Yaoundé et Kribi : deux mégaprojets à plus de 1 400 milliards FCFA qui pourraient transformer l’avenir des infrastructures au Cameroun
Le Cameroun franchit une nouvelle étape dans sa stratégie de modernisation des infrastructures. Alors que le gouvernement recherche activement des partenaires pour financer la future voie de contournement de Yaoundé, un autre projet structurant prend forme à Kribi avec la création de la première usine privée de production de bitume du pays. Ensemble, ces deux investissements dépassent les 1 400 milliards de FCFA et pourraient redessiner durablement le paysage économique et logistique national.
La voie de contournement de Yaoundé attire les investisseurs internationaux
Le projet de voie de contournement de Yaoundé, considéré comme l’un des plus ambitieux chantiers routiers urbains du Cameroun, suscite l’intérêt croissant d’acteurs internationaux. Le groupe indien Ashoka Buildcon Limited, spécialisé dans les infrastructures de transport, a officiellement manifesté son intérêt pour la réalisation de cette gigantesque rocade.
Le 9 juin 2026, une délégation conduite par Vinit Chitale, responsable du développement commercial pour les marchés mondiaux du groupe indien, a été reçue au ministère de l’Habitat et du Développement urbain (Minhdu).
L’entreprise propose un modèle EPC (Engineering, Procurement and Construction) intégrant à la fois la conception, l’approvisionnement, la construction et l’accompagnement dans la mobilisation des financements nécessaires.
Cette proposition intervient alors que l’État camerounais poursuit ses démarches pour sécuriser les ressources financières indispensables à la réalisation de cette infrastructure stratégique.
Un investissement colossal de plus de 1 263 milliards FCFA
Selon les estimations officielles, la future voie de contournement s’étendra sur 90,54 kilomètres en 2×2 voies à travers les départements du Mfoundi, de la Lékié, de la Mefou-et-Afamba et de la Mefou-et-Akono.
Le projet prévoit :
- 16 échangeurs ;
- plusieurs ouvrages d’art ;
- des aménagements hydrauliques ;
- des réserves foncières pour une future voie express ou un transport collectif en site propre.
La composante routière est évaluée à 794,7 milliards FCFA hors taxes, tandis que l’aménagement de quatre pôles de développement urbain à Mbankomo, Mfou, Soa et Okola représente 469 milliards FCFA supplémentaires.
Le coût total atteint ainsi 1 263,7 milliards FCFA hors taxes, soit près de 14 milliards FCFA par kilomètre lorsque les infrastructures urbaines associées sont intégrées.
Le tronçon T3 au cœur des priorités
Le gouvernement a choisi de lancer prioritairement le tronçon T3, long de 22,8 kilomètres, reliant Nkozoa à Minkoameyos.
Cette section est jugée essentielle puisqu’elle permettra de détourner une partie du trafic lourd avant son entrée dans Yaoundé, réduisant ainsi les embouteillages et améliorant la fluidité des échanges vers les corridors régionaux desservant le Tchad, la République centrafricaine et le Gabon.
L’Union européenne et la Banque européenne d’investissement ont déjà manifesté leur intérêt pour ce segment, même si plusieurs conditions techniques, environnementales et sociales restent à satisfaire avant tout décaissement.
Kribi prépare sa révolution industrielle avec une usine de bitume
Pendant que Yaoundé prépare sa transformation routière, Kribi avance sur un autre chantier stratégique : la création d’une usine de production de bitume portée par la société All Bitumen Cameroon Plc.
Entre février et avril 2026, le projet a obtenu deux avancées majeures.
D’abord, le ministre des Finances, Louis Paul Motazé, a signé la liste des équipements et intrants bénéficiant d’exonérations douanières. Ensuite, le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, a délivré à l’entreprise son agrément officiel de raffinage.
Cette autorisation fait d’All Bitumen Cameroon Plc la deuxième entreprise du pays, après la Sonara, à disposer d’un agrément de ce type.
161 milliards FCFA pour produire le bitume localement
Installée sur un terrain de 60 hectares dans la zone industrialo-portuaire de Kribi, l’usine sera adossée à une mini-raffinerie capable de traiter 10 000 barils de pétrole par jour.
L’investissement global est actuellement estimé à 161 milliards FCFA.
La future unité industrielle affichera une capacité de production de 250 000 tonnes de bitume par an, soit largement au-dessus des besoins actuels du marché camerounais.
Selon les promoteurs du projet, cette infrastructure devrait :
- générer entre 300 et 400 emplois directs ;
- créer près de 1 500 emplois indirects ;
- réduire considérablement les importations de bitume ;
- renforcer la souveraineté industrielle du Cameroun.
Une baisse attendue des coûts de construction des routes
L’un des principaux avantages attendus concerne le secteur du BTP.
D’après plusieurs experts, la production locale de bitume pourrait permettre une réduction d’environ 30 % des coûts de construction routière au Cameroun.
Cette baisse serait particulièrement significative au moment où le pays multiplie les projets d’autoroutes, de routes nationales et de voies urbaines.
Le gouvernement a d’ailleurs décidé d’accompagner le projet en prévoyant une participation publique pouvant atteindre 15 % du capital, tandis qu’une enveloppe de 2 milliards FCFA a été affectée au Port autonome de Kribi pour les premiers travaux de terrassement.
Une vision intégrée pour le développement du Cameroun
La concomitance de ces deux projets illustre une stratégie de développement fondée sur la complémentarité entre infrastructures de transport et industrialisation.
D’un côté, la voie de contournement de Yaoundé vise à fluidifier la circulation, réduire les coûts logistiques et soutenir l’expansion urbaine de la capitale. De l’autre, l’usine de bitume de Kribi ambitionne de fournir localement un matériau essentiel à la réalisation des futurs chantiers routiers.
Si les financements sont effectivement mobilisés et les calendriers respectés, ces investissements pourraient marquer un tournant majeur dans la modernisation des infrastructures camerounaises et renforcer le rôle du pays comme hub logistique et industriel en Afrique centrale.
Cameroon Pushes Forward Two Mega Infrastructure Projects Worth Over CFAF 1.4 Trillion
Cameroon is advancing two major strategic projects that could significantly reshape its economic and transport landscape.
The first is the Yaoundé Bypass Road, a massive urban transport project estimated at CFAF 1.263 trillion, designed to reduce congestion in the capital and improve regional trade corridors connecting Douala and Kribi ports to Chad, the Central African Republic, and Gabon.
Indian infrastructure giant Ashoka Buildcon Limited has expressed interest in delivering the project through an EPC model, covering engineering, procurement, construction, and support for financing mobilization.
The bypass will stretch over 90.54 kilometers, include 16 interchanges, major bridges, and urban development hubs in Mbankomo, Mfou, Soa, and Okola.
At the same time, Cameroon is progressing with a CFAF 161 billion bitumen production plant in Kribi, developed by All Bitumen Cameroon Plc.
The project recently secured key government approvals, including customs exemptions for imported equipment and a refining license issued by the Ministry of Water and Energy.
The facility will produce 250,000 tons of bitumen annually and be supported by a mini-refinery processing 10,000 barrels of crude oil per day.
Experts believe local production could reduce road construction costs by approximately 30%, while creating hundreds of direct jobs and strengthening Cameroon’s industrial capacity.
Together, these projects reflect the country's ambition to combine infrastructure expansion, industrial transformation, and regional economic integration.
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Didier Cebas K.