NÉCROLOGIE – Marcel Niat Njifenji, une page majeure de l’histoire institutionnelle du Cameroun se referme
Le Cameroun est en deuil. Marcel Niat Njifenji, premier Président du Sénat depuis la création de l’institution en 2013, s’est éteint ce jour à l’âge de 91 ans. Figure emblématique de la scène politique nationale, il incarnait à la fois la rigueur technocratique et la continuité institutionnelle.
Affaibli par des problèmes de santé chroniques depuis plusieurs années, son décès survient quelques semaines seulement après avoir été officiellement déchargé de ses fonctions à la tête de la chambre haute du Parlement. Il avait récemment été remplacé par son vice-président.
Une trajectoire d’excellence entre ingénierie et haute administration
Né le 26 octobre 1934 à Bangangté, dans la région de l’Ouest, Marcel Niat Njifenji appartient à cette génération de bâtisseurs formés dans les premières décennies post-indépendance. Après des études au Cameroun, il poursuit sa formation en France où il obtient une licence en sciences physiques et mathématiques à Clermont-Ferrand, avant de sortir ingénieur de Supélec.
De retour au pays en 1960, il intègre la fonction publique comme ingénieur des ponts et chaussées. En 1974, il est nommé directeur général de la Société nationale d’électricité du Cameroun. Il occupera ce poste stratégique pendant plus de vingt ans, contribuant activement à l’extension et à la modernisation du réseau électrique national.
Son nom reste notamment associé à la mise en service du barrage de Song Loulou en 1981, inauguré en présence du président Ahmadou Ahidjo et du Premier ministre Paul Biya — un jalon majeur dans l’histoire énergétique du Cameroun.
De la haute administration au sommet de l’État
En 1990, Marcel Niat Njifenji fait son entrée au gouvernement comme ministre du Plan et de l’Aménagement du territoire. Deux ans plus tard, il devient vice-Premier ministre chargé des Mines, de l’Eau et de l’Énergie.
Sur le plan politique, il est élu député en 1992 sous la bannière du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC). Il sera ensuite maire de Bangangté entre 2002 et 2007, consolidant son ancrage local tout en demeurant une figure nationale.
En 2013, avec la mise en place effective du Sénat, il est nommé sénateur puis élu premier Président de cette nouvelle institution. Il sera reconduit à plusieurs reprises, notamment en 2024, incarnant la stabilité de la chambre haute durant plus d’une décennie.
Une carrière marquée par les épreuves
Sa trajectoire n’a pas été exempte de turbulences. En avril 1984, dans le contexte de la tentative de coup d’État, il est arrêté avant d’être libéré quelques mois plus tard sans poursuites. Un épisode qui n’entamera pas durablement son ascension dans les sphères du pouvoir.
Plus de six décennies au service de l’État
Avec la disparition de Marcel Niat Njifenji, c’est plus de soixante ans de présence continue dans l’administration, la technique et la vie politique camerounaise qui s’achèvent. Ingénieur, gestionnaire, ministre, parlementaire et chef d’institution, il aura traversé les grandes séquences de l’histoire contemporaine du Cameroun.
Sa mort ouvre une nouvelle page dans l’histoire du Sénat camerounais, dont il fut le premier visage et l’un des principaux architectes institutionnels.
Le Cameroun perd un acteur central de son édification institutionnelle.
Cameroon in Mourning: Marcel Niat Njifenji, First President of the Senate, Dies at 91
Cameroon is in mourning. Marcel Niat Njifenji, the first President of the Senate since the institution was created in 2013, has passed away at the age of 91. A prominent figure in the country’s political landscape, he embodied both technocratic rigor and institutional continuity.
Weakened by chronic health issues in recent years, his death comes only weeks after he was officially relieved of his duties as head of the upper chamber of Parliament. He had recently been replaced by his vice president.
Born on October 26, 1934, in Bangangté in the West Region, Marcel Niat Njifenji belonged to the generation of post-independence nation-builders. After studying in Cameroon, he continued his education in France, earning a degree in physical sciences and mathematics in Clermont-Ferrand before graduating as an engineer from Supélec.
Returning to Cameroon in 1960, he joined the civil service as a civil engineer. In 1974, he was appointed Director General of the National Electricity Company, a position he held for over two decades. He played a key role in expanding and modernizing the national power grid, notably contributing to the commissioning of the Song Loulou dam in 1981.
In 1990, he entered government as Minister of Planning and Regional Development. In 1992, he became Vice Prime Minister in charge of Mines, Water and Energy. The same year, he was elected Member of Parliament under the banner of the Cameroon People’s Democratic Movement (CPDM).
He later served as Mayor of Bangangté from 2002 to 2007. In 2013, following the effective establishment of the Senate, he was appointed senator and elected as its first President. He was re-elected several times, including in 2024.
His passing marks the end of more than six decades of service within Cameroon’s administrative, technical and political spheres.
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Ange NGO