Cameroun : l’UDC fustige une réforme constitutionnelle « précipitée » et un « parachutage » institutionnel
La contestation politique s’intensifie après l’adoption de la loi instituant un poste de vice-président nommé par le chef de l’État. L’Union Démocratique du Cameroun (UDC), par la voix de sa présidente nationale Tomaino Ndam Njoya, dénonce une réforme marquée par une « extrême déloyauté envers les institutions et le peuple camerounais ».
Si le principe d’un vice-président n’est pas rejeté en soi, c’est le timing et la méthode qui cristallisent les critiques.
« Pourquoi maintenant, et non avant ? »
Pour l’UDC, la question centrale est politique : pourquoi introduire une telle modification au sortir d’une élection présidentielle, alors que le programme du candidat déclaré vainqueur n’en faisait pas mention ?
Selon Tomaino Ndam Njoya, dans une logique démocratique idéale, le président et son vice-président auraient dû être élus conjointement sur la même liste, afin de garantir une légitimité populaire directe.
Elle s’interroge également sur le choix de ne modifier qu’un segment ciblé de la Constitution, alors que plusieurs dispositions sont jugées obsolètes ou juridiquement inadaptées au contexte actuel.
Un « tiers inconnu » appelé à diriger l’État
L’UDC qualifie d’« antirépublicaine » l’introduction d’un vice-président nommé, susceptible de remplacer le chef de l’État en cas de vacance.
Pour le parti, il s’agit d’une « injection d’un tiers inconnu des élections » à la tête de l’État, sans validation directe par les urnes. Une configuration perçue comme un affaiblissement du principe de souveraineté populaire.
Procédure parlementaire sous tension
Au-delà du fond, l’UDC met en cause la procédure. Le parti évoque une précipitation inhabituelle dans le traitement des projets de loi, citant notamment l’examen des textes numérotés PJ 2093 et PJ 2094.
Selon ses responsables, des étapes essentielles comme la Conférence des présidents auraient été contournées, tandis que les calendriers d’examen et d’adoption auraient été fixés avant même un débat approfondi en commission.
Le parti déplore également le rejet systématique d’amendements sur des questions de recevabilité formelle, estimant que le débat de fond aurait été limité. L’UDC évoque un Parlement fonctionnant sous forte influence gouvernementale.
Fragilisation des contre-pouvoirs ?
L’UDC voit dans cette réforme un épisode supplémentaire d’une série de modifications constitutionnelles et électorales engagées depuis 2008, qu’elle considère comme défavorables à l’équilibre institutionnel.
Elle pointe notamment :
- des incohérences juridiques persistantes dans la Constitution,
- des références à l’État fédéral abrogé depuis 1972 encore présentes dans certains articles,
- et une absence de révision globale permettant un véritable toilettage du texte fondamental.
Pour le parti, la prorogation des mandats parlementaires alimente également les interrogations sur l’indépendance du pouvoir législatif.
Risques politiques en perspective
Tomaino Ndam Njoya met en garde contre une exacerbation des tensions politiques et une perte de confiance citoyenne si les réformes institutionnelles continuent d’être perçues comme unilatérales.
Du côté du pouvoir, la création du poste de vice-président est présentée comme un mécanisme de continuité et de stabilité institutionnelle.
Mais dans l’arène politique camerounaise, le débat dépasse désormais la seule question du vice-président. Il touche au cœur même de l’architecture républicaine et à la relation entre institutions et souveraineté populaire.
Cameroon: UDC Denounces “Extreme Disloyalty” and a “Parachuted Successor” at the Top of the State
Political tensions continue to rise in Cameroon following the adoption of the law establishing a Vice President appointed by the Head of State.
The Cameroon Democratic Union (UDC), led by Tomaino Ndam Njoya, has strongly criticized both the timing and the method of the constitutional amendment.
“Why Now, and Not Before?”
According to the UDC, the core issue is not the creation of a Vice Presidency itself, but the timing — introduced after the presidential election and absent from the declared winner’s program.
Ideally, the President and Vice President should have been elected together on the same ticket to ensure direct democratic legitimacy, the party argues.
A “Parachuted” Figure
The UDC describes the reform as anti-republican, arguing that appointing a Vice President who could assume power in case of vacancy amounts to injecting an unelected third party into the leadership of the State.
The party views this as a weakening of popular sovereignty.
Parliamentary Procedure Under Fire
Beyond substance, the UDC questions the legislative process, alleging procedural shortcuts and limited debate in parliamentary commissions.
It also points to outdated constitutional provisions that remain unrevised, questioning why the amendment focused narrowly on the Vice Presidency rather than conducting a broader constitutional overhaul.
Growing Political Tensions
While the government frames the reform as a stability mechanism, opposition voices warn of increased political tensions and declining public trust in institutions.
The debate now goes far beyond the Vice Presidency — it concerns the very architecture of Cameroon’s republican system.
Cameroun, UDC, Tomaino Ndam Njoya, vice président Cameroun, réforme constitutionnelle Cameroun, Congrès camerounais, Assemblée nationale Cameroun, Sénat Cameroun, succession présidentielle Cameroun, politique camerounaise, modification Constitution Cameroun, contre pouvoirs Cameroun, débat parlementaire Cameroun, actualité Cameroun, crise politique Cameroun, loi PJ 2094, souveraineté populaire Cameroun
Didier Cebas K.