Cameroun : Le pari du blé local – Un plan à 30,9 milliards pour museler la facture des importations
Garoua, le 26 juin 2026 – Le gouvernement camerounais a décidé de passer à la vitesse supérieure. Fini le temps des simples parcelles expérimentales. Réunis le 24 juin dernier sous l’égide du Minader, les acteurs de la filière blé ont validé un plan d’action triennal d’envergure. Coût de l’opération : 30,9 milliards de FCFA. L’objectif est clair : structurer une chaîne de valeur locale pour réduire la dépendance chronique du pays aux marchés internationaux.
Du laboratoire à l’assiette : les trois piliers du programme
Ce nouveau plan, dont le démarrage est prévu en 2027, ambitionne de créer une filière complète, "de la semence jusqu’au marché". Il repose sur trois axes majeurs :
- La production massive de semences certifiées : 4 500 hectares seront dédiés à la production de 9 000 tonnes de semences, afin d’alimenter les champs de blé marchand.
- L’accompagnement technique des producteurs : Intrants, produits phytosanitaires et conseils techniques seront déployés pour booster les rendements et réduire les coûts.
- Les infrastructures de stockage et de transformation : Un maillon essentiel pour garantir la qualité du grain et sa valorisation locale.
Selon les projections, ce programme devrait permettre d’atteindre une production commerciale estimée à 180 000 tonnes de blé sur la durée du plan. Les bassins de production sont déjà identifiés : l’Extrême-Nord, le Nord, l’Adamaoua, l’Ouest et le Nord-Ouest, véritables greniers potentiels du pays.
Des semences locales pour un avenir plus souverain
Ce plan s’appuie sur les acquis du projet piloté par l’Irad, doté de 10 milliards de FCFA. "Nous disposons d’environ 600 tonnes de semences en cours de récolte", a confié Eddy Ngonkeu Mangaptche, conseiller technique au ministère de la Recherche. Des volumes qui pourraient permettre d’emblaver jusqu’à 6 000 hectares, à condition que la chaîne de distribution et d’encadrement suive.
Un défi colossal face à la facture des importations
Le blé est l’un des produits les plus importés par le Cameroun. Entre tensions géopolitiques et volatilité des cours, la facture plombe les réserves en devises. Ce nouveau plan intervient alors que le PIISAH (2024-2026) s’achève, et force est de constater que les résultats sur le blé restent modestes.
Le gouvernement en est conscient : l’objectif de 180 000 tonnes ne couvrira pas les besoins nationaux à court terme. Cependant, ce programme est un test décisif. Il s’agit de transformer les acquis de la recherche en une filière économiquement viable.
La question reste posée : parviendra-t-on à convaincre les minoteries locales d’acheter camerounais ? À garantir des prix suffisamment incitatifs pour les producteurs ? Ce pari est celui de la souveraineté alimentaire. Si les infrastructures et l’encadrement suivent, le blé "Made in Cameroon" pourrait bien devenir une réalité tangible dans les boulangeries du pays. Dans le cas contraire, le Cameroun restera à la merci des aléas du marché mondial, malgré la multiplication des plans de relance.
Cameroon’s Bold Bet: $50 Million Plan to Cultivate Local Wheat and Curb Imports
Garoua, June 26, 2026 – Cameroon is moving beyond experimental stages to launch a massive triennial action plan valued at approximately 30.9 billion FCFA (over $50 million) aimed at revitalizing the local wheat industry. Validated on June 24 by stakeholders under the Ministry of Agriculture (Minader), the program is set to begin in 2027.
The strategy focuses on three pillars: scaling up certified seed production, supporting commercial wheat farmers, and establishing robust storage and processing infrastructure. The goal is to create a complete value chain, from seed to market, to reduce the country's heavy reliance on imports.
Targeting 180,000 Tons with Local Seeds
The plan projects utilizing 4,500 hectares to produce 9,000 tons of certified seeds, which will support a commercial output of 180,000 tons of wheat. Farming will be concentrated in the Far North, North, Adamawa, West, and Northwest regions. This initiative builds on research by the Institute of Agricultural Research (Irad), which has already harvested nearly 600 tons of seeds.
The Import Substitution Challenge
Wheat represents a significant drain on Cameroon’s foreign reserves. While the new plan aims to make a dent in the import bill, officials admit the 180,000-ton target won’t cover domestic needs immediately. However, it serves as a critical test for the country’s import-substitution policies (PIISAH). The success of this venture hinges on convincing local millers to buy locally, ensuring competitive pricing, and maintaining grain quality.
If successful, Cameroon could gradually stabilize its food security. If not, the nation will remain vulnerable to volatile international markets.
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Moussa Nassourou