L'hégémonie camerounaise, un double tranchant
Selon le dernier rapport de la Commission bancaire de l'Afrique centrale (Cobac), les EMF camerounaises ont accordé pour 659,4 milliards FCFA de crédits l'an dernier, engloutissant 57,6% du marché régional. Un volume trois fois supérieur à celui du Congo et six fois à celui du Gabon. Avec 384 EMF sur les 521 que compte la sous-région, le Cameroun dispose du réseau le plus dense, vital pour financer les PME et les ménages, surtout dans les zones rurales délaissées par les banques.
Cependant, cette puissance s'accompagne d'une fragilité préoccupante. La BEAC sonne l'alarme : le Cameroun a contribué à hauteur de 81% à la dégradation du portefeuille de crédits de la microfinance en Cemac. Une dynamique du crédit corrélée à un risque accru, tandis que les dépôts des clients camerounais reculaient légèrement (-1,2% en 2024), alimentant les tensions de liquidité.
Un secteur sous tension, entre essor et assainissement brutal
Cette montée des risques survient dans un contexte de durcissement réglementaire. Depuis la réforme de la Cobac en 2015, renforcée après 2020, le contrôle ne se limite plus aux simples ratios financiers. Gouvernance, contrôle interne, gestion des risques : tout est passé au crible. "Avant, un établissement aux bons ratios était considéré sain. Or, certains étaient minés par des conflits internes", explique David Kengne, de Microfinance Academy.
Cette supervision accrue a déclenché une vague de sanctions : liquidations et mises sous administration provisoire se multiplient au Cameroun, ébranlant la confiance des épargnants. Ces turbulences sont le prix à payer pour assainir un secteur devenu stratégique pour toute l'économie sous-régionale. Elles reflètent la volonté des autorités de construire une microfinance plus robuste, capable de soutenir durablement la croissance sans mettre en péril l'épargne populaire.
Le défi est de taille. Le Cameroun, véritable cœur battant de la microfinance en Afrique centrale, doit désormais réussir à concilier son impérieux rôle de financement de l'économie et une gestion irréprochable du risque. L'équilibre est fragile, mais essentiel pour l'avenir de millions d'entrepreneurs et de ménages.
Microfinance in CEMAC: Cameroon, Credit Giant, Risk Champion?
The figures are telling, the paradox is too. In 2024, microfinance institutions (MFIs) in CEMAC injected over 1,000 billion CFA francs into local economies. In this credit rush, Cameroon takes the lion's share, confirming its status as the regional engine. But this spectacular performance hides a darker reality: an alarming deterioration in loan quality, driven by over 80% from the Cameroonian market. A high-risk expansion that questions the sector's resilience.
Cameroon's Hegemony, a Double-Edged Sword
According to the latest report from the Central African Banking Commission (Cobac), Cameroonian MFIs granted 659.4 billion CFA francs in loans last year, swallowing 57.6% of the regional market. A volume three times that of Congo and six times that of Gabon. With 384 MFIs out of the 521 in the sub-region, Cameroon has the densest network, vital for financing SMEs and households, especially in rural areas neglected by banks.
However, this power comes with concerning fragility. The BEAC raises the alarm: Cameroon contributed 81% to the deterioration of the microfinance loan portfolio in CEMAC. A credit dynamic correlated with increased risk, while deposits from Cameroonian clients slightly declined (-1.2% in 2024), fueling liquidity tensions.
A Sector Under Pressure, Between Boom and Brutal Clean-Up
This rise in risks occurs amid a regulatory tightening. Since the Cobac reform in 2015, strengthened after 2020, control no longer limits itself to simple financial ratios. Governance, internal control, risk management: everything is scrutinized. "Before, an institution with good ratios was considered healthy. Yet, some were undermined by internal conflicts," explains David Kengne of Microfinance Academy.
This increased supervision has triggered a wave of sanctions: liquidations and placements under provisional administration are multiplying in Cameroon, shaking savers' confidence. These turbulences are the price to pay for cleaning up a sector that has become strategic for the entire sub-regional economy. They reflect the authorities' will to build a more robust microfinance, capable of sustainably supporting growth without jeopardizing popular savings.
The challenge is immense. Cameroon, the true beating heart of microfinance in Central Africa, must now succeed in reconciling its imperative role of financing the economy with impeccable risk management. The balance is fragile, but essential for the future of millions of entrepreneurs and households.
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Silognhia Edwige (Stagiaire)