À Bissau, une charte pour entériner le pouvoir des généraux
Le journal Democrata a révélé la teneur de la charte de transition adoptée par les auteurs du putsch du 26 novembre en Guinée-Bissau. Ce document scelle l'emprise militaire sur le pays pour les douze prochains mois, avec des élections promises dans un délai de quinze mois. Pièce maîtresse du dispositif : l'interdiction faite au futur président et premier ministre de transition de se porter candidats à ces scrutins, une clause visant à écarter toute velléité de mainmise personnelle prolongée.
Le pouvoir sera exercé de manière concentrique autour du président de transition, le général Horta N’Tam – un des meneurs du coup –, d'un Haut commandement militaire érigé en "organe suprême de l’État", d'un Conseil national de transition (CNT) légiférant et d'un gouvernement. La composition du CNT est révélatrice : sur 65 membres, 25 sont directement nommés par le président et les militaires, assurant une majorité de fait.
Le putsch avait interrompu le dépouillement d'élections présidentielle et législatif. L'ancien président Umaro Sissoco Embalo, libéré sous pression régionale et aujourd'hui au Maroc, se voit accusé par certaines rumeurs d'avoir orchestré sa propre chute. Une thèse fermement rejetée par son ministre des Affaires étrangères, Joao Bernardo Vieira, dans les colonnes de Jeune Afrique.
En Côte d'Ivoire, Ouattara lance son quatrième acte
À des milliers de kilomètres de là, à Abidjan, Alassane Ouattara, 83 ans, a prêté serment lundi pour un quatrième mandat, remporté avec près de 90% des voix lors d'un scrutin boycotté par l'opposition. Dans son discours d'investiture, le président ivoirien a promis un "renouvellement générationnel" aux commandes de l'État et la création d'une "économie innovante". Un plaidoyer pour l'avenir qui peine à masquer les critiques sur la longévité et la nature de son pouvoir.
Au Soudan, la guerre prend le contrôle des puits de pétrole
Sur le terrain brûlant du Soudan, le conflit entre l'armée régulière dirigée par le général Abdel Fattah al-Burhan et les Forces de soutien rapide (FSR) du général Mohamed Hamdan Dagalo entre dans une phase cruciale. Les FSR ont annoncé la capture du gisement pétrolier stratégique de Heglig, dans le sud du pays. Ce site représente environ 60% des réserves pétrolières connues du Soudan. Sa prise contrôle par les paramilitaires pourrait redessiner les rapports de force et les flux financiers dans une guerre qui a déjà fait au moins 40 000 morts et provoqué l'une des pires crises humanitaires au monde, notamment au Darfour et au Kordofan.
Trois pays, trois situations distinctes mais un dénominateur commun : la tension extrême autour du pouvoir et des ressources, où la force – qu'elle soit militaire ou électorale – tente d'écrire les règles du jeu.
Imposed Transition, Contested Mandates, and Captured Oil Fields: Africa on Edge
Political and military tremors continue to shake the continent. While Guinea-Bissau formalizes a transition framework led by the army after November's coup, Côte d'Ivoire sees Alassane Ouattara begin a contested fourth term. In Sudan, the war for resources escalates with the capture of a strategic oil field.
In Bissau, a Charter to Entrench the Generals' Power
The newspaper Democrata has revealed the content of the transition charter adopted by the perpetrators of the November 26 coup in Guinea-Bissau. This document seals military control over the country for the next twelve months, with elections promised within fifteen months. A key provision: the ban on the future transitional president and prime minister from running in these elections, a clause aimed at preventing any attempt at prolonged personal control.
Power will be exercised concentrically around the transitional president, General Horta N’Tam – one of the coup leaders –, a High Military Command established as the "supreme organ of the State", a law-making National Transitional Council (CNT), and a government. The composition of the CNT is telling: of its 65 members, 25 are directly appointed by the president and the military, ensuring a de facto majority.
The coup had halted the vote count for presidential and legislative elections. The former president, Umaro Sissoco Embalo, released under regional pressure and now in Morocco, is accused by some rumors of having orchestrated his own ouster. A theory firmly rejected by his Foreign Minister, Joao Bernardo Vieira, in the pages of Jeune Afrique.
In Côte d'Ivoire, Ouattara Launches His Fourth Act
Thousands of kilometers away, in Abidjan, Alassane Ouattara, 83, was sworn in on Monday for a fourth term, won with nearly 90% of the vote in an election boycotted by the opposition. In his inauguration speech, the Ivorian president promised a "generational renewal" at the helm of the state and the creation of an "innovative economy." A plea for the future that struggles to mask criticism of the longevity and nature of his power.
In Sudan, War Takes Control of Oil Wells
On the burning ground of Sudan, the conflict between the regular army led by General Abdel Fattah al-Burhan and the Rapid Support Forces (RSF) of General Mohamed Hamdan Dagalo is entering a crucial phase. The RSF announced the capture of the strategic Heglig oil field in the south of the country. This site represents about 60% of Sudan's known oil reserves. Its seizure by the paramilitaries could reshape the balance of power and financial flows in a war that has already claimed at least 40,000 lives and triggered one of the world's worst humanitarian crises, particularly in Darfur and Kordofan.
Three countries, three distinct situations but a common denominator: extreme tension around power and resources, where force – whether military or electoral – attempts to write the rules of the game.
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Moussa Nassourou