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SNI : 200 milliards injectés, nouvelle gouvernance… Le Cameroun joue gros avec son nouveau bras financier public

Transformée en société à capital public et dotée de 200 milliards FCFA supplémentaires, la SNI entre dans sa phase décisive. Gouvernance renforcée, missions élargies, ambitions productives : la réforme peut-elle vraiment changer l’économie camerounaise ?

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Le 12 mars 2026 à Yaoundé, la Société nationale d’investissement (SNI) a tenu son tout premier conseil d’administration depuis sa transformation en société à capital public. Une réunion qui, au-delà du protocole institutionnel, marque l’entrée officielle dans la phase opérationnelle d’une réforme stratégique pour l’État camerounais.


Présidée par Johnny Razack, cette session ouvre ce qui pourrait devenir un tournant majeur dans la politique d’investissement public du Cameroun. L’objectif affiché est clair : faire de la SNI un véritable levier financier au service de la transformation structurelle de l’économie nationale.


Du portefeuille public à l’investisseur stratégique


Longtemps perçue comme une simple structure de gestion des participations publiques, la SNI est appelée à changer de dimension. La réforme engagée par le décret du 10 juillet 2024 redéfinit profondément son rôle : mobiliser et orienter des financements vers des secteurs jugés stratégiques — industrie, agriculture, mines, finance, commerce et services — en cohérence avec la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30).


Le passage du statut d’établissement public à celui de société à capital public n’est pas anodin. Il rapproche la SNI des standards des sociétés commerciales, conformément à la loi de 2017 sur les entreprises publiques et aux normes de l’OHADA. Le changement de tutelle technique — désormais rattachée au ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (Minepat) — traduit également ce repositionnement stratégique.


La SNI n’est plus conçue comme un simple gestionnaire de portefeuille, mais comme une holding d’investissement publique à vocation transversale, avec la possibilité de créer des filiales au Cameroun et à l’étranger.


Une gouvernance élargie pour crédibiliser la mutation


La nouvelle composition du conseil d’administration envoie un signal fort. Aux côtés des représentants de l’État siègent désormais des figures du secteur privé productif et financier, notamment Célestin Tawamba, président du Gecam, et Gwendoline Abunaw, directrice générale d’Ecobank Cameroun et présidente de l’Apeccam.


L’intégration de ces profils expérimentés dans les réalités du financement, du risque et de la rentabilité pourrait renforcer la culture de performance au sein de l’institution. Pour un investisseur public appelé à arbitrer des engagements en capital et à sélectionner des projets structurants, la qualité de la gouvernance sera déterminante.


Des missions élargies… et des risques accrus


La réforme élargit considérablement le périmètre d’intervention de la SNI. Au-delà de la détention de participations publiques, elle pourra désormais :



  • apprécier la viabilité économique et financière d’opérations stratégiques,

  • évaluer la performance d’entreprises publiques,

  • conduire des études diagnostiques,

  • suivre des contrats de performance,

  • intervenir en capital-risque et capital-développement,

  • opérer sur les marchés financiers et monétaires,

  • proposer des services d’intermédiation boursière et de gestion d’actifs.


Sur le papier, la bascule est significative. La SNI est appelée à devenir un investisseur public actif, capable d’entrer au capital de projets, d’accompagner leur croissance, puis d’arbitrer ses participations pour redéployer les ressources.


Mais l’enjeu central demeure l’exécution. Dans ce type de transformation, le succès ne dépend pas uniquement des textes, mais de la capacité managériale à sélectionner les bons projets, maîtriser le risque et garantir la rentabilité économique et sociale des investissements.


200 milliards de FCFA supplémentaires : l’heure des résultats


La réforme s’accompagne d’un renforcement massif des moyens financiers. Le capital social passe de 26,134 milliards FCFA à plus de 226,134 milliards FCFA, grâce à une recapitalisation de 200 milliards FCFA injectée par l’État sur quatre ans.


La SNI bénéficie également d’un élargissement de ses sources de revenus : produits des marchés financiers, intérêts de prêts, commissions sur garanties et opérations de courtage.


Par ailleurs, trois entités publiques seront dissoutes et leurs patrimoines transférés à la SNI afin de rationaliser les fonctions d’investissement au sein de l’appareil public. Une concentration censée améliorer la cohérence stratégique, même si plusieurs organismes publics continuent d’intervenir dans des domaines similaires, laissant subsister un risque de chevauchement institutionnel.


L’épreuve des faits commence


Le conseil d’administration du 12 mars 2026 marque le début de l’épreuve de vérité. Le cadre juridique est redéfini, les moyens financiers renforcés, la gouvernance élargie. Reste désormais à démontrer que cette nouvelle SNI peut produire des investissements productifs réels, générateurs de croissance, d’emplois et de valeur ajoutée locale.


Le Cameroun a doté son bras financier public de ressources inédites. La question n’est plus celle des intentions, mais celle des résultats.




SNI: 200 Billion CFA Injected, New Governance… Cameroon Bets Big on Its Public Investment Arm


On March 12, 2026, in Yaoundé, Cameroon’s National Investment Company (SNI) held its first board meeting since its transformation into a state-owned capital company. Beyond formalities, the session marks the operational launch of a major reform aimed at reshaping public investment strategy.


Chaired by Johnny Razack, the meeting signals the beginning of a decisive phase. The government’s objective is clear: turn the SNI into a genuine public financial vehicle capable of driving productive investment and supporting the structural transformation of Cameroon’s economy.


From Passive Portfolio Manager to Active Strategic Investor


Historically perceived as a holding structure managing state-owned assets, the SNI is now expected to evolve into an active institutional investor. The July 10, 2024 decree fundamentally redefined its mandate: mobilize and allocate funding toward strategic sectors — industry, agriculture, mining, finance, trade, and services — in line with Cameroon’s National Development Strategy 2020–2030 (SND30).


The shift from a public establishment to a state-owned capital company aligns the SNI with commercial governance standards under the 2017 public enterprises law and OHADA regulations. Its transfer under the supervision of the Ministry of Economy, Planning and Regional Development (Minepat) further underscores its new strategic positioning.


The SNI is now structured to operate like an investment holding company, with authority to create subsidiaries domestically and internationally.


Expanded Governance to Reinforce Credibility


The new board composition includes high-profile private sector leaders such as Célestin Tawamba (President of Gecam) and Gwendoline Abunaw (CEO of Ecobank Cameroon and President of Apeccam). Their presence introduces practical expertise in finance, risk management, and corporate performance.


For an institution expected to make capital allocation decisions and support large-scale projects, governance quality will be decisive.


Broader Mandate, Higher Stakes


The SNI’s mandate now includes venture capital, private equity, financial intermediation, asset management, public enterprise performance evaluation, and structured investment analysis.


On paper, the transformation is substantial. The SNI is expected to adopt an active portfolio management model: investing, supporting growth, arbitrating holdings, and reallocating capital toward new productive ventures.


However, execution remains the key challenge. Institutional reforms alone do not guarantee performance. Managerial capability, investment discipline, and risk control will determine success.


200 Billion CFA Increase: Now Comes Accountability


The company’s share capital has increased from 26.134 billion CFA francs to over 226.134 billion CFA francs, following a 200 billion CFA recapitalization financed by the state over four years.


Additional revenue streams include financial market returns, loan interest, guarantees, and brokerage commissions.


Three public entities will also be dissolved, with their assets transferred to the SNI to consolidate investment functions within a single structure.


The operational phase has now begun. Cameroon has equipped its public investment arm with unprecedented resources. The challenge ahead is simple yet demanding: deliver measurable, productive investment outcomes.


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Mouahna Divine

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