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Carburants : face à la flambée du pétrole, le Cameroun reprend le contrôle total des importations

Guerre au Moyen-Orient, Brent au-dessus de 100 $, stocks au plus bas : le Cameroun réactive un système piloté par traders internationaux pour sécuriser l’approvisionnement en carburants. Décryptage d’un tournant stratégique aux lourdes implications budgétaires.

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Carburants : Yaoundé reprend la main pour éviter la rupture


Sous pression géopolitique et budgétaire, le Cameroun resserre le contrôle sur ses importations de produits pétroliers. Face à l’envolée des cours mondiaux consécutive à la guerre déclenchée le 28 février 2026 au Moyen-Orient, les autorités ont décidé de réactiver un mécanisme d’approvisionnement reposant sur des traders internationaux, sous pilotage de la Caisse de stabilisation des prix des hydrocarbures (CSPH).


L’objectif est clair : sécuriser le marché intérieur alors que les stocks nationaux s’érodent dangereusement.


Deux réunions décisives à Yaoundé


La décision a été arrêtée au terme de deux réunions stratégiques tenues dans la capitale. Le 9 mars 2026, sous la présidence du ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba. Puis le 13 mars, sous la conduite du directeur général de la CSPH, Okie Johnson Ndoh.


Au sortir de ces concertations, le gouvernement a opté pour un retour à un schéma déjà expérimenté après l’incendie de la Sonara : des traders internationaux seront sélectionnés par la CSPH pour sécuriser les cargaisons destinées au Cameroun. Les marketeurs locaux bénéficieront ensuite d’allocations qu’ils pourront acquérir via lettre de crédit.


Ce recentrage marque, de fait, une mise entre parenthèses partielle de la libéralisation engagée en décembre 2023.


Contexte explosif sur les marchés mondiaux


La guerre dans le Golfe a ravivé les craintes sur les chaînes d’approvisionnement mondiales. Le détroit d’Ormuz, qui concentre environ 20 % de la consommation mondiale de liquides pétroliers, connaît de fortes perturbations.


Conséquence immédiate : le 12 mars, le Brent a franchi le seuil symbolique des 100 dollars le baril pour la première fois depuis plus de deux ans. À la mi-mars, il évoluait toujours au-dessus de cette barre. Les produits raffinés ont suivi la même trajectoire haussière, compliquant davantage la facture des pays importateurs comme le Cameroun.


Prime fixe : sécurisation budgétaire avant tout


Le nouveau dispositif repose sur une prime fixe appliquée aux cargaisons importées. Contrairement au système de négociation libre des primes, ce mécanisme réduit la marge de manœuvre commerciale des marketeurs.


Mais pour l’État, l’intérêt est ailleurs : la prévisibilité budgétaire.


Les prix à la pompe étant administrés, une prime négociable pourrait générer des écarts répercutés indirectement sur les finances publiques via le mécanisme de compensation. Avec une prime fixe, l’État peut anticiper plus précisément le niveau du manque à gagner.


Dans un contexte où les subventions aux carburants pèsent lourdement sur le Trésor, cette visibilité constitue un levier stratégique.


Stocks sous tension


La décision intervient alors que les niveaux d’autonomie sont préoccupants :



  • 38 jours pour le super

  • 12 jours pour le gasoil

  • 11 jours pour le Jet A1


Ces données concernent les volumes disponibles à la Société camerounaise des dépôts pétroliers (hors stocks de sécurité et sans inclure d’éventuelles réserves de la Sonara).


La marge d’erreur est donc extrêmement réduite.


Un retour à l’après-Sonara


Après l’incendie de la Sonara en 2019, le Cameroun avait dû dépendre entièrement des importations. Le recours aux traders internationaux avait alors permis de réduire significativement les primes :



  • –98 dollars/tonne métrique pour le super

  • –77 dollars pour le gasoil

  • –53 dollars pour le Jet A1


Les autorités estimaient à près de 150 milliards de FCFA par an les économies réalisées à l’époque.


La libéralisation décidée en décembre 2023, sur instruction présidentielle, avait ouvert les importations aux opérateurs disposant des capacités techniques et financières adéquates, tout en maintenant un rôle de supervision pour la CSPH.


Le retour actuel constitue donc un ajustement stratégique dicté par l’urgence internationale.


Un modèle structurellement vulnérable


Malgré les hausses successives des prix à la pompe en février 2023 et février 2024 — visant à réduire le poids des subventions — le modèle camerounais reste exposé.


Sept ans après l’incendie de la Sonara, le pays demeure dépendant des marchés extérieurs. La moindre secousse géopolitique sur les routes mondiales de l’énergie se répercute immédiatement sur ses équilibres internes.


À court terme, le recours aux traders devrait permettre d’éviter une rupture d’approvisionnement. À moyen et long terme, il pose une question plus fondamentale : celle de la résilience énergétique du Cameroun face aux chocs internationaux.




Fuel Supply: Cameroon Reasserts Control as Oil Prices Surge Past $100


Facing mounting geopolitical tensions triggered by the February 28, 2026 Middle East conflict, Cameroon has decided to tighten control over fuel imports in order to safeguard domestic supply.


Following two high-level meetings in Yaoundé on March 9 and March 13, chaired respectively by Energy Minister Gaston Eloundou Essomba and CSPH Director General Okie Johnson Ndoh, authorities resolved to reactivate a trader-based import mechanism previously used after the 2019 Sonara refinery fire.


Under the new arrangement, international traders selected by the Hydrocarbons Price Stabilization Fund (CSPH) will secure petroleum cargoes for the national market. Local marketers will purchase allocated volumes through letters of credit.


The move comes amid severe global market disruptions. The Strait of Hormuz — through which roughly 20% of global petroleum liquids flow — has been heavily affected. On March 12, Brent crude surpassed $100 per barrel for the first time in over two years.


Cameroon’s fuel autonomy currently stands at:



  • 38 days for gasoline

  • 12 days for diesel

  • 11 days for Jet A1


The government has opted for a fixed premium mechanism, ensuring greater budget predictability as pump prices remain regulated. This reduces negotiation flexibility for marketers but helps the state anticipate subsidy burdens.


While the system previously generated estimated annual savings of nearly CFA 150 billion, the broader issue remains Cameroon’s structural vulnerability to global supply shocks.


Seven years after the Sonara refinery fire, the country remains highly dependent on imports. The latest adjustment secures short-term supply — but underscores long-term energy fragility.



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Mouahna Divine

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