Dans une déclaration au ton martial, les autorités congolaises estiment que la chute d’Uvira « marque un tournant majeur » et constitue « une décision délibérée du président Paul Kagame de se soustraire à l’accord de Washington ». Une attitude qui, selon Kinshasa, compromet également les efforts du président américain Donald Trump, parrain du processus triparti de paix impliquant Washington, Doha et l’Union africaine.
Kinshasa appelle les médiateurs des trois cadres – États-Unis, Qatar, médiation africaine – à des « mesures urgentes, fermes et coordonnées » afin d’éviter « l’effondrement complet de l’architecture de paix patiemment édifiée ». Le gouvernement réaffirme son engagement envers l’accord de Washington, tout en martelant qu’il « ne renoncera jamais à son droit légitime à la sécurité, à la protection de la population et à l’intégrité territoriale ».
Uvira, ville clé tombée sans résistance
La situation militaire évolue rapidement dans le Sud-Kivu. Selon plusieurs sources locales, dont Radio Okapi, les troupes gouvernementales ont quitté Uvira la veille de son occupation, se repliant vers le sud-ouest. Les milices pro-gouvernementales présentes sur place n’ont pu contenir l’avancée du M23. La ville, peuplée d’environ 760 000 habitants et devenue centre administratif du Sud-Kivu depuis la perte de Bukavu en février 2025, constitue un verrou stratégique sur la frontière burundaise, à seulement cinq kilomètres de Bujumbura.
La prise d’Uvira intervient après une offensive lancée par le M23 le 2 décembre. En une semaine, plusieurs localités sont passées aux mains des rebelles. Un rapport récent du groupe d’experts de l’ONU évoque la présence de jusqu’à 7 000 militaires rwandais engagés dans des opérations ciblées dans l’est de la RDC.
Répercussions régionales: le Burundi ferme sa frontière
La chute d’Uvira a immédiatement eu des effets sur la géopolitique régionale. Le Burundi, allié de Kinshasa et déployant environ 18 000 soldats dans l’est congolais, a fermé les postes-frontières de Gatumba et Vugizo. Bujumbura, dont la capitale économique se situe aux portes d’Uvira, considère l’évolution de la situation comme une menace directe.
Les relations burundo-rwandaises, déjà extrêmement tendues, se crispent davantage, tandis que la frontière commune de 233 kilomètres demeure un espace poreux propice aux flux armés.
Le processus de paix fragilisé
L’accord de Washington signé le 4 décembre entre Félix Tshisekedi et Paul Kagame établissait un cessez-le-feu permanent, la cessation de tout soutien aux groupes armés, le retrait des forces étrangères et la mise en place de mécanismes de vérification. Il complétait les négociations de Doha, où un texte de principes avait été paraphé entre Kinshasa et le M23, en attente d’un accord final.
Mais les délais pour finaliser ce dernier document n’ont jamais été respectés. À Doha, les médiateurs qataris confirment avoir transmis un nouveau projet d’accord, tandis que les combats se sont intensifiés sur le terrain. Kinshasa accuse le M23 d’attaques quasi quotidiennes contre les forces loyalistes et les civils. Le mouvement rebelle, lui, affirme répondre à des offensives préparées par l’armée congolaise.
Kinshasa interpelle l’ONU
Le gouvernement congolais a saisi le Conseil de sécurité de l’ONU pour rappeler l’application de sa propre résolution exigeant le respect de l’intégrité territoriale de la RDC et le retrait des forces rwandaises. Une démarche qui souligne la gravité du moment et le risque de basculement régional si aucune action concertée n’est engagée.
Dans un climat de méfiance totale, la chute d’Uvira sonne comme un test décisif pour la diplomatie africaine et internationale. Le pari de la paix fragilement construit entre Washington, Doha et les capitales africaines se retrouve menacé par l’une des plus fortes poussées militaires du M23 depuis le début du conflit.
Congo crisis deepens as M23 seizes Uvira: Kinshasa accuses Kagame of breaking Washington peace deal
Tensions in the Great Lakes region escalated sharply as rebels from the March 23 Movement (M23), allegedly backed by Rwanda, captured the strategic city of Uvira in eastern Democratic Republic of Congo (DRC). Kinshasa denounced the development as a blatant breach of the Washington peace agreement signed less than a week earlier by Presidents Félix Tshisekedi and Paul Kagame.
In a strongly worded statement, Congolese authorities accused Kagame of “deliberately walking away” from the deal and undermining US President Donald Trump’s efforts to restore stability in the region. The DRC is calling on the mediators of the Washington, Doha and African-led tracks to take “urgent and coordinated measures” to prevent the collapse of the fragile peace framework.
Government forces withdrew from Uvira one day before its fall, leaving only pro-government militias who were quickly overwhelmed by the advancing rebels. The city, home to nearly 760,000 people and located just 5 km from Burundi, is a strategic node in the South Kivu region.
Burundi responded by closing its border posts with the DRC amid fears of spillover, particularly as relations between Bujumbura and Kigali remain strained. The move follows warnings from UN experts reporting up to 7,000 Rwandan troops operating inside Congolese territory.
The fall of Uvira comes despite parallel peace processes in Washington and Doha aimed at achieving a permanent ceasefire, disarmament of armed groups and restoration of state authority in eastern Congo. Negotiations have stalled, and mediators recently circulated a new draft agreement.
Kinshasa has now appealed to the UN Security Council to enforce its resolutions regarding DRC territorial integrity and the withdrawal of foreign forces. The situation represents a major test for international diplomacy as violence in the region intensifies.
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Didier Cebas K.