 86% du produit net bancaire. Pour être cru, il faut savoir qu’en 2020 et 2022, les salaires et avantages des agents ont même dépassé les revenus générés par le recouvrement (ratio de 112% et 102%).
Mais le plus choquant reste l’inadéquation entre les effectifs et la mission première. Au 31 mars 2024, la SRC comptait 168 agents. Parmi eux, seuls 18 étaient affectés au cœur du métier : le recouvrement de créances. 10,7 % seulement de l’effectif total ! Quand on sait que le mammouth État lui confie la tâche de traquer les créances publiques, on est en droit de se demander où se cachent les 150 autres agents. Administratifs, gratte-papier, cadres surpayés ? Ce déséquilibre est le symbole d’une gabegie administrative où les postes "support" pèsent lourdement sur la productivité opérationnelle.
Le paradoxe d’un recouvreur déficitaire
La SRC est à la croisée des chemins. Le gouvernement camerounais, en quête de liquidités, ne peut pas se permettre de laisser sombrer cet outil. L’enjeu est systémique : si le recouvreur public est en faillite, ce sont des milliards de FCFA de créances qui risquent de rester dans les tiroirs des débiteurs.
La perte de 2025 ne doit pas être lue comme un simple accident comptable. C’est un signal d’alarme. Entre des effectifs pléthoriques non dédiés au recouvrement, des obstacles institutionnels dénoncés mais jamais nommés, et une structure de coûts kafkaïenne, l’exécutif doit agir vite. Soit la SRC est réorganisée en profondeur pour redevenir un "requin" du recouvrement, soit elle continuera à incarner cette image désastreuse : un service public qui coûte plus cher à l’État qu’il ne lui rapporte.
La question qui fâche : Qui profite de ce dysfonctionnement ? Pendant que l’État cherche à boucler ses fins de mois, la SRC, elle, continue de couler. Le redressement ne passera pas par des "regrets" en Assemblée générale, mais par des actes forts : réduction des coûts, chasse aux postes superflus et, surtout, une clarification des "entraves" qui paralyse l’institution. Le temps presse, car la crédibilité de la gouvernance financière du Cameroun est en jeu.
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Cameroon's Debt Collection Agency SRC Plunges Deeper into Crisis with 1.97 Billion FCFA Loss in 2025
It’s a bitter pill for Cameroon’s public finance ecosystem. The Special Debt Collection Company (SRC), the state’s designated arm for recovering public and parapublic debts, is sinking further into financial turmoil. On June 23, 2026, shareholders meeting in Yaoundé approved the 2025 financial statements, revealing a staggering net loss of 1.97 billion FCFA. With a total balance sheet standing at 9.9 billion FCFA, the red ink is alarming.
This loss revives the harsh criticisms previously leveled by the Supreme Court's Audit Chamber, which reviewed SRC’s management from 2018 to 2022. For context, the 2025 loss alone represents nearly 93% of the cumulative deficit of approximately 2.1 billion FCFA identified by the financial magistrates over those five audited years. Furthermore, the last audited year (2022) already ended with a deficit of about 1 billion FCFA.
A "Carryforward" that Raises Eyebrows
Presided over by Edoua Gilbert Didier, the General Assembly chose to carry the entire 2025 loss forward to the "retained earnings" account. While technically a standard accounting procedure, it masks a deeper unease. The meeting’s final communiqué expressed "regrets over the constant hindrances" faced by the SRC in executing its mandate. This raises a critical question: Who or what is blocking the agency? Obstructive administrations? Influential public debtors? Or sluggish judicial procedures? The lack of clarity is concerning, especially as the Ministry of Finance pushes for enhanced domestic resource mobilization.
The Elephant and the Mice: The Staffing Scandal
The Audit Chamber had previously pinpointed the core issue: a crippling cost structure. Between 2018 and 2022, personnel costs consumed an average of 86% of the net banking income. In 2020 and 2022, staff expenses even exceeded the revenues generated (ratios of 112% and 102% respectively).
However, the most shocking revelation concerns human resources allocation. As of March 31, 2024, the SRC employed 168 agents, but only 18 (a mere 10.7%) were directly assigned to the core recovery operations. This imbalance highlights an endemic inefficiency where support staff and administrative overheads devour the company's operational capacity, leaving it ill-equipped to hunt down defaulters.
The Paradox of a Loss-Making Debt Collector
The SRC stands at a crossroads. The government, desperate for liquidity, cannot afford to let this institution fail. The 2025 loss is not an accounting accident but a structural warning. Between bloated non-core staff, unaddressed institutional bottlenecks, and a Kafkaesque cost structure, urgent reforms are needed.
The time for regrets is over. The Cameroonian government must take decisive action: streamline costs, reassign staff to core recovery duties, and publicly identify the "hindrances" paralyzing the agency. If not, the SRC risks remaining a financial black hole rather than becoming the efficient revenue-collection tool the state desperately needs. The credibility of Cameroon's financial governance hangs in the balance.
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Mouahna Divine