Yaoundé prend la mesure du choc géopolitique mondial. Dans un contexte de tensions persistantes entre les États-Unis et l’Iran, le Cameroun revoit sa copie économique. Le ministère des Finances (Minfi), dans un rapport stratégique, alerte sur l’exposition du pays aux secousses extérieures et préconise une réponse claire : produire localement pétrole raffiné et engrais.
Un choc mondial aux répercussions locales
Le diagnostic du Minfi est sans ambiguïté : la crise irano-américaine agit comme un amplificateur de vulnérabilités pour les économies de la CEMAC. En ligne de mire, trois risques majeurs : la perturbation des chaînes d’approvisionnement, la flambée des prix des hydrocarbures et celle des engrais.
Pour Yaoundé, l’équation est simple : continuer à dépendre des importations expose le pays à des chocs exogènes récurrents. D’où l’urgence de bâtir une autonomie industrielle.
SONARA ou nouvelle raffinerie : un serpent de mer relancé
Parmi les recommandations phares : la réhabilitation de la SONARA, paralysée depuis l’incendie de mai 2019, ou la construction d’une nouvelle raffinerie.
Sur le papier, les lignes bougent. Le conseil d’administration de la SONARA a validé en décembre 2025 un budget de 291,9 milliards FCFA dans le cadre du programme PARRAS 24, censé relancer le raffinage sous 24 mois. Mais sur le terrain, les travaux restent attendus, alimentant le scepticisme.
Kribi, nouveau pôle énergétique en gestation
Pendant que la SONARA piétine, le projet de raffinerie de Kribi, porté par CSTAR Petroleum, gagne du terrain.
Le 5 mai 2026, une étape décisive a été franchie : 120 milliards FCFA ont été mobilisés pour financer la participation de la Société nationale des hydrocarbures (SNH). La convention a été signée avec BGFI Bank Cameroun, avec le soutien d’un pool bancaire incluant Afriland First Bank, CCA Bank, SCB Cameroun et BICEC.
Ce financement couvre environ 32 % du coût total du projet, estimé à 372 milliards FCFA. Le reste devra être apporté par les partenaires, notamment Ariana Energy et Tradex.
Sur le terrain, les travaux préparatoires sont déjà visibles : débroussaillage, ouverture des voies d’accès, installation de la base de vie.
Une raffinerie stratégique pour réduire la dépendance
Le projet prévoit une montée en puissance progressive :
- 10 000 barils/jour dès 2026 (production anticipée)
- 30 000 barils/jour à partir de 2027
À terme, la raffinerie devrait produire 1,8 million de tonnes de produits pétroliers par an, avec un impact direct sur la balance commerciale :
- 435 milliards FCFA d’importations réduites chaque année
- Jusqu’à 580 milliards FCFA d’économies en devises, selon la BEAC
Un dépôt pétrolier de 250 000 à 300 000 m³, évalué à 168 milliards FCFA, viendra compléter le dispositif.
Engrais : l’autre bataille stratégique
L’autre front ouvert par le Minfi concerne les engrais, dont les prix explosent sur le marché international.
Mais ici aussi, le Cameroun accuse un retard structurel. Plusieurs projets restent à l’état d’annonces depuis plus d’une décennie :
- le projet Ferrostaal à Limbé
- les ambitions de Vision Global (Limbé et Yaoundé)
- l’usine annoncée à Douala en 2023 par le gouvernement
Autant d’initiatives qui peinent à se matérialiser, alors même que l’agriculture camerounaise reste fortement dépendante des intrants importés.
Souveraineté économique ou rendez-vous manqué ?
Au-delà des chiffres, le rapport du Minfi pose une question centrale : le Cameroun saura-t-il enfin transformer ses ambitions industrielles en réalisations concrètes ?
Entre promesses répétées et projets en gestation, l’enjeu est désormais celui de l’exécution. Car dans un monde de plus en plus instable, la souveraineté énergétique et agricole n’est plus une option — mais une nécessité stratégique.
Cameroon moves to shield its economy from global shocks. Amid ongoing tensions between the United States and Iran, the country is reassessing its economic vulnerabilities. A new report from the Ministry of Finance calls for a strategic shift: local production of refined petroleum and fertilizers.
Global tensions, local consequences
The report highlights key risks for CEMAC economies: disrupted supply chains, rising fuel prices, and surging fertilizer costs. Cameroon remains highly exposed due to its dependence on imports.
SONARA revival or new refinery?
Authorities are weighing two options: rehabilitate the SONARA refinery, inactive since the 2019 fire, or build a new one. A 291.9 billion FCFA rehabilitation plan exists, but implementation is still pending.
Kribi refinery project gains momentum
Meanwhile, the CSTAR Petroleum project in Kribi is advancing. On May 5, 2026, 120 billion FCFA was secured to finance SNH’s participation, with BGFI Bank coordinating a consortium of local banks.
This covers about 32% of the total 372 billion FCFA project cost.
A game changer for imports
Planned capacity:
- 10,000 barrels/day (2026)
- 30,000 barrels/day (2027)
Expected impact:
- 435 billion FCFA reduction in imports annually
- Up to 580 billion FCFA in foreign exchange savings
Fertilizer production still lagging
Multiple fertilizer plant projects have been announced over the past decade but remain unrealized, leaving agriculture dependent on imports.
Strategic turning point
The report underscores a critical challenge: execution. For Cameroon, achieving energy and agricultural sovereignty is no longer optional in a volatile global environment.
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Didier Cebas K.