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BEAC : la CEMAC prépare un « franc CFA numérique » pour bloquer l’invasion des stablecoins en dollar

La BEAC veut lancer un franc CFA numérique souverain pour protéger la CEMAC face aux stablecoins en dollar comme l’USDT. Un tournant stratégique pour l’avenir monétaire du Cameroun et de l’Afrique centrale.

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La bataille de la monnaie numérique est désormais ouverte en Afrique centrale. Face à la montée fulgurante des stablecoins adossés au dollar américain, la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) veut imposer sa propre réponse souveraine : un franc CFA numérique strictement aligné sur la monnaie actuelle de la CEMAC.


L’annonce a été faite vendredi à Dakar par le gouverneur de la BEAC, Yvon Sana Bangui, lors d’une conférence internationale consacrée aux crypto-actifs et aux innovations financières. Le message est clair : la banque centrale refuse de laisser les stablecoins privés, notamment ceux indexés sur le dollar, prendre le contrôle des transactions numériques dans la sous-région.


« Nous n’aurons qu’une parité : un franc CFA, un franc CFA numérique », a martelé le gouverneur devant plusieurs responsables monétaires africains.


La BEAC veut protéger la souveraineté monétaire de la CEMAC


Pour l’institution monétaire sous-régionale, l’enjeu dépasse largement la technologie. Derrière la question des crypto-actifs se joue une bataille stratégique autour de la souveraineté monétaire des six pays de la CEMAC : Cameroun, Gabon, Tchad, Congo, Guinée équatoriale et République centrafricaine.


La crainte de la BEAC est simple : voir les populations et les entreprises adopter massivement des stablecoins en dollar comme l’USDT ou l’USDC pour les paiements numériques, les transferts d’argent ou les échanges commerciaux internationaux.


Un tel scénario créerait progressivement une forme de « dollarisation numérique » de l’économie régionale, échappant au contrôle de la banque centrale.


Dans ce contexte, la BEAC estime qu’un franc CFA numérique permettrait de conserver la maîtrise de l’émission monétaire, de la liquidité bancaire et des politiques de change.


Une menace directe pour les réserves de change


L’inquiétude de la banque centrale est également liée à la fragilité des réserves extérieures de la CEMAC.


À fin 2024, les réserves de change de la sous-région étaient estimées à environ 11,3 milliards de dollars, soit seulement 4,2 mois d’importations, un niveau inférieur au seuil recommandé par le FMI.


Or, l’utilisation massive de stablecoins en dollar obligerait les utilisateurs de la zone CEMAC à mobiliser davantage de devises étrangères pour alimenter leurs portefeuilles numériques, souvent hébergés hors du continent africain.


Pour la BEAC, cela pourrait accentuer la pression sur les réserves de change et réduire l’efficacité des instruments classiques de politique monétaire.


La CEMAC accélère la régulation des crypto-actifs


Consciente de l’accélération mondiale autour des monnaies numériques, la BEAC travaille déjà avec le Fonds monétaire international (FMI) à la mise en place d’un cadre réglementaire sous-régional.


En février dernier, un atelier stratégique avait réuni la Commission bancaire de l’Afrique centrale (COBAC) et la Commission de surveillance du marché financier afin de préparer les futures règles communes encadrant les crypto-actifs dans la zone CEMAC.


L’objectif est double : éviter une dérégulation du marché numérique tout en préparant le terrain à une éventuelle monnaie numérique de banque centrale.


Le Kenya choisit une autre voie


Pendant que la CEMAC privilégie une approche souveraine, d’autres pays africains avancent différemment.


Le Kenya, par exemple, a décidé d’encadrer légalement les stablecoins privés plutôt que de les concurrencer directement avec une monnaie numérique publique.


Le gouverneur de la Central Bank of Kenya, Kamau Thugge, a expliqué que les émetteurs de stablecoins devront respecter des exigences strictes de capital et de réserves financières. Les utilisateurs pourront également convertir leurs stablecoins à tout moment.


Cette stratégie reflète la maturité de l’écosystème numérique kényan, déjà largement dominé par les paiements mobiles et les innovations financières.


L’Afrique face au défi des monnaies numériques


Dans plusieurs pays africains, les stablecoins sont déjà utilisés comme instruments de transfert d’argent, de protection contre l’inflation ou de facilitation des échanges internationaux.


Dans certains circuits commerciaux d’Afrique de l’Ouest, des opérateurs utilisent déjà l’USDT pour contourner les contraintes liées aux devises et sécuriser leurs transactions avec la Chine ou les pays du Golfe.


Cette réalité place désormais les banques centrales africaines devant un choix stratégique : interdire les stablecoins, les réguler ou créer leur propre alternative souveraine.


La BEAC semble avoir tranché.


Avec le projet de franc CFA numérique, l’Afrique centrale veut éviter que l’avenir de sa monnaie ne soit dicté par des acteurs privés étrangers ou par la domination numérique du dollar.


Mais entre ambition technologique, contraintes réglementaires et défi de confiance des populations, le chantier s’annonce colossal pour la banque centrale de la CEMAC.




BEAC plans a “Digital CFA Franc” to counter the rise of dollar-backed stablecoins in Central Africa


The Bank of Central African States (BEAC) is moving toward the creation of a sovereign digital currency tied directly to the CFA franc, as Central African authorities seek to prevent dollar-backed stablecoins from weakening the region’s monetary sovereignty.


Speaking Friday in Dakar during an international conference on crypto-assets and digital finance, BEAC Governor Yvon Sana Bangui confirmed that the institution favors a digital CFA franc over allowing private dollar-denominated stablecoins to dominate transactions across the CEMAC region.


“We will have only one parity: one CFA franc, one digital CFA franc,” the governor declared.


The BEAC fears that widespread adoption of stablecoins such as USDT or USDC could gradually create a form of digital dollarization within Central African economies, undermining the central bank’s control over liquidity, monetary policy and foreign exchange reserves.


The stakes are particularly high for the six CEMAC member states — Cameroon, Gabon, Chad, Congo, Equatorial Guinea and the Central African Republic — which share the CFA franc under a monetary cooperation framework with France.


According to BEAC officials, the use of foreign-currency stablecoins could increase pressure on the region’s external reserves, estimated at around $11.3 billion at the end of 2024, equivalent to only 4.2 months of imports.


To address these risks, the central bank is working with the International Monetary Fund (IMF) on a regional regulatory framework for crypto-assets and digital currencies.


Meanwhile, other African countries are adopting different strategies. Kenya, for example, is choosing to regulate stablecoin issuers under strict legal and reserve requirements rather than launching a sovereign digital currency immediately.


Across Africa, stablecoins are increasingly used for cross-border trade, remittances and inflation protection, especially in markets exposed to currency volatility.


For the BEAC, however, the challenge is no longer whether digital currencies should exist, but who will control them: African central banks or private issuers linked to major international currencies.



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Didier Cebas K.

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