Kérosène au Nigeria : le plafond tombe, les avions respirent... pour l’instant ?
C’était le couperet qui menaçait de clouer au sol toute une industrie. Face à la flambée historique du prix du kérosène, qui a bondi de plus de 260 % en trois mois, les autorités nigérianes ont finalement sorti l’artillerie lourde : un plafonnement des prix. Mais à Yaoundé comme à Lagos, les observateurs s’interrogent : ce remède de cheval suffira-t-il à sauver les compagnies aériennes locales ?
La décision, révélée par le journal Leadership, tombe comme un oukase. Le régulateur nigérian de l’industrie pétrolière a fixé des plafonds stricts. À Abuja, la capitale, le litre de kérosène (Jet A1) ne pourra plus dépasser 2 037 nairas, soit environ 1,5 dollar. À Lagos, le poumon économique du pays, le prix est plafonné à 1 988 nairas, l’équivalent de 1,46 dollar.
Un soulagement, certes. Mais pour mesurer l’ampleur de la crise, il faut remonter à seulement trois mois. En janvier, le kérosène se négociait autour de 900 nairas le litre (0,67 dollar). Avant le coup de frein des autorités, son prix avait littéralement explosé pour atteindre 3 300 nairas le litre, soit 2,5 dollars.
« Nous ne volons plus pour rien »
Le 16 avril dernier, c’est l’Association des compagnies aériennes du Nigeria (AON) qui avait mis le pays en alerte rouge. Dans un cri d’alarme d’une rare violence, l’organisation, qui regroupe huit transporteurs majeurs, a prévenu le gouvernement : sans une action immédiate, tous les vols nationaux allaient être suspendus.
« À 3 300 nairas le litre, chaque vol est une hémorragie », explique un responsable d’Air Peace sous couvert d’anonymat. « Nous volons pour perdre de l’argent. C’est intenable. »
Face à cette menace de paralysie d’un pays de plus de 220 millions d’habitants, le président Bola Tinubu n’a pas eu d’autre choix que d’actionner tous les leviers.
La bouffée d’oxygène de Tinubu
La semaine dernière, deux annonces majeures ont été faites. D’abord, le chef de l’État a approuvé l’effacement pur et simple de 30 % de la dette des compagnies aériennes. Une mesure de grâce qui permet aux opérateurs de repartir sur des bases un peu plus saines.
Ensuite, et c’est sans doute le plus immédiat : les compagnies sont désormais autorisées à acheter leur kérosène à crédit, avec un délai de paiement de 30 jours. Une bouffée d’oxygène pour des trésoreries exsangues.
Sur le papier, le plafonnement des prix est une victoire pour les consommateurs nigérians, qui évitent de justesse l’annulation massive des vols. Mais dans les faits, les défis restent immenses.
Le kérosène au Nigeria est soumis aux mêmes lois du marché international que partout ailleurs. Les autorités peuvent plafonner les prix, mais pourront-elles tenir face aux distributeurs qui menacent déjà de « rationaliser » leurs livraisons ?
Une chose est sûre : l’épisode restera dans les annales comme la plus grave crise du carburant aéronautique qu’ait connue le géant ouest-africain. Pour l’instant, les avions continuent de décoller. Mais à quel prix ?
Nigeria: Price Cap on Kerosene – Airlines Breathe, But for How Long?
Facing a historic surge in jet fuel prices, Nigerian authorities have imposed a strict price cap. According to Leadership newspaper, the Nigerian petroleum industry regulator has set the maximum price at 2,037 naira (1.5)perliterinAbujaand1,988naira(1.5)perliterinAbujaand1,988naira(1.46) in Lagos.
The move comes after the Airline Operators of Nigeria (AON) warned on April 16 of a possible shutdown due to skyrocketing costs. In just three months, kerosene prices jumped from 900 naira (0.67)to3,300naira(0.67)to3,300naira(2.5) per liter, making domestic flights unprofitable.
Last week, President Bola Tinubu also approved a 30% debt write-off for airlines and authorized 30-day credit facilities for fuel purchases.
While the price cap offers temporary relief, industry experts warn that supply tensions could resurface, threatening Nigeria’s aviation sector once again.
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Moussa Nassourou