Bénéfice record, bauxite en route, et usines fantômes : Le mirage minier camerounais éclate au grand jour
Ce n’est ni un rêve, ni un coup de com’. La Sonamines a dégagé 724,7 millions FCFA de bénéfices en 2025. Mais derrière ce chiffre historique se cache une équation qui interpelle : un résultat 24 fois supérieur au chiffre d’affaires. Pendant ce temps, la bauxite de Minim Martap s’apprête à prendre le rail, et les débats du Baraza Mining Forum 2026 rappellent une vérité qui fâche : au Cameroun, le sous-sol brille, mais les caisses de l’État restent désespérément vides.
L’exercice 2025 restera comme celui de la résurrection comptable pour la Société nationale des mines (Sonamines). Créée en décembre 2020 pour incarner la « souveraineté minière » de l’État, l’entreprise publique a enfin franchi le Rubicon en affichant un bénéfice net de 724,7 millions FCFA.
Lors des 27e et 28e sessions de son conseil d’administration tenues le 12 juin à Yaoundé, les administrateurs n’ont pas boudé leur plaisir. Le quitus a été donné à la direction générale. Pour la première fois depuis ses débuts, la Sonamines sort de l’ornière des déficits. Pourtant, dans le petit monde des mines camerounaises, ce « record » sent bon le souffre... ou plutôt la subvention.
Une rentabilité mathématiquement suspecte
Il faut être mathématicien pour comprendre ce miracle financier. Le total du bilan s’élève à 5,23 milliards FCFA, le chiffre d’affaires à seulement 30,55 millions FCFA, et pourtant, le résultat net explose à 724,7 millions FCFA. Le communiqué du conseil d’administration, aussi laconique qu’un procès-verbal de gendarmerie, ne précise pas l’origine de cette manne.
S’agit-il de reprises sur provisions, de subventions d’équilibre, de produits exceptionnels, ou d’un changement dans la méthode de consolidation des participations de l’État dans Camalco ou autres sociétés minières ? Le flou persiste. Ce bénéfice, aussi symbolique soit-il, ne doit pas masquer l’urgence absolue : transformer le rôle institutionnel de la Sonamines en levier économique tangible, sous peine de rester une coquille administrative au capital de 10 milliards FCFA qui dort dans les tiroirs.
Minim Martap : La Bauxite en gare de départ
Pendant que la Sonamines redresse la barre, le privé, lui, s’active. À plus de 800 kilomètres de Yaoundé, dans l’Adamaoua, la fièvre de la bauxite est à son comble. La junior minière australienne Canyon Resources a verrouillé son calendrier. Les premiers wagons et les sept premières locomotives, commandées au chinois CRRC Ziyang et à l’indien Texmaco, sont attendus à Douala pour la fin du deuxième trimestre 2026.
Objectif affiché : une première expédition commerciale de bauxite fin septembre 2026. Pour Canyon, l’enjeu est vital. Pour le Cameroun, c’est la promesse d’un nouveau chapitre. Mais gare aux retards ! La chaîne logistique intégrée, qui va du front de taille de Minim Martap (1,1 milliard de tonnes de ressources) jusqu’aux quais du port de Douala, est un défi titanesque. La montée en puissance de Canyon dans le capital de Camrail (26,9%) est une manœuvre habile pour sécuriser ce corridor ferroviaire. Cependant, avec un investissement estimé à 252,6 milliards FCFA, le projet devra prouver sa rentabilité face aux aléas techniques et à la volatilité des marchés.
Baraza Mining 2026 : L’heure de vérité pour la souveraineté
Les 11 et 12 juin, la deuxième édition du Baraza Mining Forum à Yaoundé a joué les poisons. Alors que le gouvernement affiche des ambitions de transformation locale, les chiffres sont têtus. Le secteur minier contribue encore à moins de 0,2% du budget national. Un écart abyssal quand on sait que le portefeuille de projets en développement est estimé à plus de 5,5 milliards de dollars.
Les discussions ont été rudes. Le consensus est clair : la disponibilité des ressources (fer, bauxite, or, cobalt, terres rares) ne suffit plus. Le verrou est ailleurs. Il est dans les infrastructures énergétiques défaillantes, dans le déficit de compétences spécialisées, et surtout, dans une fiscalité minière qui peine à capturer la valeur ajoutée.
Le mot d’ordre du forum était sans équivoque : « Il faut cesser d’exporter des cailloux pour importer du métal transformé. » Mais pour cela, le Cameroun doit passer du discours à l’acte. La transparence, la traçabilité de l’or (face à la contrebande chronique) et la mise en œuvre effective des articles 47 et 48 du nouveau Code minier pour les participations de l’État sont les urgences absolues. Sinon, le secteur minier camerounais continuera de faire rêver ses géologues... tout en laissant les économistes dormir sur leurs deux oreilles, inquiets.
Record Profit, Bauxite on Track, and Ghost Factories: Cameroon's Mining Mirage Exposed
Cameroon’s state mining company Sonamines posted a historic CFA724.7 million profit in 2025—but the numbers raise more questions than answers. Meanwhile, Canyon Resources' bauxite project is gearing up for shipment, and the Baraza Mining Forum 2026 reveals a harsh truth: Cameroon’s mining sector is rich in potential but poor in fiscal impact.
Yaoundé, June 19, 2026 – The 2025 fiscal year marks a turning point for the National Mining Company (Sonamines S.A.). Created in December 2020 to champion the state’s "mining sovereignty," the public enterprise has finally posted its first net profit of CFA724.7 million.
The board of directors, meeting on June 12 in Yaoundé for its 27th and 28th sessions, gave the general management a clean slate. It’s the first positive result since its inception. However, a closer look at the balance sheet reveals a conundrum: with total assets at CFA5.23 billion and revenue of only CFA30.55 million, the net profit is 24 times higher than the turnover. The board's communiqué remains vague on whether this profitability stems from exceptional items, provisions, subsidies, or state compensations.
The Logistics Puzzle of Minim Martap
As Sonamines navigates its accounting miracle, the private sector is moving at full throttle. Australian junior miner Canyon Resources has confirmed a tight schedule for its Minim Martap bauxite project. Seven locomotives and the first batch of wagons are expected in Douala by mid-2026, with the first commercial shipment slated for late September 2026.
With mineral resources estimated at 1.1 billion tons and a strategic port-rail-logistics corridor, the project represents an investment of over CFA252.6 billion. Canyon has strengthened its grip by increasing its stake in Camrail to 26.9%. The challenge remains operational reliability—from the Adamaoua region to the Douala port—to ensure the bauxite (51% alumina, 2% silica) reaches international markets on time.
Baraza Mining 2026: The Governance Reality Check
Hosted in Yaoundé on June 11-12, the second Baraza Mining Forum laid bare a critical paradox. While Cameroon holds a mining project portfolio valued at over $5.5 billion, the sector still contributes less than 0.2% to the national budget.
Discussions emphasized that resources are no longer the issue. The bottleneck is value addition. Without stable energy, reliable infrastructure, skilled labor, and a transparent fiscal regime, Cameroon risks remaining a raw material exporter. The forum’s central message was urgent: "Mining sovereignty means processing here, not shipping abroad."
To avoid this mirage, experts urge a rapid operationalization of the new Mining Code (2023), enhanced traceability for gold to curb smuggling, and a clear roadmap for the state to monetize its stakes in industrial projects. For Cameroon, the race is no longer about discovering minerals, but about building a profitable, inclusive, and sustainable mining industry.
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Silognhia Edwige