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Trafic massif de pétroliers russes : 37 navires immatriculés sous pavillon camerounais, l’Europe met Yaoundé sous pression

37 pétroliers liés au registre russe ont obtenu le pavillon camerounais. Pressions européennes, soupçons de contournement des sanctions, manque de contrôle : le registre maritime du Cameroun sous haute surveillance.

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Le registre maritime camerounais se retrouve au cœur d’une zone de turbulences diplomatiques. Depuis plusieurs mois, 37 pétroliers liés au registre russe ont obtenu le pavillon camerounais, selon des données du ministère des Transports. Une dynamique qui suscite de vives interrogations en Europe, sur fond de sanctions contre Moscou.


Une vague d’immatriculations accélérée fin 2025


Les chiffres parlent d’eux-mêmes. La montée en puissance débute en novembre et décembre 2025, avant d’atteindre un pic en janvier et février 2026. Cette concentration temporelle intrigue les partenaires européens, qui redoutent un usage stratégique du pavillon camerounais par des navires susceptibles d’être impliqués dans des circuits de contournement des sanctions visant les exportations russes d’hydrocarbures.


Dans le corpus examiné, ces navires représentent 27,8 % de l’ensemble retenu, mais surtout 67,6 % des transporteurs de pétrole brut recensés sous pavillon camerounais. Un poids statistique inhabituel pour un seul registre étranger.


Kribi, Limbé, Douala : trois ports au centre du dossier


Les 37 immatriculations se répartissent entre :



  • Kribi : 15 navires

  • Limbé : 13 navires

  • Douala : 9 navires


Cette géographie démontre que le phénomène n’est pas isolé mais s’inscrit dans les circuits administratifs officiels des trois principales circonscriptions maritimes du pays.


Les navires concernés se divisent en trois catégories : transporteurs de brut, transporteurs de produits raffinés et navires polyvalents. Mais c’est la forte proportion de tankers de brut qui alimente les soupçons européens.


Des profils jugés sensibles


Autre élément troublant : 24 des 37 navires avaient auparavant navigué sous des pavillons réputés “flexibles” (Gambie, Palaos, Comores, Mozambique, Bénin, Maldives, Mali, Sierra Leone).


Plus encore, l’opacité des opérateurs interpelle. On dénombre 35 opérateurs différents pour 37 navires, soit quasiment un opérateur par bâtiment. Dans le transport maritime international, une telle fragmentation est souvent considérée comme un signal de vigilance, notamment lorsque les structures juridiques sont peu traçables.


Un cas attire particulièrement l’attention : le navire GENJI, enregistré sous la mention “Rptd Sold Undisclosed Interest”, laissant planer un flou sur son propriétaire réel.


Pris isolément, ces éléments ne constituent pas une preuve formelle d’irrégularité. Mais cumulés, ils forment un faisceau d’indices qui explique la montée de la pression diplomatique.


L’Europe hausse le ton


En février dernier, plusieurs États européens ont officiellement saisi Yaoundé. L’enjeu est clair : depuis l’invasion de l’Ukraine, Bruxelles surveille étroitement les pavillons de pays tiers susceptibles de faciliter indirectement l’écoulement du pétrole russe.


Selon les informations rapportées, l’Union européenne envisagerait de conditionner certains financements à une réforme des procédures d’attribution du pavillon camerounais.


Pour le Cameroun, l’équation est délicate. Le registre maritime constitue un levier économique. Mais dans un contexte où la conformité réglementaire est devenue stratégique, la réputation d’un pavillon pèse autant que ses infrastructures portuaires.


Yaoundé plaide le manque de moyens


Les autorités camerounaises invoquent des capacités techniques limitées pour vérifier l’historique complet des armateurs et assurer un suivi efficace en mer. Elles annoncent toutefois un projet de modernisation du secteur maritime visant à renforcer la transparence et la rigueur des procédures.


Reste une interrogation centrale : peut-on élargir un registre maritime dans un environnement global marqué par les sanctions, la traçabilité et la surveillance énergétique, sans disposer d’outils de contrôle robustes ?


Au-delà des 37 navires recensés, c’est la crédibilité internationale du pavillon camerounais qui est en jeu. Yaoundé se trouve désormais face à un choix stratégique : consolider son registre comme instrument souverain de puissance maritime, ou courir le risque qu’il soit perçu comme une faille dans l’architecture mondiale des sanctions.




Mass Registration of Russian-Linked Oil Tankers: 37 Vessels Flying Cameroon’s Flag as Europe Raises Pressure


Cameroon’s maritime registry is facing growing diplomatic scrutiny after 37 oil tankers linked to the Russian maritime register obtained the Cameroonian flag, according to data from the Ministry of Transport.


A Surge Since Late 2025


Registrations accelerated sharply between November and December 2025, peaking in January and February 2026. European observers suspect that Cameroon’s flag may have been used by vessels potentially involved in sanction-avoidance networks targeting Russian oil exports.


Within the reviewed dataset, these vessels account for 27.8% of the total and an even more striking 67.6% of crude oil tankers flying Cameroon’s flag.


Concentrated Across Three Ports


The vessels were registered in:



  • Kribi (15)

  • Limbe (13)

  • Douala (9)


This distribution confirms that the registrations followed official administrative channels across Cameroon’s key maritime jurisdictions.


Sensitive Vessel Profiles


Twenty-four of the 37 tankers previously sailed under flags widely described in international shipping debates as administratively flexible, including Gambia, Palau, Comoros, Mozambique, Benin, Maldives, Mali and Sierra Leone.


Ownership structures also raise concerns: 35 different operators are recorded for the 37 vessels, suggesting high fragmentation — often considered a red flag in global shipping compliance assessments. One vessel, GENJI, was listed as “Rptd Sold Undisclosed Interest,” indicating unclear ownership.


Rising European Pressure


In February, several European governments formally contacted Cameroon regarding these registrations. Since the invasion of Ukraine, the EU has intensified scrutiny of third-country flags potentially facilitating Russian oil trade.


Reports suggest Brussels may consider linking certain funding mechanisms to reforms in Cameroon’s flag attribution procedures.


Limited Oversight Capacity


Cameroonian authorities cite limited technical resources to conduct thorough background checks and ensure effective monitoring at sea. A maritime sector reform is reportedly under preparation to strengthen transparency and compliance standards.


Ultimately, beyond the 37 vessels identified, the issue raises a broader strategic question: can Cameroon expand its maritime registry in a sanctions-heavy global environment without reinforcing oversight mechanisms?



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Mouahna Divine

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