Dans un message publié sur le réseau social X, Marco Rubio a été sans détour : « Les actions du Rwanda dans l’est de la RDC constituent une violation flagrante de l’accord signé à Washington. Les États-Unis prendront des mesures pour garantir le respect des engagements pris ». Une déclaration lourde de sens, qui place le régime de Paul Kagame sous pression internationale, à un moment où le terrain militaire s’embrase.
Uvira tombe, le Sud-Kivu vacille
Le 10 décembre, Uvira, devenue centre administratif du Sud-Kivu après la chute de Bukavu, est passée sous contrôle du M23 sans combat majeur. Les Forces armées de la RDC (FARDC) ont quitté la ville la veille, abandonnant armes et positions. Une partie des soldats a fui par le lac Tanganyika, laissant derrière elle une population livrée à elle-même. Seules quelques milices d’autodéfense ont tenté une résistance symbolique, rapidement écrasée.
Selon les autorités provinciales du Sud-Kivu, plus de 413 civils ont été tués lors de cette nouvelle offensive, parmi lesquels des femmes, des enfants et des adolescents. Des chiffres glaçants, qui illustrent l’ampleur de la tragédie humaine en cours. L’Agence France-Presse fait état de près de 30.000 réfugiés congolais ayant fui Uvira vers le Burundi en l’espace d’une semaine.
Baraka sous tension, la peur gagne le lac Tanganyika
Après Uvira, les rebelles poursuivent leur progression vers Baraka, grande ville de 250.000 habitants située à 60 kilomètres au sud, sur les rives du lac Tanganyika. Si Radio Okapi indique qu’aucun danger immédiat de chute n’est confirmé, l’atmosphère est électrique. L’afflux massif de déplacés, la panique des populations et l’évacuation du personnel de Médecins Sans Frontières témoignent d’une situation explosive.
Plus au nord et au sud, les localités stratégiques de Fizi et Kalemie apparaissent désormais comme des objectifs prioritaires. Kalemie, capitale du Tanganyika et porte d’entrée du Katanga, serait même la cible principale de l’offensive, selon des renseignements en provenance du Burundi.
Le spectre du Katanga et la fracture politique
La chute d’Uvira ouvre une brèche stratégique vers le Haut-Katanga, véritable poumon minier de la RDC. Cette région concentre d’immenses réserves de cuivre, de cobalt, d’uranium et d’autres minerais critiques, au cœur des convoitises régionales et internationales. Pour de nombreux observateurs, la progression du M23 vers le sud pourrait rebattre les cartes de l’équilibre géopolitique congolais.
Sur le plan politique, la situation est tout aussi inflammable. Originaire de Kalemie, l’ancien président Joseph Kabila conserve une influence réelle dans la région. Condamné à mort par contumace en septembre dernier pour trahison et participation à un mouvement insurrectionnel, il a lancé la plateforme « Sauvons la RRC », dénonçant ce qu’il qualifie de « tyrannie » du pouvoir actuel à Kinshasa.
Dans le même temps, le Bloc Katangais, mouvement prônant la souveraineté du Katanga, a salué la chute d’Uvira comme « un tournant historique ». Sa propagande s’intensifie, en soutien au groupe séparatiste Mai-Mai Kata Katanga, ravivant le spectre d’une balkanisation rampante de la RDC.
Le Burundi sur le fil du rasoir
Voisin direct du Sud-Kivu, le Burundi se retrouve entraîné malgré lui dans la tourmente. Son ministre des Affaires étrangères, Édouard Bizimana, affirme maintenir un canal de communication avec le Rwanda, tout en se disant prêt à se défendre. Il accuse Kigali d’avoir tiré des obus sur la province burundaise de Cibitoke et a ordonné la fermeture de la frontière avec la RDC, désormais déclarée « zone militaire ».
Environ 18.000 soldats burundais sont actuellement déployés dans l’est de la RDC, dans le cadre d’un accord bilatéral avec Kinshasa. Officiellement, ces troupes n’ont jamais cherché à conquérir des villes congolaises, contrairement au M23.
Accords de paix piétinés, médiation en sursis
Cette escalade intervient alors que des accords avaient été signés à Doha, sous médiation qatarie, pour tenter de mettre fin au conflit. Malgré un accord-cadre conclu le mois dernier, le M23 poursuit son avancée, fragilisant un processus de paix déjà moribond. Doha a une nouvelle fois appelé les parties à reprendre les négociations, dans l’espoir d’éviter un embrasement généralisé.
Sur le terrain, pourtant, les armes parlent plus fort que les signatures. Et à mesure que le M23 avance, c’est toute la stabilité de la RDC, et de la région des Grands Lacs, qui vacille.
DRC: Eastern Front in Flames as Washington Accuses Rwanda, Katanga at Risk
The security crisis in eastern Democratic Republic of Congo has reached a new and dangerous turning point. The capture of the strategic city of Uvira by M23 rebels, allegedly backed by Rwanda, has triggered a diplomatic, military, and humanitarian shockwave across the Great Lakes region. The United States, through Secretary of State Marco Rubio, has openly accused Kigali of violating the Washington Peace Agreement signed under President Donald Trump’s auspices.
Rubio stated on X that Rwanda’s actions in eastern DRC represent a “clear violation” of the Washington agreement, warning that the United States would take steps to enforce compliance. The statement significantly raises diplomatic pressure on President Paul Kagame as fighting intensifies on the ground.
Uvira fell on December 10 without major resistance, after Congolese army units withdrew, abandoning weapons and positions. According to provincial authorities, more than 413 civilians have been killed during the offensive. Nearly 30,000 people have fled toward Burundi, deepening the humanitarian crisis.
Following Uvira’s fall, the M23 is advancing toward Baraka, while fears grow over a potential push toward Kalemie and the mineral-rich Katanga region. Political tensions are also rising, with former president Joseph Kabila and Katangese separatist movements re-emerging in the political landscape.
Despite peace efforts mediated by Qatar, the conflict continues to escalate, threatening regional stability and exposing the fragility of diplomatic solutions in the face of armed expansion.
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Didier Cebas K.