Constitution camerounaise : vers une réforme sans souffle pour un peuple à bout ?
Le débat constitutionnel refait surface au Cameroun. Et cette fois, il ne vient ni des bancs de l’opposition ni des tribunes partisanes. Il surgit d’une voix académique, familière des arcanes du pouvoir : celle du Pr. Kourra Félicité Owona Mfegue.
Dans une tribune dense et assumée, l’universitaire s’interroge sur ce qu’elle qualifie, en filigrane, de « bâtardisation » progressive de la Constitution camerounaise — une évolution qu’elle estime préoccupante au regard de l’esprit originel insufflé en 1996 par le Professeur Joseph Owona.
1996 : une ambition d’équilibre institutionnel
La Constitution de 1996 portait une architecture précise : un exécutif fort, certes, mais encadré par un Parlement actif (articles 26 et 34) et une justice indépendante (article 37 alinéa 2). L’ambition était claire : rationaliser le régime semi-présidentiel et prévenir toute dérive solitaire du pouvoir.
Joseph Owona, considéré comme le Primus inter pares de cette réforme, avait pensé un système d’équilibre, incluant notamment une autonomisation substantielle du NOSO — restée largement inappliquée.
L’esprit de 1996 était celui de la mesure.
2008 : la rupture du cycle démocratique
La révision constitutionnelle de 2008 marque un tournant majeur. En supprimant la limitation des mandats présidentiels (article 6 alinéa 2 nouveau), le texte rompt avec la logique d’alternance cyclique.
Le temps démocratique cesse d’être rythmé. Il devient continu.
Pour de nombreux analystes, cette modification a consacré un hyperprésidentialisme accentué, éloignant progressivement le Cameroun du modèle d’équilibre initialement conçu.
2026 : vers une architecture institutionnelle hybride ?
Le projet de révision annoncé pour 2026 soulève de nouvelles interrogations. L’introduction d’un vice-président aux côtés d’un Premier ministre déjà en fonction crée une superposition institutionnelle inédite.
À cela s’ajoute le rôle du Président du Sénat dans l’ordre de succession, désormais en concurrence symbolique et fonctionnelle.
Cette coexistence de figures exécutives pose une question fondamentale : quelle cohérence interne pour le système ?
Le risque évoqué par certains constitutionnalistes est celui d’un modèle hybride mal articulé — empruntant à des régimes présidentiels sans intégrer leurs contre-pouvoirs structurels.
C’est dans ce contexte qu’émerge l’expression polémique mais conceptuelle de « régime bâtard » : un système composite où les éléments institutionnels cohabitent sans articulation organique claire.
Une seconde mort symbolique de Joseph Owona ?
Pour le Pr. Kourra Owona, la Constitution ne devait pas être un simple instrument de conservation du pouvoir. Elle devait en constituer la limite.
- Encadrer l’autorité.
- Organiser la succession.
- Préserver un équilibre, même fragile.
Dès lors, la question posée dépasse la technique juridique : assiste-t-on à une dénaturation progressive de la pensée fondatrice de 1996 ?
Le débat est lancé. Et il intervient dans un contexte où une partie de l’opinion publique exprime fatigue institutionnelle et attente de clarté politique.
À l’heure où 2026 se profile, le Cameroun est à la croisée des chemins constitutionnels.
Cameroon’s Constitution: Heading Toward a Hybrid Regime in 2026?
The constitutional debate is resurfacing in Cameroon — this time driven not by opposition politics but by an academic voice closely familiar with institutional power: Professor Kourra Félicité Owona Mfegue.
In a pointed opinion piece, she questions what she describes as the progressive “bastardization” of Cameroon’s 1996 Constitution — originally shaped under the intellectual guidance of Professor Joseph Owona.
1996: A Balanced Institutional Vision
The 1996 Constitution aimed to establish a rationalized semi-presidential system: a strong executive branch balanced by an active Parliament (Articles 26 and 34) and an independent judiciary (Article 37, paragraph 2).
Joseph Owona envisioned a structured equilibrium — including significant decentralization provisions for the Anglophone regions, many of which remained largely unimplemented.
The founding spirit was moderation and institutional balance.
2008: The Break in Democratic Rhythm
The 2008 constitutional amendment marked a decisive shift. By removing presidential term limits (Article 6, paragraph 2 revised), it altered the democratic cycle.
Political time became continuous rather than renewable.
For many observers, this reform entrenched hyper-presidentialism, distancing the system from its original equilibrium.
2026: Toward Institutional Ambiguity?
The proposed 2026 revision introduces a Vice President alongside an existing Prime Minister, raising structural questions.
With the Senate President already positioned in the line of succession, the addition creates overlapping executive roles.
Observers warn of a hybrid institutional model lacking internal coherence — borrowing elements from presidential systems without their counterbalancing safeguards.
This is where the controversial notion of a “bastard regime” emerges: a composite system where institutional elements coexist without clear organic articulation.
A Symbolic Second Death of Joseph Owona?
For Professor Owona Mfegue, the Constitution was meant to limit power, not merely organize it.
It was designed to structure succession, regulate authority, and maintain institutional equilibrium.
The debate now transcends legal technique. It questions whether the original 1996 constitutional philosophy is being gradually diluted.
As 2026 approaches, Cameroon stands at a constitutional crossroads.
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Ange NGO