Publicité

Électricité au Cameroun : dette de 850 milliards, hausse des tarifs, objectifs sous pression… le patron de Socadel face à une mission herculéenne

Socadel hérite d’un secteur électrique sous tension au Cameroun : dette de 850 milliards FCFA, coupures, fraude, réforme tarifaire et pression sur les recettes. Le nouveau DG Oumarou Hamandjoda devra redresser l’ex-Eneo sous haute surveillance de l’État.

Publicité

Électricité : le Cameroun place Socadel sous pression maximale pour sauver un secteur en crise


Le Cameroun change de visage dans le secteur de l’électricité, mais l’urgence reste la même : remettre debout un système énergétique fragilisé par les dettes, les coupures répétées, les pertes financières et la défiance des consommateurs.


Avec la création de la Société camerounaise d’électricité (Socadel), appelée à succéder à Eneo Cameroon, l’État ne veut plus seulement gérer une concession électrique. Il veut piloter un redressement national. Et pour cela, le nouveau directeur général, Oumarou Hamandjoda, sera placé sous surveillance permanente.


Le ministère de l’Eau et de l’Énergie (Minee) a en effet élaboré un contrat de performance particulièrement strict, adossé à 20 indicateurs couvrant les finances, la qualité du service, le commercial, la gouvernance ainsi que la sécurité et les ressources humaines. Son mandat de trois ans, renouvelable une seule fois, dépendra directement des résultats obtenus.


Le financier et la qualité du service au cœur de l’évaluation


Le message de l’État est clair : le futur patron de Socadel sera jugé avant tout sur sa capacité à remettre de l’ordre dans les comptes et à améliorer enfin l’électricité servie aux Camerounais.


La qualité du service représente 33 % de la note finale du DG, tandis que les performances financières comptent pour 27 %. Le commercial suit avec 20 %, devant la gouvernance (15 %) et la sécurité-ressources humaines (5 %).


Cette hiérarchisation traduit la gravité de la situation actuelle. Selon le plan de restructuration du Minee, l’ex-Eneo affiche une dette globale estimée à près de 850 milliards de FCFA. Chaque mois, l’entreprise facture environ 40 milliards de FCFA, mais ne recouvre que 31 milliards, alors que ses charges tournent autour de 44 milliards. Résultat : un déficit mensuel récurrent de 13 milliards de FCFA.


Le taux global de recouvrement est évalué à seulement 77,5 %, un niveau jugé insuffisant pour garantir l’équilibre du secteur.


Le recouvrement devient la priorité absolue


Dans le nouveau schéma imposé par l’État, le recouvrement des factures devient le principal levier de survie financière.


Le contrat fixe des objectifs progressifs : atteindre 78 % de recouvrement en 2026, 84 % en 2027 puis 90 % en 2028. Le chiffre d’affaires devra également progresser de 4 % dès 2026, puis de 6 % les années suivantes.


Mais l’État exige aussi davantage de discipline dans la redistribution des recettes entre les différents acteurs de la chaîne électrique. Le DG devra garantir une traçabilité totale des flux financiers et respecter strictement la clé de répartition validée par l’actionnaire public.


Dans un secteur miné depuis des années par les retards de paiement, cet enjeu est stratégique pour les producteurs indépendants, Sonatrel ou encore les gestionnaires de l’eau.


Réduire les coupures : le grand test politique


Au-delà des finances, c’est surtout sur le terrain que Socadel sera attendue.


Les indicateurs SAIDI et SAIFI — qui mesurent respectivement la durée et la fréquence des coupures — devront être améliorés de manière significative.


L’objectif fixé est de faire passer la durée moyenne annuelle des interruptions de 51,5 heures à 45,8 heures par client, tandis que leur fréquence devra reculer de 20,1 à 18,3 interruptions par an.


Le gouvernement veut également réduire drastiquement les pertes techniques et commerciales, qui plombent les recettes du secteur. Ces pertes devront passer de 12,5 % à 8,5 % d’ici 2028.


Selon le plan de restructuration, les pertes globales de distribution atteignaient près de 29 % fin 2025, causant un manque à gagner estimé à environ 60 milliards de FCFA par an.


Autrement dit, chaque coupure, chaque fraude et chaque kilowatt perdu deviennent désormais des indicateurs de performance directe pour le nouveau management.


Compteurs prépayés et lutte contre la fraude : la nouvelle bataille


Le gouvernement veut aussi accélérer la migration vers les compteurs prépayés.


Des dizaines de milliers de conversions sont prévues chaque année afin de sécuriser les recettes et réduire les impayés. Le plan prévoit notamment une première phase de migration de 50 000 compteurs dès 2026.


Les gains attendus sont importants : jusqu’à 4 milliards de FCFA de liquidités avancées par mois à terme, ainsi qu’une baisse significative des coûts commerciaux.


Parallèlement, l’État prépare une offensive contre la fraude électrique. Une brigade nationale dédiée est annoncée, tandis que 8 000 compteurs intelligents seront déployés dans les postes MT/BT afin d’identifier les zones de fraude massive.


Le gouvernement espère récupérer au moins 500 millions de FCFA supplémentaires par mois dès 2026 grâce à ces opérations.


Une hausse des tarifs se profile


Derrière cette restructuration se cache aussi un dossier politiquement sensible : celui des tarifs de l’électricité.


Le gouvernement envisage une augmentation de 15 % des prix en basse tension pour les consommateurs professionnels dépassant 220 kWh de consommation.


L’objectif affiché est de soulager les finances publiques et de contribuer au redressement du secteur, alors que les tarifs basse tension sont gelés depuis 2012 malgré l’explosion des coûts de production et d’exploitation.


Selon les projections du Minee, cette hausse pourrait générer jusqu’à 8,7 milliards de FCFA de revenus additionnels mensuels d’ici 2028.


Le Minee échoue à recruter un consultant pour la réforme tarifaire


Paradoxalement, au moment où l’État prépare cette réforme tarifaire, le ministère de l’Eau et de l’Énergie vient de déclarer infructueuse la procédure de recrutement du consultant chargé d’élaborer la future politique tarifaire de l’électricité.


L’appel à manifestation d’intérêt lancé en mars 2026 n’a pas permis de présélectionner suffisamment de cabinets techniquement recevables pour poursuivre la procédure, conformément au Code des marchés publics.


Cette étude devait pourtant servir de socle à une nouvelle doctrine tarifaire nationale intégrant la soutenabilité financière des opérateurs, la protection des ménages vulnérables et des mécanismes de subventions ciblées.


Le consultant attendu devait analyser les coûts de production, de transport et de distribution, tout en proposant un nouveau modèle de fixation des prix plus transparent et plus adapté aux réalités du secteur.


Un mandat sous haute tension


Sur le papier, le plan du Minee paraît ambitieux. Les autorités estiment qu’au bout de trois ans, les gains cumulés pourraient dépasser 17 milliards de FCFA par mois, permettant d’absorber progressivement le déficit chronique du secteur.


Mais la réussite de Socadel dépendra autant de la performance de son directeur général que des arbitrages politiques de l’État sur la dette, les paiements publics, la compensation tarifaire et les futurs ajustements de prix.


Une chose est certaine : pour Oumarou Hamandjoda, le véritable défi commence maintenant. Car derrière les tableaux de bord et les indicateurs techniques, les Camerounais attendent surtout une chose : une électricité plus stable, plus accessible et enfin capable d’accompagner l’économie du pays.




Cameroon’s Electricity Sector Under Pressure: Massive Debt, Planned Tariff Hikes and Tough Targets for New Socadel Boss


Cameroon’s newly created electricity company, Socadel, is stepping into one of the country’s most difficult economic sectors.


Replacing Eneo Cameroon, Socadel inherits an electricity industry weighed down by nearly CFA 850 billion in debt, chronic power cuts, widespread fraud and severe cash flow shortages.


The government has placed the new CEO, Oumarou Hamandjoda, under a strict performance-based contract built around 20 indicators covering finance, service quality, commercial performance, governance and human resources.


The Ministry of Water and Energy (Minee) wants rapid improvements in electricity distribution and financial recovery. Service quality alone represents 33% of the CEO’s evaluation score, while financial performance accounts for 27%.


According to the restructuring plan, the company invoices roughly CFA 40 billion monthly but collects only CFA 31 billion while facing monthly expenses of around CFA 44 billion, resulting in a recurring cash deficit of CFA 13 billion every month.


The government now expects Socadel to dramatically improve bill collection rates, reduce technical and commercial losses, modernize the network and fight electricity theft.


One of the key strategies will be the massive deployment of prepaid meters, expected to generate billions of CFA in advance cash flow while reducing unpaid bills and operational costs.


Authorities are also preparing a nationwide anti-fraud campaign supported by smart meters and a dedicated anti-electricity theft brigade.


Meanwhile, Cameroon is considering a 15% electricity tariff increase for certain professional low-voltage consumers using more than 220 kWh, as authorities seek to restore the sector’s financial balance after years of frozen tariffs.


However, the Ministry recently failed to recruit a consultant tasked with designing the country’s future electricity pricing policy after an official selection process was declared unsuccessful.


Despite the ambitious recovery plan, the success of Socadel will depend not only on management performance but also on politically sensitive decisions involving public debt, subsidies and electricity pricing reforms.


For millions of Cameroonians facing frequent blackouts, expectations remain high: more reliable electricity and a sector finally capable of supporting economic growth.



Socadel, Eneo Cameroon, électricité Cameroun, Oumarou Hamandjoda, crise électricité Cameroun, hausse tarifs électricité, Minee Cameroun, dette Eneo, coupures électricité Cameroun, réforme secteur électrique, compteurs prépayés Cameroun, fraude électricité Cameroun, Sonatrel, Arsel Cameroun, énergie Cameroun, politique tarifaire électricité, réseau électrique Cameroun, producteurs indépendants électricité, crise énergétique Cameroun, actualité énergie Cameroun


Mouahna Divine

Publicité