Le chef de la diplomatie thaïlandaise accuse ouvertement Phnom Penh de manquer de « maturité » et de rompre ses engagements. Selon lui, la résolution durable du conflit passe nécessairement par une implication déterminante de Washington, acteur clé de la sécurité régionale indopacifique.
Une frontière transformée en zone de guerre
Depuis le 7 décembre, les accrochages se multiplient. L’armée royale thaïlandaise rapporte des tirs nourris venus de positions cambodgiennes dès 05h00 (UTC+7), suivis de bombardements au lance-roquettes multiples BM-21 et même de drones kamikazes. La riposte de Bangkok s’est voulue immédiate et musclée.
Des chasseurs F-16 de la Royal Thai Air Force ont frappé un entrepôt d’armement cambodgien contenant des munitions destinées aux BM-21. Selon le quotidien Khaosod, la déflagration secondaire provoquée par la destruction des stocks a été particulièrement puissante. L’armée de l’air thaïlandaise affirme avoir ciblé des postes de commandement, des dépôts logistiques et des infrastructures militaires.
Au sol, la marine royale a lancé une opération dans la province de Trat après avoir détecté, selon ses services de renseignement, un renforcement « préoccupant » des unités cambodgiennes sur le territoire thaïlandais : groupes d’intervention spéciale, snipers, armes lourdes et tranchées défensives. Pour Bangkok, il n’y avait « pas d’autre choix » que de repousser ces incursions afin de préserver la souveraineté nationale.
Un bilan humain qui s’alourdit
Le coût humain grimpe dangereusement. Thai PBS confirme désormais trois militaires thaïlandais tués les 8 et 9 décembre, et 29 blessés. Les autorités cambodgiennes font état de quatre civils morts et d’une dizaine de blessés de leur côté.
Le ministère cambodgien de l’Éducation a même ordonné la fermeture temporaire de 377 écoles dans quatre provinces frontalières, affectant plus de 78 000 élèves et 3 200 enseignants. Une mesure rare, qui traduit l’ampleur des risques sécuritaires.
Phnom Penh contre-attaque sur le terrain diplomatique
Le Cambodge accuse la Thaïlande d’avoir déclenché une « guerre agressive » en violation flagrante des accords d’octobre, de la Charte de l’ASEAN et du droit international. L’Assemblée nationale cambodgienne exige un arrêt immédiat des hostilités et appelle à une enquête de l’organisation régionale.
Phnom Penh affirme que les attaques thaïlandaises ont commencé le 7 décembre après plusieurs jours de « provocations » à la frontière. Le ministère cambodgien de l’Information évoque des pertes civiles et un usage disproportionné de la force par Bangkok.
Bangkok ferme la porte à tout dialogue
Pour le Premier ministre Anutin Charnvirakul, il n’est plus question de négocier. La Thaïlande poursuivra les opérations « tant que la souveraineté et l’intégrité territoriale du pays seront menacées ». Interrogé par le journal The Nation, Anutin a même affirmé ne plus se souvenir de la déclaration conjointe signée en octobre en présence de Donald Trump.
La ligne dure de Bangkok est désormais assumée : aucune discussion tant que le Cambodge n’aura pas « changé de position » et cessé de violer les lignes de démarcation. L’armée thaïlandaise insiste que toutes ses opérations s’inscrivent dans un cadre de « légitime défense ».
Une crise aux implications régionales
L’implication souhaitée des États-Unis marque une nouvelle étape. Si Washington décide d’intervenir diplomatiquement, c’est l’ensemble de l’architecture sécuritaire de l’ASEAN qui pourrait être reconfigurée. À l’inverse, une absence d’engagement américain laisserait la crise s’installer durablement, au risque de fragiliser un espace déjà traversé par plusieurs contentieux frontaliers.
Pour l’heure, la frontière thaïlando-cambodgienne reste l’un des foyers les plus brûlants d’Asie du Sud-Est, dans un climat régional déjà marqué par la montée des rivalités géopolitiques.
Thailand–Cambodia crisis: Bangkok escalates military response and calls for U.S. intervention
The border conflict between Thailand and Cambodia has entered a dangerous new phase, despite a joint declaration signed in October in Kuala Lumpur with U.S. President Donald Trump. Thai Foreign Minister Sihasak Phuangketkeow told the BBC that the ceasefire “is not working” and insisted that Washington’s support is essential to reach “genuine peace instead of something on paper”.
Clashes since 7 December have intensified, with Cambodian forces allegedly firing BM-21 rockets and deploying kamikaze drones. The Royal Thai Air Force responded with F-16 strikes targeting Cambodian military infrastructures, including an ammunition depot whose explosion triggered a massive secondary blast.
The death toll continues to rise, with three Thai soldiers reported killed and 29 injured. Cambodia reports four civilian deaths. In an unprecedented move, Phnom Penh temporarily closed 377 schools in four border provinces.
While Cambodia accuses Thailand of waging an “aggressive war” in violation of international law, Thai Prime Minister Anutin Charnvirakul has ruled out any negotiations. He maintains that military operations will continue “as long as Thailand’s sovereignty is threatened”, even suggesting he no longer remembers the peace declaration signed in October.
The crisis now carries significant geopolitical implications, with Bangkok openly urging the United States to step in as mediator. Without strong diplomatic intervention, the Thailand–Cambodia border risks becoming one of Southeast Asia’s most volatile flashpoints.
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Ekanga Ekanga Fernand