CEMAC : entre explosion du cash, réforme minière et défi du financement des infrastructures
Trois signaux forts, un même diagnostic : la CEMAC est à un tournant. En 2025, la circulation fiduciaire atteint un niveau record, pendant que la sous-région accélère la réforme de son secteur minier et cherche de nouveaux leviers pour financer ses infrastructures. Une dynamique à trois vitesses qui révèle les contradictions, mais aussi les ambitions, d’un espace économique en mutation.
Le cash atteint des sommets historiques
La Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) dresse un constat sans appel : 5 755 milliards de FCFA de billets et pièces en circulation au 31 décembre 2025, contre 5 363 milliards un an plus tôt. Soit une progression de 7,3 %, équivalente à près de 392 milliards de FCFA injectés dans les économies de la sous-région.
Dans cette masse, le Cameroun concentre à lui seul 44 %, avec 2 554 milliards de FCFA, confirmant son rôle de locomotive économique. Le Tchad suit (1 174 milliards), devant le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale et la Centrafrique.
Derrière ces chiffres, une réalité persistante : l’économie de la CEMAC reste fortement dominée par le cash, notamment dans les circuits informels, le commerce et les services. Une situation qui complique la traçabilité des flux financiers, malgré la montée progressive des paiements numériques.
Un paradoxe monétaire structurel
La hausse du numéraire traduit une activité économique soutenue, mais met en lumière un déséquilibre : la digitalisation avance, sans supplanter le cash. Résultat, les autorités monétaires doivent arbitrer entre inclusion financière, innovation technologique et stabilité des pratiques économiques existantes.
Ce paradoxe devient central dans un contexte où la mobilisation des ressources internes est devenue une priorité stratégique.
À Douala, la CEMAC veut reprendre la main sur ses ressources minières
En parallèle, la sous-région s’attaque à un chantier structurant : la gouvernance de ses ressources extractives. Du 20 au 25 avril 2026, Douala a accueilli une concertation décisive pour finaliser l’avant-projet d’un Code minier communautaire.
Objectif affiché : harmoniser les cadres juridiques, renforcer la transparence et rendre le secteur plus attractif pour les investisseurs.
Experts, parlementaires, administrations, secteur privé et institutions financières régionales (BEAC, COSUMAF, BVMAC) ont été mobilisés pour bâtir un cadre capable de réduire les disparités réglementaires entre États.
Au cœur de la réforme :
- une meilleure gouvernance des titres miniers,
- une redevabilité accrue,
- et une volonté de renforcer le pouvoir de négociation face aux multinationales.
Mais au-delà de l’attractivité, l’enjeu est clair : transformer un potentiel minier encore sous-exploité en levier réel de croissance et d’industrialisation.
Financer les infrastructures : le grand défi de Yaoundé
Autre front stratégique : le financement des infrastructures. À Yaoundé, le Colloque Financier International (Colfini 2), organisé du 23 avril, pose une question centrale : comment financer les projets structurants sans dépendre des bailleurs extérieurs ?
Le diagnostic est partagé. Malgré l’existence d’un marché financier régional, celui-ci reste insuffisamment mobilisé pour les projets de long terme.
En 2024, selon la BVMAC, 78 % de la dette cotée (1 159 milliards FCFA) provient des États, illustrant une forte domination des émissions souveraines, au détriment du financement du secteur productif.
Pour les experts, le problème n’est plus tant la disponibilité des ressources que leur structuration.
« Le défi n’est plus de mobiliser le capital, mais de l’orienter efficacement vers les priorités stratégiques », résume Paul Onono, acteur clé du Colfini.
Mobiliser l’épargne locale, y compris informelle
Face aux contraintes structurelles (faible profondeur du marché, manque d’ingénierie financière, accès limité des investisseurs), une piste émerge : capter l’épargne informelle.
Mobile money, produits d’épargne digitalisés, obligations accessibles au grand public… les solutions envisagées visent à connecter les liquidités des ménages aux besoins d’investissement.
Dans cette dynamique, la BDEAC, à travers son plan stratégique Azobé 2023-2027, entend jouer un rôle moteur dans le financement des infrastructures régionales et la structuration du secteur privé.
Une transformation encore fragile
Entre surabondance de cash, réformes structurelles et recherche de financements innovants, la CEMAC avance, mais reste confrontée à ses propres limites.
L’efficacité du futur Code minier, la capacité du marché financier à se diversifier et la réussite de la mobilisation de l’épargne locale seront déterminantes.
Au fond, la question est simple : la CEMAC parviendra-t-elle à transformer ses ressources – monétaires, minières et financières – en croissance durable ?
CEMAC: Cash Hits CFAF 5,755 Billion as Mining Reform and Infrastructure Financing Take Center Stage
The Central African Economic and Monetary Community (CEMAC) is undergoing a critical economic transition marked by three major trends: rising cash circulation, mining sector reform, and the urgent need to finance infrastructure.
According to BEAC, cash in circulation reached CFAF 5,755 billion in 2025, up 7.3% year-on-year. Cameroon alone accounts for 44%, highlighting both its economic dominance and the continued reliance on cash-based transactions.
While this reflects increased economic activity, it also exposes a structural paradox: digital payments are growing, but cash remains dominant, particularly in informal sectors.
At the same time, Douala hosted key talks (April 20–25, 2026) to finalize a regional mining code, aiming to harmonize regulations, improve transparency, and attract investment. The reform seeks to strengthen state control over natural resources and increase local value creation.
Meanwhile, in Yaoundé, the Colfini 2 conference focused on how to finance infrastructure without excessive reliance on external donors. Despite having a regional financial market, 78% of listed debt is sovereign, limiting private sector and project financing.
Experts emphasize the need to better structure financial instruments and mobilize local savings, including informal funds through digital solutions.
CEMAC now faces a strategic challenge: turning liquidity, natural resources, and financial tools into sustainable economic growth.
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Didier Cebas K.