Sosucam accélère sa mutation industrielle. Le géant sucrier camerounais vient de franchir un cap stratégique avec la mise en service d’une nouvelle unité de production de sucre en morceaux sur son site de Nkoteng. Montant de l’investissement : 2,5 milliards de FCFA, entièrement financés sur fonds propres.
Engagé depuis plus de deux ans, le projet débouche aujourd’hui sur une installation capable de produire jusqu’à 100 tonnes de sucre par jour. Cette nouvelle chaîne remplace l’ancienne unité de Mbandjock, devenue obsolète face aux standards techniques actuels.
Modernisation et repositionnement stratégique
Avec cet outil industriel de nouvelle génération, Sosucam vise clairement un double objectif : monter en gamme sur le segment du sucre transformé et renforcer sa compétitivité sur un marché en mutation.
En interne, l’entreprise assume une ambition plus large : améliorer la qualité de ses produits, optimiser ses procédés et consolider ses parts de marché face à une concurrence de plus en plus agressive, notamment sur les segments à forte valeur ajoutée.
Cette montée en puissance devrait permettre de mieux répondre à la demande des ménages, mais aussi des industriels locaux, dans un contexte où l’offre nationale reste structurellement insuffisante.
Une filière en pleine recomposition
L’initiative de Sosucam s’inscrit dans une dynamique plus large. Le marché camerounais du sucre est en train de se redessiner, avec plusieurs acteurs qui cherchent à augmenter leurs capacités.
C’est le cas de Wega Food, basé à Douala, qui ambitionne d’atteindre 700 tonnes de production quotidienne grâce à une extension en cours. Une offensive industrielle qui traduit une volonté claire : réduire la dépendance du Cameroun aux importations.
Mais le contexte international complique la donne. Sosucam pointe notamment du doigt les politiques de subventions massives pratiquées par des géants comme le Brésil ou l’Inde, qui tireraient les prix mondiaux vers le bas.
Conséquence : une pression accrue des importateurs locaux pour ouvrir davantage le marché camerounais. Face à cela, l’entreprise plaide pour une stabilité réglementaire, qu’elle juge essentielle à la survie de la production locale.
Un marché sous tension persistante
Malgré ces investissements, les déséquilibres structurels demeurent. Selon l’Institut national de la statistique (INS), le Cameroun a exporté 8 047 tonnes de sucre en 2025, contre seulement 512 tonnes en 2024.
Une progression spectaculaire… mais paradoxale. Car dans le même temps, la production nationale – estimée entre 120 000 et 160 000 tonnes par an – reste largement inférieure à une demande évaluée à près de 300 000 tonnes.
Ce déficit chronique oblige régulièrement l’État à autoriser des importations pour éviter les pénuries. Dans ce contexte, la hausse des exportations interroge.
Pour certains acteurs du secteur, il pourrait s’agir en réalité de réexportations vers des pays voisins, plus rémunérateurs, plutôt qu’un véritable essor du sucre camerounais à l’international. Une hypothèse qui reste, à ce stade, non confirmée officiellement.
Un équilibre fragile
La tension sur le marché du sucre n’est pas nouvelle. Déjà en 2022, les autorités avaient suspendu les exportations vers certains pays, dont la République centrafricaine, afin de préserver l’approvisionnement local.
Aujourd’hui encore, le secteur reste pris entre plusieurs contraintes :
- une demande intérieure en forte croissance,
- une production locale insuffisante,
- et une pression internationale qui fragilise la compétitivité.
Dans ce contexte, l’investissement de Sosucam apparaît comme une réponse industrielle forte. Mais une question demeure : suffira-t-il à stabiliser un marché camerounais du sucre structurellement sous tension ?
Cameroon’s Sugar Market: Sosucam Invests CFA 2.5 Billion to Boost Production Amid Rising Pressure
Cameroon’s leading sugar producer, Sosucam, has taken a significant industrial step by commissioning a new sugar cube production unit at its Nkoteng site. The investment, valued at CFA 2.5 billion and fully self-financed, marks a strategic shift for the company.
Launched over two years ago, the new facility has a daily production capacity of 100 tons, replacing the outdated Mbandjock unit.
Industrial upgrade and market positioning
This new infrastructure is part of Sosucam’s broader strategy to improve product quality, modernize its industrial processes, and strengthen its foothold in the processed sugar segment.
The company aims to better serve both households and industrial clients, as domestic demand continues to outpace supply.
A sector undergoing transformation
Sosucam’s move comes amid a broader restructuring of Cameroon’s sugar industry. Competitors like Wega Food are also expanding, targeting 700 tons per day capacity in Douala.
However, global market conditions remain unfavorable. According to Sosucam, subsidies in major producing countries such as Brazil and India artificially lower global prices, increasing pressure on local producers.
Persistent domestic imbalance
Despite these efforts, Cameroon’s sugar market remains structurally imbalanced. National production ranges between 120,000 and 160,000 tons annually, far below the estimated 300,000-ton demand.
Interestingly, sugar exports rose sharply to 8,047 tons in 2025, up from 512 tons in 2024—raising questions about whether these flows reflect true competitiveness or re-exports to more profitable neighboring markets.
A fragile equilibrium
The government has previously intervened to limit exports and protect domestic supply, highlighting the ongoing fragility of the sector.
While Sosucam’s investment is a strong signal, the key question remains: can it truly stabilize Cameroon’s sugar market under growing pressure?
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Mouahna Divine