Cameroun : la crise énergétique paralyse Cimencam Figuil et menace près de 200 emplois
L’arrêt des activités de l’usine Cimencam de Figuil, dans la région du Nord, commence à produire des conséquences économiques et sociales préoccupantes. Alors que cette unité industrielle était présentée comme un levier majeur de développement pour le Grand Nord, sa mise à l’arrêt depuis le début du mois de juin menace désormais près de 200 emplois directs et perturbe déjà l’approvisionnement du marché local en ciment.
Selon une évaluation réalisée par la préfecture du Mayo-Louti et relayée par les services départementaux de la communication, les répercussions de cette interruption dépassent largement le cadre du site industriel. L’ensemble de la chaîne de production est affecté, notamment la carrière de Bidzar, principale source d’approvisionnement en matières premières de l’usine, dont les activités sont également suspendues.
Des tensions déjà visibles sur le marché du ciment
Les premiers effets se font sentir sur le marché local. Plusieurs clients signalent des difficultés d’approvisionnement tandis que certaines demandes de remboursement auraient déjà été enregistrées.
Cette situation suscite des inquiétudes chez les acteurs économiques locaux, d’autant plus que l’usine de Figuil avait été conçue pour renforcer l’offre de ciment dans les régions septentrionales et réduire la dépendance aux importations de clinker.
Les autorités locales alertent également sur les risques financiers liés à une prolongation de l’arrêt de production. Parmi les préoccupations figure notamment la capacité de l’entreprise à honorer ses engagements bancaires si la situation énergétique actuelle venait à perdurer.
Une crise énergétique au cœur du blocage
Dans une correspondance adressée à ses clients le 2 juin dernier, la direction des ventes et du marketing de Cimfig, filiale de Cimencam exploitant le site de Figuil, a évoqué une « crise énergétique majeure » ayant entraîné un arrêt temporaire et non programmé de l’ensemble des opérations.
L’entreprise explique que cette décision fait suite à l’effacement temporaire de son site industriel du Réseau interconnecté Nord. Une mesure justifiée par la Société camerounaise d’électricité (Socadel) en raison des fortes tensions qui affectent actuellement l’approvisionnement énergétique dans les régions septentrionales du Cameroun.
Une puissance insuffisante pour faire tourner l’usine
Les difficultés rencontrées par Cimencam reposent sur un problème essentiellement technique.
Selon les informations communiquées par les services du Mayo-Louti, l’usine a besoin d’une puissance minimale de 5,5 mégawatts pour fonctionner normalement. Or, en l’absence d’alimentation régulière du réseau électrique, l’entreprise doit s’appuyer sur des groupes électrogènes dont la capacité totale n’atteint que 2,2 mégawatts.
Cette puissance est largement insuffisante pour maintenir en activité les équipements industriels nécessaires à la production de clinker et de ciment.
Le barrage de Lagdo au centre de la crise
Du côté de Socadel, la situation est attribuée à la baisse critique du niveau d’eau du barrage de Lagdo, principal fournisseur d’électricité du Réseau interconnecté Nord.
Face à cette contrainte, l’énergéticien a dû procéder à des arbitrages pour préserver la stabilité du réseau, entraînant l’effacement temporaire de plusieurs grands consommateurs industriels, parmi lesquels figure l’usine Cimencam de Figuil.
Cette décision met en évidence la forte dépendance énergétique des industries installées dans le Grand Nord et leur vulnérabilité face aux fluctuations de la production hydroélectrique.
Un investissement stratégique fragilisé
L’arrêt de l’usine intervient moins d’un an après l’inauguration de cette nouvelle unité intégrée de production de clinker et de ciment. Porté par Cimencam à travers sa filiale Cimfig, ce projet était présenté comme un investissement structurant pour l’économie du Nord Cameroun.
L’objectif était de renforcer l’autonomie de la filière cimentière nationale, de réduire les coûts logistiques liés aux importations et de soutenir les nombreux projets d’infrastructures en cours dans les régions septentrionales.
Aujourd’hui, cette interruption brutale relance le débat sur les défis énergétiques qui freinent l’industrialisation du Cameroun.
Le défi de l’industrialisation du Grand Nord
Au-delà du cas spécifique de Cimencam, cette crise met en lumière une problématique plus large : la capacité du Cameroun à garantir une alimentation électrique stable et compétitive pour attirer durablement les investisseurs industriels.
Pour l’entreprise, l’urgence est de préserver les emplois, satisfaire les commandes en attente et limiter les perturbations sur le marché du ciment. Pour les pouvoirs publics, l’enjeu est stratégique : sécuriser les infrastructures énergétiques afin d’éviter que de futurs investissements industriels ne soient compromis par des contraintes d’approvisionnement électrique.
L’évolution de ce dossier sera suivie de près tant par les acteurs économiques que par les populations locales, qui voient dans cette usine un symbole des ambitions industrielles du Grand Nord.
Cameroon: Energy Crisis Shuts Down Cimencam’s Figuil Plant, Threatening Nearly 200 Jobs
The shutdown of Cimencam's cement plant in Figuil, located in Cameroon’s North Region, is beginning to generate serious economic and social consequences. Nearly 200 direct jobs are now at risk as the facility remains closed due to a major energy crisis affecting the country's northern regions.
According to an assessment conducted by the Mayo-Louti Prefecture, the suspension of operations has also halted activities at the Bidzar quarry, which supplies raw materials to the cement plant. The disruption is already creating shortages in the local cement market, with some customers reportedly requesting refunds.
Cimfig, a subsidiary of Cimencam and part of the LafargeHolcim Maroc Afrique group, informed clients on June 2 that a "major energy crisis" had forced an unplanned temporary shutdown of all operations.
The company explained that its production site had been temporarily disconnected from the Northern Interconnected Grid due to power shortages. Electricity provider Socadel attributed the measure to the severe energy crisis currently affecting northern Cameroon.
The problem is largely technical. According to local authorities, the plant requires at least 5.5 MW of power to operate normally. However, the available backup generators can only provide 2.2 MW, far below the level required to keep production equipment running.
Socadel has linked the crisis to critically low water levels at the Lagdo Dam, the main power source for the Northern Interconnected Grid. To maintain network stability, several large industrial consumers, including Cimencam Figuil, were temporarily disconnected.
The shutdown comes less than a year after the inauguration of the integrated clinker and cement production facility, which was expected to strengthen local cement supply, reduce dependence on imported clinker, and support infrastructure projects across northern Cameroon.
Beyond the immediate impact on jobs and cement supply, the situation highlights one of the major obstacles to industrial development in the region: the lack of reliable and sufficient electricity for large-scale industrial operations.
For Cimencam, the priority is to protect jobs, fulfill customer orders, and avoid prolonged market disruptions. For public authorities, the crisis raises a broader question: how can industrial investments in northern Cameroon be secured without guaranteed energy capacity?
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Moussa Nassourou