Luanda ferme la porte à une intervention militaire au Katanga
Alors que Kinshasa sollicitait un appui sécuritaire régional, l’Angola a clairement décliné la demande congolaise d’envoi de troupes dans le Grand Katanga. Selon le site Kivu Info/24, le président angolais João Lourenço a privilégié une approche politique, exhortant son homologue Félix Tshisekedi à engager un dialogue inclusif afin de traiter les causes profondes de l’instabilité persistante.
Cette position a été confirmée après la visite de travail de Félix Tshisekedi à Luanda le week-end dernier. Le président congolais souhaitait un appui sécuritaire pour les provinces du Haut-Katanga et du Lualaba, frontalières de l’Angola, face à la crainte d’une percée des rebelles du M23 depuis le Sud-Kivu. Une hypothèse que les autorités congolaises prennent désormais très au sérieux.
Uvira, symbole d’un retrait jugé « mensonger »
Dans l’est du pays, la situation autour de la ville stratégique d’Uvira continue de cristalliser les tensions. L’annonce par l’Alliance fleuve Congo (AFC), qui inclut le M23, d’un retrait de la ville est perçue comme une manœuvre politique. Le ministre burundais des Affaires étrangères, Édouard Bizimana, a dénoncé une tentative délibérée de tromper la communauté internationale.
Kinshasa partage cette analyse. Le porte-parole du gouvernement congolais, Patrick Muyaya, évoque une stratégie de diversion destinée à désorienter les médiateurs américains, alors que les rebelles conditionnent leur départ effectif à une série d’exigences, notamment la démilitarisation d’Uvira, l’exclusion des forces burundaises et le déploiement de forces « neutres », y compris la MONUSCO.
Sur le terrain, les faits contredisent les annonces : les combattants du M23 étaient toujours présents à Uvira mercredi à la mi-journée, tandis que des combats se poursuivaient au sud, vers Fizi, où les forces congolaises tentent de bloquer toute progression vers le sud-est.
Washington hausse le ton après l’accord du 4 décembre
Face à la dégradation rapide de la situation, les États-Unis se veulent plus fermes. Le secrétaire d’État adjoint Christopher Landau a assuré la cheffe de la diplomatie congolaise, Thérèse Kayikwamba Wagner, que Washington était prêt à prendre des mesures concrètes pour garantir l’application de l’accord de paix signé le 4 décembre à Washington entre la RDC et le Rwanda.
Cet accord, parrainé par le président américain Donald Trump, prévoit notamment un cessez-le-feu permanent, le retrait des groupes armés étrangers, l’arrêt du soutien aux rebelles et le respect strict de la souveraineté territoriale. Pourtant, la prise d’Uvira par le M23, six jours seulement après la signature, a été interprétée par Kinshasa comme un rejet de fait de l’accord par Kigali.
Une catastrophe humanitaire aux portes du Burundi
Les conséquences humaines sont dramatiques. Selon l’AFP, environ 85 000 Congolais ont déjà fui vers le Burundi en décembre. Au total, l’offensive du M23 dans le Sud-Kivu aurait provoqué près de 500 000 déplacés internes et réfugiés, dont plus de 100 000 enfants, selon le HCR.
Dans les camps de Gatumba, Buganda et Rumonge, les autorités burundaises décrivent une situation alarmante : manque de nourriture, absence de soins médicaux et pénurie d’abris. Une urgence humanitaire majeure se dessine, alors que les combats se poursuivent.
Violences intercommunautaires à l’ouest : un autre front oublié
Parallèlement, l’ouest de la RDC reste lui aussi ensanglanté. Dans la province de Mai-Ndombe, 22 civils teke ont été tués fin novembre par des miliciens Mobondo, issus de la communauté yaka. Ce conflit foncier ancien, lié à l’accès à la terre et à l’eau, résiste aux tentatives de médiation et a contraint l’État congolais à déployer l’armée pour éviter un embrasement généralisé.
Une RDC sous pression régionale et internationale
Entre diplomatie hésitante, engagements internationaux fragilisés et réalités militaires sur le terrain, la RDC se retrouve à un tournant stratégique. Le refus angolais d’intervenir militairement, la méfiance croissante envers les annonces du M23 et la pression américaine placent Kinshasa face à un choix décisif : rétablir l’autorité de l’État ou voir le conflit s’étendre davantage, avec des répercussions régionales majeures.
DR Congo: Angola Refuses Military Intervention as M23 Defies Peace Deals and Humanitarian Crisis Deepens
The Democratic Republic of Congo is facing one of its most critical security crises in recent years. Angola has refused to deploy troops to southeastern DR Congo, while the M23 rebel group continues to challenge peace agreements, worsening an already severe humanitarian situation.
Angolan President João Lourenço advised his Congolese counterpart Félix Tshisekedi to prioritize dialogue rather than military action, particularly regarding security concerns in the Grand Katanga region. Meanwhile, fighting persists in eastern DR Congo, notably around the strategic city of Uvira, where rebels announced a conditional withdrawal widely dismissed as deceptive by regional governments.
The United States has warned it is prepared to take action to enforce the December 4 peace agreement signed by DR Congo and Rwanda, following the M23’s rapid territorial advances. As violence escalates, nearly half a million people have been displaced, including more than 100,000 children, with tens of thousands fleeing to neighboring Burundi.
With multiple conflict fronts and fragile diplomacy, DR Congo stands at a decisive crossroads, facing mounting regional and international pressure to restore stability.
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Didier Cebas K.